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Les personnels municipaux et les forces de l’ordre ont assisté, impuissants, à la destruction de la statue de Joséphine de Beauharnais et de Pierre Belain d’Esnambuc par un groupe d’activistes, devant la mairie de Fort-de-France, en Martinique. Didier Rykner, historien de l’art, confie à Sputnik sa colère face à cette atteinte au patrimoine.

Le 14 juillet, Emmanuel Macron a déclaré que la République «ne déboulonnera pas de statue». Deux semaines plus tard en Martinique, deux d’entre elles –celle de l’impératrice Joséphine de Beauharnais et celle du colon Pierre Belain d’Esnambuc– ont été mises à terre à Fort-de-France par des activistes, sous le regard impuissant des personnels de la mairie et des forces de l’ordre.

​«L’essentiel est qu’on était juste à côté de la préfecture et du commissariat. Ils n’ont rien fait. Rien du tout», dénonce Didier Rykner, directeur de la publication du média Internet La Tribune de l’Art.

En première ligne de la protection du patrimoine français, l’historien «ne croit pas» qu’il y aura des actions en justice contre les activistes destructeurs.

«Ça sera trop tard de toute façon, les sculptures sont démolies. Vu qu’il a eu déjà deux statues de Victor Schœlcher [situées à Fort-de-France et dans la commune de Schœlcher, ndlr] qui ont été démolies il y a deux mois, je n’ai pas entendu dire que quelqu’un ait été traduit en justice», précise Didier Rykner au micro de Sputnik.

Le maire de Fort-de-France, dépassé par les actions de destruction de statues, a mis en place une commission Mémoire & Transmission et a signé le jeudi 23 juillet un communiqué appelant à l’apaisement… trop tard, visiblement. La machine de l’activisme destructeur s’était déjà mise en mouvement.

«C’est d’un laxisme effrayant»

Face à la mobilisation antiraciste mondiale après la mort de George Floyd qui a pris pour cible les statues de certaines figures controversées, l’État français tarde à réagir. Le 15 juillet dernier, Roselyne Bachelot, nouvelle ministre de la Culture, a annoncé la tenue d’États généraux de la culture en septembre, sur le même principe de la Convention citoyenne sur le climat. Le 18 juillet, elle s’est rendue à Nantes après l’incendie de la cathédrale, où elle a exprimé «un grand chagrin» en annonçant la disparition d’un tableau d’Hippolyte Flandrin, «perdu définitivement». Rien, pour l’instant sur la perte des statues foyalaises.

«Ce sont des œuvres protégés comme monuments historiques. Ce sont des œuvres d’art qui doivent être respectées et protégées […] Par qui, sinon par l’État, par les forces de l’ordre, par le préfet? Et ça n’a pas été fait. Je ne connais pas leurs motivations pour ne pas le faire. On constate que c’est d’un laxisme effrayant», s’insurge Didier Rykner.

Malgré l’allocution du Président de la République, qui a semblé affirmer fermement et définitivement que «la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire», la destruction des deux statues a bien eu lieu. «Il laisse faire, alors qu’il dit le contraire», regrette M. Rykner.

Destruction de statues: comme Daech?

Les propos présidentiels ont également été commentés par des personnalités ultramarines, dont certains considèrent comme «symbolique» le déboulonnage des statues.

«On peut faire un débat sur ce qu’on veut, c’est la démocratie. Détruire une sculpture, c’est du vandalisme, c’est du terrorisme. Ce sont des extrémistes dangereux», Didier Rykner est ferme.

Et pour M. Rykner, le parallèle est évident: «Quand Daech* détruit des sculptures à Palmyre, c’est du vandalisme assimilé à du terrorisme. D’accord, ils ne tuent personne, ça reste une sculpture. Mais si un jour ils doivent tuer quelqu’un, je ne suis pas certain que ça les arrêtera beaucoup

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
Martinique, esclavage, statue
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