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En mer Égée, les navires des marines grecques et turques sont sur le pied de guerre. Un bâtiment turc a en effet violé les eaux territoriales grecques. Pourtant, au micro de Sputnik, le géopolitologue Alexandre Del Valle explique que, malgré cette énième provocation, la Turquie n’a pas grand-chose à craindre de Bruxelles ou de l’Otan.

La Grèce est depuis bien longtemps habituée aux provocations turques dans ses eaux territoriales et dans son espace aérien. Mais depuis le 21 juillet, la situation entre les deux pays semble avoir atteint un nouveau stade de tension. La Marine grecque a été placée en état d’alerte et de «préparatifs renforcés» ce 22 juillet, a indiqué à l’AFP une source militaire.

Pourquoi? La réponse est enfouie sous le sol de la mer Égée. Depuis plusieurs mois, la Turquie place ses pions en Méditerranée orientale pour trouver des sources d’hydrocarbures. Ce 21 juillet, elle a envoyé dans les eaux territoriales grecques l’Oruç Reis, un vaisseau censé sonder les zones où se trouveraient des hydrocarbures. Ankara nie que ce vaisseau était dans les eaux territoriales grecques, mais Athènes n’a que faire de ces justifications et a rappelé la Turquie à l’ordre.

«Nous appelons la Turquie à cesser immédiatement ses activités illégales, qui violent nos droits souverains et sapent la paix et la sécurité dans la région», a déclaré le ministère grec des Affaires étrangères.

Depuis, «des unités de la marine ont été déployées dans le sud et le sud-est de la mer Égée», a déclaré une source militaire grecque à l’AFP. Ces unités «sont prêtes à répondre à toute activité.»

L’UE et l’Otan, toujours inertes face à Erdogan

Une escalade de tension impressionnante, mais compréhensible quand on lit dans la presse grecque qu’«Ankara s’est dépêché d’envoyer 18 navires de guerre au large de l’île» grecque de Kastellorizo, où l’Oruç Reis menait ses explorations énergétiques.

Une situation extrêmement tendue qui pourrait laisser certains croire que les provocations incessantes du Président turc peuvent mener à un conflit armé, ou en tout cas à une crise diplomatique d’ampleur. Mais il n’en sera rien, selon Alexandre Del Valle, géopoliticien, spécialiste des relations entre l’Europe et la Turquie et du monde arabo-musulman:

«L’Europe n’est pas prête à la guerre. Elle s’est bâtie sur la paix. Elle est prête à accepter toutes les provocations d’Erdogan au nom de la préservation de cette paix», juge-t-il au micro de Sputnik.

Cette situation est d’ailleurs particulièrement visible au sein des entités mises en place pour gérer ces situations, à savoir l’Union européenne et l’Otan. Celles-ci devraient agir pour mettre un terme aux agressions d’Erdogan, mais elles n’en ont soit pas la volonté, soit pas le pouvoir, analyse Alexandre Del Valle:

«Certains membres de l’UE voudraient faire quelque chose face aux agissements de la Turquie, mais ils ne le peuvent pas, car l’UE ne dispose pas de force de frappe militaire. L’Otan, de son côté, pourrait faire quelque chose pour contenir ou mettre au pas la Turquie militairement, mais ne le veut pas, car l’alliance craint de voir la Turquie dériver loin de la sphère occidentale, vers la Russie et la Chine.»

Sans même en arriver à une confrontation militaire, il existe d’autres outils qui pourraient calmer les ardeurs turques. Dans un précédent entretien, Alexandre Del Valle expliquait au micro de Sputnik qu’une politique de puissance exigerait a minima un rappel des ambassadeurs à la moindre menace militaire contre un allié européen, en l’occurrence Chypre ou la Grèce.

«Erdogan est conscient de cette crainte» européenne

Des leviers existeraient également d’un point de vue commercial, selon notre interlocuteur, mais les Européens restent tétanisés par «le pouvoir de nuisance turc.» Ceux-ci se contentent donc de joutes verbales diplomatiques. Exemple type, la réaction de la porte-parole de l’UE après l’agression turque en mer Égée il y a deux jours:

La Turquie, candidate pour entrer dans l’UE, «doit s’engager sans équivoque pour des relations de bon voisinage, [l’application, ndlr] des accords internationaux et la résolution pacifique des disputes en accord avec la charte de l’Onu», a déclaré Nabila Massrali.

Selon Del Valle, le Président turc profite de cette pusillanimité européenne: «Erdogan est conscient de cette crainte et en profite, il joue stratégiquement ses cartes.» Aussi bien en Syrie qu’en Libye, à Chypre ou en Méditerranée orientale, la Turquie semble libre de jouer sa partition en toute tranquillité, sans la moindre inquiétude de rétorsion de Bruxelles.

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Tags:
OTAN, Turquie
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