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Le tribunal de Paris a décidé de maintenir Alexandre Vinnik, inculpé de fraude au Bitcoin, en détention jusqu’au début de l’examen du fond de son affaire, prévu pour octobre 2020. Le programmeur russe est emprisonné depuis 2017, en Grèce, puis en France. Reportage de Sputnik depuis la salle d’audience.

Lundi 14 septembre, une audience préliminaire s’est tenue au tribunal de Paris dans l’affaire Alexander Vinnik, ressortissant russe accusé en France d’extorsion de fonds et de blanchiment en bande organisée. Malgré les efforts des avocats français –Me Frédéric Belot et Ariane Zimra– et de leur consœur grecque Zoé Konstantopoúlou, la présidente du tribunal a décidé le maintien de l’inculpé en détention provisoire.

«Cette remise en liberté provisoire aurait été miraculeuse. Malheureusement, Alexandre Vinnik a beaucoup d’éléments contre lui. C’est un Russe, un étranger qui risque de rejoindre son pays. Et la Russie n’extrade pas ses citoyens. La peine qu’il encourt est extrêmement lourde, puisqu’il risque en France 10 ans de prison, il risque 50 ans de prison aux États-Unis.
N’ayant pas de travail en France, n’ayant pas d’attaches sur le sol français, il existe un risque qu’il quitte le sol français pour aller en Russie ou ailleurs et ne reste pas à la disposition de la justice. C’est ce que craint le procureur», détaille au micro de Sputnik Me Frédéric Belot, à l’issue de l’audience.

D’après l’avocat, la ligne de la défense reste inchangée: «Tous ces gens [les parties civiles, ndlr] sont des victimes. Mais ils sont victimes du virus Locky, ils ne sont pas victimes d’Alexandre Vinnik». Le programmeur est entre autres soupçonné par la justice française d’être à l’origine du rançongiciel Locky, un programme malveillant qui encrypte les données informatiques de la victime jusqu’au paiement d’une rançon, accusation que réfute le prévenu.

Vinnik ne peut voir sa femme, gravement malade

Dans un Tribunal de Paris gardé comme une forteresse à cause du procès des attentats islamistes de janvier 2015, l’audience a commencé avec 45 minutes de retard. La salle d’audience est petite et ne peut contenir tous ceux qui désirent y assister, les règles sanitaires ne facilitant pas les choses.

Jocelyne Palenne, présidente du tribunal, a égrené les chefs d’accusation portés contre Alexandre Vinnik en France, notamment l’«extorsion et blanchiment d’argent dans le cadre d’un groupe criminel sur le territoire du pays», en 2016-2018 et «à une autre période», ainsi qu’un «accès frauduleux au système de traitement automatique des données». La justice française accuse en effet le programmeur d’avoir organisé des malversations sur BTC-e, l’une des plus importantes plateformes d’échanges de Bitcoins.

Après avoir répertorié les parties civiles concernées, au nom desquels certains avocats étaient présents dans la salle d’audience, le juge s’est penché sur l’histoire personnelle d’Alexandre Vinnik, posant plusieurs questions sur sa famille et ses enfants. S’en suit un échange déchirant entre la présidente du tribunal et l’accusé:

– «Comment se passe la détention?»

– «Mal.»

– «Avez-vous des contacts avec votre famille?»

– «Rarement, par téléphone», répond brièvement Vinnik.

– «Voulez-vous ajouter quelque chose?»

– «Est-ce que cela vous intéresse vraiment?», s'informe Alexandre Vinnik par l’intermédiaire d’une traductrice assermentée.

«Ma femme se meurt. Depuis trois ans, personne ne m’autorise à la voir. Laissez-moi sortir jusqu’à l’audience. Pour que je la voie, elle et mes enfants. Pour qu’elle meure ici. Pourquoi ne me laissent-ils pas partir? Parce que je suis Russe? Pourquoi un tel préjugé envers moi?», clame Alexandre Vinnik.

Le prévenu assure «ne pas pouvoir se cacher», puisque «partout, y compris en Russie», il serait arrêté. Le consul russe présent dans la salle a déposé au préalable une requête pour la libération provisoire du programmeur, en proposant de mettre à sa disposition et à celle de sa famille un appartement exempt d’immunité diplomatique.

«Trois ans et un mois» de détention provisoire

Alexandre Vinnik a été extradé en France le 3 janvier dernier. Depuis, chaque audience s’est soldée par un refus de libérer M. Vinnik sous caution: le 28 janvier, puis le 17 février, le tribunal parisien a décidé de le maintenir en détention. Le 12 mai dernier, M. Vinnik a essuyé un nouveau refus de libération pour raisons médicales.

«Monsieur Vinnik est détenu en vertu de la décision du ministre de la Justice grec, qui a demandé aux autorités françaises de le détenir durant toute la procédure. C’est une violation grave de la séparation des pouvoirs, c’est une atteinte directe à l’indépendance judiciaire et à la souveraineté de la France. Mon opinion est que cette décision n’est absolument pas valable au vu du droit européen et des droits de l’Homme», précise à Sputnik Me Zoé Konstantopoúlou, l’avocate grecque du prévenu.

Le programmeur Alexandre Vinnik a été arrêté en Grèce le 25 juillet 2017 à la demande des États-Unis, où il est accusé d’avoir enfreint la loi américaine et d’avoir créé un échange de cryptomonnaie sans licence des autorités américaines. D’après les Américains, Vinnik aurait blanchi des milliards de dollars. Fin juin 2018, la France a adressé la même demande aux autorités grecques. De son côté, la Russie avait demandé l’extradition de Vinnik. À l’époque, le Russe avait déjà passé plus d’un an dans une prison grecque.

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Tags:
bitcoin, Bitcoin, Tribunal de Paris, procédures judiciaires, Alexandre Vinnik
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