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À l’ère du tout-digital, le domaine de la santé ne reste pas sur la touche. Objets connectés ou applications de suivi des patients, le numérique offre de nouvelles possibilités à la médecine, et soulève de légitimes inquiétudes. Sputnik s’est entretenu avec le co-fondateur de MédecinDirect, qui s’enthousiasme de ces avancées technologiques.

Des signes vitaux à portée de clic. Fréquence cardiaque, nombre de pas ou encore température interne, toutes ces données sont désormais disponibles sur la grande majorité des smartphones, tablettes et autres montres connectées.

Les grands acteurs se sont engouffrés dans la brèche: Apple ou Google d’abord, puis Amazon qui a lancé en août dernier Halo, son bracelet connecté destiné à aider ses clients à améliorer leur santé et leur bien-être. Au-delà des fonctionnalités classiques, ce nouveau produit fabriqué par la firme de Jeff Bezos permettrait de réaliser un scan en 3D du corps de son utilisateur afin d’évaluer le taux de masse grasse, mais également de détecter l’état émotionnel de son propriétaire grâce à la tonalité de sa voix.

Boom de la santé numérique

Au-delà de ces objets connectés, le domaine de l’e-santé, appelée aussi santé numérique, se définit par l’ensemble des technologies de l’information et de la communication (TIC) appliquée à des activités en rapport avec la santé. Un vaste champ d’action, qui inclut notamment la télémédecine (actes médicaux réalisés à distance par un médecin) ou la m-santé (mobile santé) avec des applications de suivi des patients.

Dans un rapport prospectif publié en octobre 2019, le cabinet Frost & Sullivan a estimé à plus de 234 milliards de dollars le poids du marché mondial de la santé numérique à l’horizon 2023. Ce qui représente une hausse de 160% par rapport à l’année 2019. Des prévisions qui s’expliquent par un contexte de vieillissement de la population et de croissance exponentielle des maladies chroniques. L’e-santé peut-elle révolutionner la médecine?

Interrogé par Sputnik, François Lescure, cofondateur et président de MédecinDirect, un service de téléconsultation médicale, estime qu’il «est absolument indispensable que demain, l’ensemble des médecins, des professionnels de santé et des patients adoptent un minimum de digital dans la santé pour pouvoir anticiper sur les problématiques.»

«La médecine de demain va évoluer vers plus d’anticipation sur la pathologie et sur plus de recherche concernant la causalité des symptômes.»

Comme l’explique le président de MédecinDirect, une telle évolution –révolution?– est rendue possible par l’augmentation de la présence de capteurs, par exemple dans les smartphones ou encore dans les t-shirts connectés, qui pourront mesurer la respiration, la température, la transpiration et même produire un électrocardiogramme.

«Ils vont capter un certain nombre d’éléments qui vont être stockés en data. Ajoutez à cela des algorithmes, de l’IA [intelligence artificielle, ndlr] et de l’analyse de data, vous pourrez ensuite savoir si vous êtes dans une moyenne habituelle ou si vous avez par exemple un certain nombre d’arythmies», avance François Lescure.

Les données recueillies par tous ces capteurs seront donc «déterminantes», car ceux-ci «enregistrent en continu, mais vous rétrocèdent l’information que lorsque c’est nécessaire», souligne le cofondateur de MédecinDirect.

Collecte de données et vie privée

Des informations personnelles cruciales pour prévenir d’éventuelles maladies, mais qu’il faut néanmoins protéger. Dans une étude publiée fin 2017 par l’Observatoire du numérique BVA pour Orange, si les données sont anonymisées, sécurisées et si on leur explique l’usage qui en sera fait, 80% des Français sondés sont prêts à les partager avec les professionnels de santé et 79% avec les hôpitaux. Cependant, ils ne sont que 13% à vouloir les partager avec les grands acteurs d’Internet.

​Cette dernière question reste ouverte: si ceux-ci récoltent en masse des informations sur notre santé, ce n’est pas par philanthropie. Quel usage pourrait par exemple avoir Microsoft des données de santé de millions de Français, que l’État a choisi de lui confier?

Des données qui seront à terme collectées de plus en plus massivement. Selon le cabinet Frost & Sullivan, les volumes de données créés annuellement dans le secteur médical devraient ainsi croître de 4,4 zettabits (Zb) en 2015 à 44 Zb en 2020 (un zettabit équivaut à 1.000 milliards de gigabits). D’ailleurs le cabinet d’analyse prévoit une hausse du marché des infrastructures d’analyse de données en masse (big data) dans le secteur de la santé.

Les patients doivent-ils craindre une mauvaise utilisation de leurs informations personnelles? François Lescure préfère relativiser: «lorsque vous surfez sur Internet, vous générez déjà tout un tas de données. Faut-il tout rejeter en bloc alors que ces données seront nécessaires pour guérir de nombreuses pathologies? […] Les craintes viennent d’un manque de transparence.»

«Cependant, il faut être vigilant sur l’usage qui est fait des données, qui doit être déontologique et éthique. Tout ce qui fait débat aujourd’hui, c’est le consentement formel de l’usage des données», précise François Lescure.

Pour fixer des garde-fous, le ministère des Solidarités et de la Santé, par le biais de la Délégation ministérielle au Numérique en santé (DNS), a établi la charte «Engagé pour la e-santé», signée par 235 industriels. L’objectif? S’assurer que la mise en œuvre des actions se réalise «dans un climat de confiance mutuelle, de concertation et de co-construction des étapes à franchir, de responsabilité partagée, y compris au plan des stratégies d’investissement et des modèles économiques associés, et dans un cadre éthique et humaniste.» Tout un programme.

Si les bénéfices de l’e-santé en matière d’efficacité et de prévention sont nombreux, reste la problématique de la fracture numérique en France. D’après une étude réalisée par l’INSEE, l’illectronisme, ou illettrisme numérique, concerne 17% de la population. Ainsi, une personne sur quatre ne sait pas s’informer et une sur cinq est incapable de communiquer via Internet. «Les personnes les plus âgées, les moins diplômées, aux revenus modestes sont les plus touchées par le défaut d’équipement comme par le manque de compétences», indique l’INSEE.

Après la médecine à deux vitesses, gare à la santé «déconnectée», donc.

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