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L’escalade entre Washington et Pékin continue. Donald Trump a engagé un nouveau train de sanctions contre la Chine et Hong Kong, mettant fin au traitement économique préférentiel de la cité. Une stratégie qui semble peu efficace envers la Chine, selon Mary Françoise Renard, spécialiste de la Chine, et des sources locales, interrogées par Sputnik.

Le Président américain a en effet accentué la pression sur la Chine. Le 14 juillet, il a annoncé qu’il mettait fin au régime économique préférentiel accordé par les États-Unis à Hong Kong. Pékin a déjà promis de répliquer. Mais que ces sanctions changent-elles concrètement pour les habitants de Hong Kong? Tout d’abord, la fin de «la préférence accordée aux détenteurs de passeports de Hong Kong par rapport aux détenteurs de passeports de la Chine continentale.»

De plus, «des personnes ou entités déterminées par le secrétaire d’État américain seront empêchées d’investir, de transférer, d’exporter, de retirer ou de traiter tout bien ou intérêt dans un bien situé aux États-Unis.» Ce à quoi il faut ajouter que les droits de douane punitifs que les États-Unis ont imposés à la Chine continentale seront appliqués aux exportations de Hong Kong.

Sanctions inefficaces?

Mary-Françoise Renard, économiste, professeur à l’Université d’Auvergne et responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine, estime au micro de Sputnik que ces sanctions ont un caractère logique et prévisible:

«Il y a une forme de légitimité des sanctions mises en place par Washington. Hong Kong avait un régime politique spécial et bénéficiait donc de conditions économiques avantageuses. Dès lors qu’il perd ce régime politique spécial, il n’y a pas de raison qu’ils bénéficient de ces avantages.»

Hong Kong ayant un poids beaucoup plus faible dans l’économie chinoise qu’à l’époque de la rétrocession, l’économie chinoise n’en sera pas très gravement affectée, souligne la chercheuse. Un facteur intégré par Washington, qui mise plus sur le fait que ce nouveau régime de sanctions, comme ceux imposés à d’autres pays, pousse la population de Hong Kong, qui va être affectée économiquement, à se soulever:

«Du fait de la fin des avantages économiques, un certain nombre d’entreprises, notamment étrangères, vont essayer de voir si elles peuvent s’implanter dans d’autres pays d’Asie», précise Mary Françoise Renard.

Pourtant, selon la responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine, pas sûr cela ne fasse bouger les lignes d’un point de vue idéologique: «la mise en place de ces sanctions conforte les pro-démocrates comme les pro-Pékin dans leurs certitudes, mais je ne crois pas que ça change l’opinion ni des uns ni des autres».

Cibles des restrictions US

Au contraire, certains observateurs y voient plus une pénalisation de la population de Hong Kong, qu’une accentuation de la pression sur Pékin. Pour Julia Friedlander, du groupe de réflexion américain Atlantic Council, citée par l’AFP, ces sanctions vont «instantanément ériger des barrières commerciales» et auront «un impact dévastateur sur Hong Kong en tant que porte d’entrée financière vers les marchés occidentaux».

Au final, «Hong Kong va souffrir et la Chine va probablement y gagner», ajoute-t-elle. Sur place, une source anonyme dans le monde des médias, contactée par Sputnik, partage ce constat.

«Le gouvernement chinois n’a pas peur des sanctions directes contre la Chine et Hong Kong. Les sanctions américaines envisagées à l’égard d’influents hommes d’affaires en Chine et à Hong Kong pourraient leur faire perdre de l’argent, mais ne sont pas assez lourdes pour faire changer la politique de Pékin à l’égard de Hong Kong», indique cette source, qui partage sa vie entre Shanghai et Hong Kong.  

Selon celle-ci, elles ne vont même pas convaincre plus de personnes sur place de choisir la voix de la démocratie. En effet, la majorité des Hongkongais ne s’intéressent pas nécessairement aux mouvements sociaux qui secouent la ville, explique-t-elle.

D’autant que, selon lui, certaines pratiques employées par les manifestants «pro-démocratie» durant les pics de violences ont refroidi de nombreux Hongkongais à prendre cette voie.

«Auparavant, il y avait des gens qui ont subi des pressions par des manifestants afin que ceux qui sont mécontents des manifestations ne puissent pas le dire. Des manifestants ont menacé certains Hongkongais favorables au gouvernement chinois de casser leurs commerces s’ils affichaient publiquement leur soutien à Pékin.»

La mise en place de la loi de sécurité si virulemment contestée découle d’ailleurs en partie de ces agissements. Elle a donné des armes juridiques pour empêcher de telles pratiques d’intimidation, souligne la source de Sputnik:

«Depuis la nouvelle loi de sécurité mise en place par Pékin, beaucoup de leaders de l’opposition au gouvernement central se sont arrêtés de faire ce genre de racket. Certains d’entre eux ont d’ailleurs quitté la Chine.
C’est essentiellement parce que ces personnes, selon la nouvelle loi de sécurité mise en place par Pékin, seront jugées de manière beaucoup plus sévère que ça n’a été le cas par le passé.»

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Tags:
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