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Alors qu’un navire japonais s’est échoué au large de l’Île Maurice et menace de laisser échapper 3.000 tonnes d’hydrocarbures supplémentaires, des ONG s’organisent pour éviter la catastrophe. C’est le cas d’Octop’us, qui a organisé une collecte de cheveux pour lutter contre la marée noire.

Un désastre écologique. À l’Île Maurice se joue désormais une course contre la montre après l’échouement du navire Wakashio dans les eaux cristallines de l’océan Indien. Le vraquier d’une entreprise japonaise, battant pavillon panaméen, transportait 3.800 tonnes d’huile lourde et 200 tonnes de diesel lorsqu’il a heurté le 25 juillet un récif de Pointe d’Esny, au sud-est de l’île.

Malgré les efforts déployés par les Mauriciens pour pomper au plus vite le carburant restant dans le navire, il reste encore 3.000 tonnes d’hydrocarbures à son bord et le temps presse. Et pour cause, une fissure béante s’agrandit dans la coque et menace de briser le bateau en deux.

Désastre pour l’environnement

Pour éviter cette catastrophe qui menace l’écosystème, l’aide s’organise. L’ONG internationale Octop’us a récolté «vingt tonnes de cheveux offerts par l'association Coiffeurs justes, qui sont disponibles immédiatement pour envoi», précise à Sputnik Lisa Schino, chargée de projet pour Octop’us. Les cheveux ont en effet une capacité naturelle à absorber le gras:

«Les cheveux vont servir à fabriquer des boudins adsorbants qui permettent de freiner l'avancée de la marée noire et de pouvoir pomper les hydrocarbures. En effet, 1 kg de cheveux peut adsorber jusqu'à 8 kg d'hydrocarbures», détaille-t-elle.

Comme l’explique au micro de Sputnik Arnaud Guéna, adjoint au directeur du Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux), lorsque les hydrocarbures commencent à s’étaler sur l’eau, «on essaye de les contenir à l’aide de barrages flottants. C’est ce qu’on appelle le “confinement sur l’eau”.»

Contenir la nappe d’hydrocarbures

«Cela permet d’éviter que les nappes dérivent, de les concentrer à l’intérieur d’un dispositif, de les épaissir et ensuite de venir les récupérer avec ce qu’on appelle des skimmers, qui sont des moyens de pompage avec des capacités de stockage», résume Arnaud Guéna.

© AFP 2020 Jean Aurelio Prudence / L'Express Maurice
Grâce à l’appel à l’aide d’Octop’us pour acheminer cette collecte vers l’île, relayé par le journaliste Hugo Clément, «nous avons été entendus par le gouvernement mauricien, avec lequel nous sommes en contact directement et qui évalue le besoin en matériel», se réjouit Lisa Schino. Par ailleurs, l’initiative a connu un franc succès puisque que l’ONG mauricienne Éco-Sud «nous a confirmé que nous pouvions ralentir la collecte de cheveux», relate la chargée de projet.

​Malheureusement, cette innovation utile reste imparfaite. Pour la partie de la nappe qui échappe au dispositif et s’approche ou atteint la côte, la mise en place d’opérations de nettoyage et de pompage depuis la terre restent nécessaires.

«Et là, on retombe dans les images bien connues de personnes grattant, nettoyant au jet d’eau les substrats pollués», note Arnaud Guéna.

Depuis des années, les marées noires défraient régulièrement la chronique, comme lorsque la plateforme américaine Deepwater avait explosé en 2010, laissant échapper près de 600.000 tonnes de pétrole dans le golfe du Mexique. Ou encore le pétrolier Erika, naufragé en 1999 au large de la Bretagne, qui transportait 31.000 tonnes de fioul dont les deux tiers se sont déversés dans l’Atlantique avant d’atteindre les côtes françaises, endommageant plus de 400 km de littoral.

Impossibilité d’éviter ces accidents

Comment expliquer le fait que ce type d’accidents continue de se reproduire? «Au Cedre, nous faisons tous les ans un inventaire des principaux déversements en mer, et l’on voit que les circonstances et les causes des accidents restent encore très diverses», relève Arnaud Guéna:

«Il peut s’agir de pannes mécaniques, d’erreurs humaines, de catastrophes naturelles comme les typhons, qui génèrent des accidents maritimes importants.»

Pourrait-on réussir à limiter les risques? «Bien entendu, il y a des efforts réalisés en termes de prévention, de contrôle des navires, de formation des équipages, de régulation, de réglementation des routes maritimes», énumère l’adjoint au directeur du Cedre.

«Néanmoins, c’est comme sur les routes empruntées par les véhicules terrestres: il n’y a pas de risque zéro, donc il y aura toujours des déversements accidentels», conclut Arnaud Guéna.

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île Maurice, marée noire
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