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Malgré le refus de la Ligue arabe de condamner les accords de paix signés entre Israël et deux pays arabes, la Palestine a statué: elle restera dans la Ligue. Au micro de Sputnik, Alain Gresh, spécialiste de la question israélo-palestinienne, estime que cette décision est symptomatique de l’inertie des autorités palestiniennes.

Les différentes autorités palestiniennes se sont réunies le 16 septembre afin de statuer sur le retrait ou non de la Palestine de la Ligue arabe. L’absence de condamnation par cette dernière de la normalisation des relations avec Israël décidée par les Émirats arabes unis et Bahreïn avait du mal à passer.

Résultat des courses? Finalement, la Palestine ne quittera pas la Ligue arabe. C’est ce qu’a déclaré Ahmed Majdalani, membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce 17 septembre à la radio officielle Voix de la Palestine.

Les autorités palestiniennes inertes

«Il est important pour les Palestiniens de rester dans la Ligue arabe pour y être influents, car nous voulons principalement influencer les positions des États arabes qui n’ont pas encore décidé quelle option choisir concernant une normalisation», a-t-il expliqué.

Mais qu’elles soient représentées à la Ligue arabe ou non, l’étau se resserre de toute façon autour des autorités palestiniennes. Que ce soit l’autorité palestinienne en Cisjordanie ou le Hamas à Gaza, les condamnations des premiers et les salves de roquettes des seconds ne suffisent plus à peser dans la balance face à l’alliance entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Et il en va de même pour le Fatah.

«Ce qui est frappant dans la situation actuelle, c’est non seulement la faiblesse des différentes autorités palestiniennes, mais aussi leur absence totale de stratégie. Ils sont en position de faiblesse et ne font rien pour en sortir», explique au micro de Sputnik France Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et fondateur du journal en ligne Orient XXI, qui suit depuis des décennies le cas de la Palestine.

Leur passivité ne s’arrête pas là selon le journaliste, qui note: «ils n’ont pas vu venir ce rapprochement, alors qu’il y avait quand même des signaux importants de rapprochement entre Israël et les pays du Golfe».

«Il y a chez eux l’idée que le monde n’a pas changé depuis 1993 lorsqu’ils négociaient avec les Israéliens. Il y avait alors encore des leviers pour les Palestiniens. Aujourd’hui, cette situation a disparu et l’autorité palestinienne fait comme si on était dans la même situation», affirme Alain Gresh.

Ce dernier précise qu’il n’inclut pas dans cette analyse le Hamas. Pour lui, «ce groupe a un discours purement rhétorique sur la lutte armée, sans que cela ait la moindre chance d’aboutir et ils le savent très bien.» Régulièrement, le groupe tire des salves de roquettes ou des ballons incendiaires sur le territoire israélien et se fait frapper en retour par l’armée de l’air israélienne sans que cela ne fasse avancer sa cause.

«Il y a d’ailleurs un élément paradoxal qui est qu’ils sont depuis deux ans en négociation avec Israël pour arriver à une trêve. Il y a donc une rupture totale entre leur rhétorique et leur pratique», souligne le fondateur du journal Orient XXI.

Les Palestiniens, victimes d’une culture de la répression politique

En somme, l’incapacité des autorités palestiniennes à faire peser une quelconque pression sur Israël, la communauté internationale, voire même sur leurs «alliés» régionaux arabes, fait cruellement défaut:

«Un des problèmes aujourd’hui pour toutes les autorités palestiniennes, c’est la répression [de tout renouvellement politique, ndlr]. Il n’y a aucun espace qui est accordé à des forces qui pourraient faire d’autres propositions. Cela créé une situation d’immobilisme total», estime Alain Gresh.

Un mal que notre interlocuteur étend d’ailleurs au monde arabe dans son ensemble: «en Palestine ou dans le monde arabe, la répression politique depuis 50 ans dans le monde arabe a fait qu’il n’y a pas de force politique, sinon dans certains endroits l’Islam politique, et ce sont en général les Frères musulmans. En dehors de ça il n’y a rien».

C’est d’ailleurs ce qu’a souligné Ahmed Majdalani, de l’OLP, après la réunion pour décider du retrait ou non de la Palestine de la Ligue arabe: la Palestine «compte aujourd'hui davantage sur les positions des partis et des institutions civiles et populaires dans les pays arabes que sur les régimes officiels».

«Le projet de deux États est mort»

Alain Gresh souligne d’ailleurs que personne ne propose de nouveau projet idéologique, comme ce fut le cas avec les projets de nationalisme arabes portés par Nasser en Égypte ou le parti Baathiste au Levant: «Aujourd’hui il n’y a aucune proposition politique, si ce n’est une sorte de consensus néolibéral». Un manque de vitalité qui semble accompagner la mort de la solution à deux États:

«Le projet de deux États est mort et c’est très difficile pour l’autorité palestinienne de l’accepter. Il n’y a aucune possibilité aujourd’hui de créer un État palestinien entre la Cisjordanie et Gaza, compte tenu du niveau de colonisation. Il faudrait présenter une alternative, et c’est quelque chose que la communauté internationale se garde bien de faire.»

Ainsi la seule issue crédible serait-elle, selon Alain Gresh, la solution à un État. Ce dernier estime qu’il serait largement plus stratégique pour les Palestiniens de mener un combat pour l’égalité. Et ainsi avoir des droits égaux sous l’autorité d’un seul et même État, plutôt que de continuer à mettre des coups d’épée dans l’eau.

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