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Coup d'État au Mali (40)
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Au Mali, le réveil est difficile le lendemain du coup d’État qui a acculé le Président IBK à la démission. Si des Bamakois voient le départ du Président comme une victoire du peuple malien, d’autres restent sceptiques en attendant le dénouement de cette entreprise condamnée tant à l’échelle régionale qu’à l’international.

Ce 19 août, Bamako, la capitale malienne, s’est réveillée au ralenti. Les stigmates enregistrés le 18 août suite à certains débordements sont encore visibles: certaines stations à essence vandalisées n’ont pas pu ouvrir, d’autres fermées ont anticipé le sort qu’elles pourraient avoir. Dans le centre-ville, des banques et les institutions sont restées fermées. Certaines rues sont quasi-désertes, avec uniquement des voitures stationnées comme trace de vie humaine.

Au quartier présidentiel à Bamako, l’ambiance est la même: banques fermées, quelques rares commerces ouverts. Aux alentours de la résidence du désormais ancien Président Ibrahim Boubacar Keïta, la garde nationale et la police sécurisent les lieux.

  • Bamako le lendemain du coup d’État du 18 août
    © Sputnik . Idelette Bissu
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    © Sputnik . Idelette Bissu
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Bamako le lendemain du coup d’État du 18 août

Certains commerçants à l’instar de Nouhou Sow, vendeur de pièces détachées de voiture, n’ont pas ouvert leur boutique aux heures habituelles. Ils ont préféré suivre l’évolution de la situation afin de se rassurer qu’ils n’exposent pas leurs boutiques en ouvrant le lendemain du coup d’État.

«Nous avons pris un peu de retard par rapport aux heures d’ouvertures habituelles. Mais quand nous sommes arrivés, nous avons constaté que nos voisins, qui ont aussi des commerces, ne sont pas venus. Nous sommes là parce que nous avons observé le mouvement de la ville avant de sortir. Hier [le 18 août, ndlr], avec les manifestations, nous avons fermé urgemment et nous sommes repartis à la maison pour éviter les débordements.»

L’annonce de la démission du Président Ibrahim Boubacar Keïta sur la chaîne nationale

Mais l’annonce de la démission du Président malien le 18 août a fait des heureux au sein de la population. À Bamako, le lendemain, des citoyens ont pris d’assaut pendant un court instant la mythique place de l’Indépendance et les alentours pour manifester leur joie.

«Quand j’ai appris que le Président avait été arrêté, je suis sorti dans la rue et j’ai vu que la majorité des Maliens présents sur place étaient aussi contents que moi. Nous sommes passés par beaucoup de crises, nous ne voulons pas d’autres crises. Mon souhait est que tout se passe dans le calme, sans violences», rétorque le vendeur de pièces détachées Nouhou Sow au micro de Sputnik.

Le départ du Président sonne comme un glas de soulagement chez certains Maliens qui voient en cette démission l’ouverture d’un nouvel horizon plein de rêves à concrétiser. Les personnes rencontrées par Sputnik demandent à ceux qui vont être aux commandes de tenir compte des demandes des populations sur le plan social et économique. Comme Mohamed Coulibaly, enseignant, les Bamakois rencontrés pensent que «le coup d’État a été une très bonne chose parce que le pays traversait des crises énormes. Pour le prochain gouvernement, je veux que ce soit un gouvernement qui prenne en compte les préoccupations de la population malienne».

Le Mali isolé par la CEDEAO

La position de la communauté internationale sur le vide institutionnel causé avec le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta se renforce. Le ton est même dur à l’instar de l’Union africaine qui a demandé la «libération immédiate» par la junte militaire du Président malien. À cette demande, les États-Unis et l’Union européenne se sont joints. L’organisation ouest-africaine a isolé le Mali en demandant à ses pays membres limitrophes de fermer leurs frontières avec ce pays «ainsi que l’arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières» entre ses autres États membres et le Mali. L’inquiétude d’une éventuelle pression avec la fermeture rapide des banques plane désormais au sein de l’opinion publique.

«On peut y voir une mesure qui cherche à faire pression sur les militaires parce que, à terme, la situation ne sera plus tenable, si on n’ouvre pas les frontières, ni les banques, à un moment donné quand les produits vont se faire rares, les prix vont augmenter et ce sont ces mêmes populations qui vont se retourner contre ces militaires», explique l’analyste Khalid Dembele à Sputnik.

​Au Mali, les militaires qui ont renversé le pouvoir d’Ibrahim Boubacar ont annoncé le 19 août la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Par la voix du porte-parole du CNSP, le colonel-major Ismaël Wague, ils promettent dans leur adresse au peuple d’assurer la continuité de l’État au Mali ainsi que des élections «dans un délai raisonnable». Des observateurs à l’instar de Khalid Dembelé estiment que «comparativement à 2012 [année du dernier coup d’État en date au Mali, ndlr], on peut se rendre compte que les militaires qui dirigent ce mouvement sont relativement très instruits, ce sont des gens qui communiquent bien, des personnes qui ont l’air d’être conscients des défis et des enjeux qui attendent le pays».

Arrivé au pouvoir en 2013, Ibrahim Boubacar Keïta sera réélu en 2018 pour un second mandat avec 67,17% de suffrages. Un score de loin au-dessus de l’opposant Soumaïla Cissé disparu peu avant les élections législatives de 2020. Une victoire contestée à laquelle se sont rajoutées d’autres remontrances, accumulées depuis deux ans, tant sur les plans social, sécuritaire économique que de la gouvernance. Le point de non-retour a été atteint, le 5 juin, avec la naissance d’une vaste mobilisation populaire dans les rues, principalement de Bamako. Ce mouvement de contestation a cristallisé l’ensemble des reproches contre le pouvoir d’IBK, jusqu’à ce que les militaires y mettent fin avec le coup d’État du 18 août.

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Coup d'État au Mali (40)

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Commission Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Ibrahim Boubacar Keita (IBK), Mali
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