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Malgré les tensions en Méditerranée orientale, l’Union européenne a approuvé une rallonge d’un demi-milliard d’euros à destination de la Turquie, dans le cadre de la crise des réfugiés syriens. Validée par le Parlement européen, cette enveloppe avait été proposée début juin par la Commission elle-même.

485 millions d’euros. C’est la somme destinée à la Turquie en vue de l’aider pour la gestion des réfugiés syriens qui a été approuvée vendredi 10 juillet par les eurodéputés. Et de manière écrasante, à 553 voix pour et 106 voix contre, auxquelles s’ajoutent 29 abstentions.

Présenté comme «le plus important programme humanitaire dans l’histoire» de l’Union, ce plan octroie aux réfugiés une carte de débit qui leur permettra de toucher une allocation mensuelle fixe. 400 millions sont destinés à l’extension, jusqu’à fin 2021, de ce Plan d’aide sociale d’urgence (ESSN). S’ajoutent à cela 85 millions d’euros au titre du transfert d’espèces conditionnel en faveur de l’éducation (CCTE). Ce programme vise à rémunérer les familles afin de les inciter à laisser leurs enfants aller à l’école.

«L’UE soutiendra les réfugiés en Turquie tant que les besoins humanitaires persisteront. Ce nouveau financement montre notre profonde préoccupation pour les plus vulnérables […] Grâce au partenariat entre les organisations humanitaires, les autorités turques et l’UE, nos programmes humanitaires aident les réfugiés à répondre à leurs besoins fondamentaux et à préserver leur dignité», a déclaré le commissaire européen à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, dans la foulée du vote des parlementaires.

Bien que «tous les programmes bénéficiant d’un soutien humanitaire de l’UE sont mis en œuvre par des agences des Nations unies, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et des ONG» assure la Commission dans un communiqué, ce «chèque» de l’UE en direction de la Turquie n’est pas du goût de tous.

​Une «trahison inacceptable» du parti présidentiel dénonce ainsi Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France. Au niveau des votes, à l’exception d’un eurodéputé issu de la majorité qui s’est abstenu, les vingt-deux autres LREM siégeant au groupe Renews (Renaissance) ont tous voté en faveur du texte, de même que les écologistes (Verts/ALE) et la gauche (GUE/NGL et S&D). Seuls se sont opposés les eurodéputés issus du Rassemblement national (ID) et des Républicains (PPE) ainsi qu’une eurodéputée socialiste.

Mais il s’agit là d’une rallonge aux programmes qui avaient été lancés à la suite du «pacte migratoire» conclu entre Européens et Turcs en mars 2016, les six milliards d’euros ayant été depuis intégralement versés. Ces dépenses d’argent public européen devaient encourager la Turquie à assurer l’imperméabilité des frontières européennes face à l’afflux historique de migrants.

Turquie-pays européens, les tensions s’accumulent

Si au début, les Européens, afin de s’assurer de la bonne volonté d’Ankara, brandissaient comme carotte la suppression des visas pour les citoyens turcs souhaitant se rendre dans un pays membre de l’UE, le ton a changé. Depuis plusieurs mois, «paralysés», les Européens dénoncent le «chantage» aux migrants qu’Ankara ferait régulièrement peser sur eux en menaçant de laisser passer les réfugier vers l’UE.

L’Union européenne «rejette fermement l’usage par la Turquie de la pression migratoire à des fins politiques», dénonçaient à l’unanimité les 27 ministres de l’Intérieur de l’Union, le 4 mars dernier, sur fond de vives tensions à la frontière grecque. La Turquie de son côté demande davantage d’aides face à l'augmentation continue du nombre de réfugiés fuyant les combats du Nord-Ouest syrien.

Les Européens «paralysés» face au chantage aux migrants d’Ankara

Depuis, les tensions s’accumulent entre les capitales européennes et Ankara. Au mois de juin, plusieurs incidents opposant des frégates françaises à des frégates turques en Méditerranée occidentale, sur fond de violation de l’embargo onusien sur les armes à la Libye, ont provoqué la colère de Paris, qui a obtenu de l’Otan l’ouverture d’une enquête. Du côté d’Athènes et de Nicosie, c’est l’accord signé fin novembre entre Erdogan et Sarraj qui fâche. Celui-ci permettrait à la Turquie d’étendre de 40% la surface de son plateau continental et ainsi de faire main basse sur une zone économique convoitée par la Grèce et Chypre. Cerise sur le gâteau, la récente décision de reconvertir la basilique Sainte-Sophie en mosquée a fait grincer des dents.

Mardi 14 juillet, Nikos Dendias, ministre grec des Affaires étrangères, enjoignait ses partenaires européens à prendre des sanctions «paralysantes» à l’encontre d’Ankara. Une piste sur laquelle plancherait Bruxelles. Mais faute de parvenir à une position commune au sein des 27, c’est l’approche berlinoise qui pourrait bien être suivie.

La rallonge budgétaire intervient en effet au moment où l’Allemagne prend la tête de la présidence tournante du Conseil de l’Europe. Or, c’est la Commission, présidée par Ursula von der Leyen –ex-ministre (Travail, Famille, Défense) d’Angela Merkel durant une quinzaine d’années– qui a proposé d’elle-même le 3 juin dernier cette aide à destination des réfugiés en Turquie. Angela Merkel, qui a d’ailleurs fait entendre qu’elle ne souhaitait pas de tensions avec la Turquie durant ce semestre de présidence allemande de l’UE. Alors que Florence Parly avait exprimé sa colère suite aux manœuvres «extrêmement agressives» de la marine turque, Berlin avait plaidé pour une approche plus «coopérative» à l’égard de la Turquie.

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Tags:
Parlement européen, Commission européenne, Recep Tayyip Erdogan
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