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Le 10 août, sous la pression de la rue, le gouvernement libanais a été contraint de présenter sa démission. Mais la grogne populaire n’épargne pas les pouvoirs plus occultes comme celui du Hezbollah. Une pression de nature à déstabiliser le «Parti de Dieu»? Pas si sûr, selon les experts du Liban consultés par Sputnik.

La crise politique bat son plein au Liban. Le Premier ministre a présenté le 10 août la démission du gouvernement sous la pression de la rue. Mais ce n’est pas assez pour la population libanaise qui, au-delà des explosions du 4 août, attend des réponses de la part des gouvernants qui l’ont conduite dans une crise sans précédent.

Cette explosion, ainsi que la crise économique et politique qui sévit depuis plusieurs mois, peuvent-ils donc mener à des changements politiques profonds ? Pour les spécialistes du Liban consultés par Sputnik France, rien ne garantit qu’il y aura autre chose qu’un changement de façade. Notamment en ce qui concerne le Hezbollah, que François Costantini, auteur de Le Liban: Histoire et destin d’une exception (Éd. Perspectives libres, 2017), qualifie au micro de Sputnik d’«État dans l’État.»

Le Hezbollah, insensible à la pression populaire?

Une analyse partagée par Shafeeq Choucair, spécialiste des pays de la Méditerranée orientale du Centre d'études stratégiques Al-Jazeera:

«Les conséquences de l'explosion dans le port de Beyrouth peuvent conduire à la perte, par le mouvement chiite Hezbollah au Liban, d'une partie de son influence politique, mais ne conduiront pas à son sérieux affaiblissement ou à des réformes politiques globales dans ce pays, en raison du manque de volonté de la communauté chiite - la plus grande du pays.»

Mais la volonté de la communauté chiite n’est pas la seule variable qui garantit que le Hezbollah pourra résister à la tempête politique que traverse actuellement le Liban. Comme l’explique François Costantini, le «Parti de Dieu» a plus d’une corde à son arc:

«Le Hezbollah n’est pas qu’un parti politique. C’est également une organisation armée à l’intérieur du Liban, un État dans l’État. Et là-dessus, il ne lâchera jamais ses positions. Le Hezbollah tient la sécurité du pays entre ses mains. Et peu lui importe qu’il soit représenté au parlement, parce qu’il a des leviers de pression pour obtenir des postes clés.»

Et ce, même si «au plan de l’opinion, il y avait déjà une défiance à l’égard du Hezbollah qui va s’accroître». En effet, la population libanaise en veut actuellement à la «caste politique» toute entière, car ils considèrent que ceux-ci se sont accaparés les richesses du pays sans en faire profiter la population.  

Et pour eux, le Hezbollah fait partie de cette caste. Pour Shafeeq Choucair, la situation va d’ailleurs approfondir la scission au Liban entre les forces pro-iraniennes et leurs opposants, ce qui peut causer des problèmes à long terme. Mais pour le moment, le Hezbollah n’aurait pas trop d’inquiétudes à avoir.

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