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Des politiques allemands ont demandé au Congrès américain d’empêcher Trump de réduire le nombre de soldats américains sur leur sol. Un signe explicite de la dépendance stratégique allemande vis-à-vis de Washington. Pourtant, selon Michel Drain, chercheur associé à l’IFRI, celle-ci sera, de gré ou de force, amenée à disparaître.

Les ministres-présidents de quatre Länder allemands ne veulent pas voir les GI’s partir. Les dirigeants de ces États fédérés, où se trouvent des bases américaines ont demandé, le 19 juillet, à treize membres du Congrès américain d’empêcher Donald Trump de réduire la présence militaire américaine dans le pays. Le 15 juin, ce dernier avait annoncé le retrait dès septembre 2020 de 9.500 des 34.500 GI’s présents outre-Rhin.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’appareil de défense allemand repose en grande partie sur la présence militaire américaine sur son sol, via l’Otan. On compte aujourd’hui 21 bases américaines en Allemagne. Le gouvernement et l’état-major germanique dépendent aujourd’hui très largement de cette présence, qui est en définitive leur propre force de dissuasion, notamment face à la Russie.

«L’Allemagne est structurellement liée à l’Otan. Il y a une culture occidentale très forte là-bas», explique au micro de Sputnik Michel Drain, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et spécialiste de la géopolitique allemande.

Une approche de la sécurité européenne éloignée de la logique française, qui souhaite de son côté une plus grande autonomie européenne vis-à-vis des États-Unis. «Avec sa formule sur “la mort cérébrale de l’Otan”, Macron a touché quelque chose d’existentiel. En Allemagne, on considère l’Otan comme notre assurance-vie», expliquait en 2019 Claudia Major, chercheuse à l’Institut allemand de politique internationale et de sécurité (SWP), dans les colonnes du Monde.

Plus grande autonomie stratégique européenne et allemande

Néanmoins, l’Allemagne fait face à une réalité stratégique objective: le Président américain ne tient pas autant que ses prédécesseurs à maintenir à flot une alliance dont les membres n’assumeraient pas leur part du deal. Et cela pourrait continuer même si Donald Trump ne remportait pas un deuxième mandat, explique Michel Drain:

«Est-ce que Joe Biden suivrait la même politique que le Président Trump? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est qu’il y a eu un rééquilibrage stratégique des dispositifs américains en Europe, mais ailleurs également. Il n’y a plus aujourd’hui un engagement américain sur lequel on comptait traditionnellement.»

Il faut donc que Berlin s’adapte. D’ailleurs, le lien structurel qui existe entre l’Allemagne et les États-Unis ne devrait pas empêcher, selon Drain, une plus grande prise en charge par l’Europe de sa propre sécurité. «Il n’y a pas de contradiction absolue», explique-t-il.

Les États-Unis plus concernés par la menace chinoise que russe

Et il va plus loin: même au niveau national, une partie de l’opinion allemande et de la classe politique se rend compte qu’elle a besoin d’une plus grande autonomie stratégique.

Selon un sondage réalisé par le Pew Research Center, institut de sondage basé à Washington, sur la période 2009-2017, les opinions favorables à l’Otan ont chuté en Allemagne, passant de 73% à 57%. Ce qui ne surprend guère Michel Drain: même si l’Allemagne a besoin de temps, elle se rend compte qu’elle devra à un moment donné prendre en main sa défense de manière plus autonome.

«Il y a une prise de conscience allemande d’acquérir une plus grande autonomie stratégique», souligne-t-il.

Cette prise de conscience s’inscrit également dans le cadre de changements géostratégiques importants à Washington. En effet, réalisant un «pivot» vers l’Asie, l’appareil de Défense américain a les yeux bien plus tournés vers la Chine et la Corée du Nord que vers la Russie. Un changement de cap amorcé sous la présidence Obama et largement amplifié sous la celle de Trump. Ce dernier a, entre autres, intensifié les manœuvres militaires américaines aux portes de l’Empire du Milieu et a démarré une guerre commerciale avec celui-ci.

Une réalité stratégique à laquelle l’Allemagne devra tôt ou tard faire face, tant au niveau national que continental, bien que le confort du parapluie américain reste encore, pour certains dirigeants allemands, le choix privilégié.

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Tags:
Donald Trump, Allemagne, OTAN
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