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Le nouveau rapport d’Oxfam pointe du doigt l’activité polluante des plus riches. Selon l’ONG, ces 10% de la population mondiale génèreraient la moitié des émissions de CO2. Une forte activité qui a une incidence sur les plus pauvres, qui payent le plus lourd tribut à la crise climatique.

Le constat est sans appel. 1% des plus riches émettent deux fois plus de gaz à effet de serre que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, selon le rapport d’Oxfam, publié le 21 septembre. Celui-ci révèle également que les 10% des plus riches de la population mondiale (environ 630 millions de personnes) sont responsables de 52% des émissions de CO2 cumulées, soit près d’un tiers du «budget carbone» mondial. Pour arriver à ce résultat, l’ONG a analysé la période 1990-2015, un laps de temps durant lesquelles les émissions mondiales de CO2, principales responsables du réchauffement de la planète, ont augmenté de près de 60%.

«Au cours des 20-30 dernières années, la crise climatique s’est amplifiée et le budget carbone mondial limité a été dilapidé au service d’une intensification de la consommation d’une population nantie, et non pour sortir des personnes de la pauvreté», dénonce Oxfam.

Des données à mettre en perspective, puisque celles présentées dans le rapport sont basées sur des estimations de consommation. Ainsi, Oxfam indique qu’elles comprennent «à la fois des émissions produites dans un pays et celles liées aux importations, tout en excluant celles rattachées aux exportations.» L’ONG précise également que sont allouées «les émissions liées à la consommation nationale aux ménages de chaque pays selon une relation fonctionnelle entre les revenus et les émissions.» En clair, un millionnaire menant depuis une vingtaine d’années une vie monacale, avec une empreinte carbone proche de zéro, ferait partie selon cette méthodologie des plus gros pollueurs. 

​Au-delà de la méthodologie, l’ONG avance que ce sont les communautés les plus pauvres et les jeunes générations qui «souffrent le plus de cette injustice». Oxfam considère que les 10 % les plus riches sont ceux qui ont des revenus nets supérieurs à 38.000 dollars par an, et les 1 % les plus riches sont ceux qui gagnent plus de 109.000 dollars.

Les populations pauvres, premières victimes de la crise climatique

Des populations qui sont d’ailleurs «les moins responsables de la crise climatique». En effet, le rapport avance que les 50% les plus pauvres sont responsables de seulement 7% des émissions de CO2 cumulées, soit 4% du «budget carbone» disponible.

Pour Claire Lejeune, ex-secrétaire fédérale des Jeunes écologistes, interrogée par Sputnik, ces résultats «n’ont rien de surprenant». «Depuis très longtemps, circule l’idée que la question des inégalités sociales est très fortement corrélée aux inégalités en matière d’émissions de C02», affirme-t-elle.

«Cette élite représente une infime minorité de la population, qui est en train de capter l’essentiel du capital qui pourrait être disponible pour réaliser les investissements nécessaires en matière de transition écologique», déplore Claire Lejeune.

Dans une interview donnée au Monde, Armelle Le Comte, responsable des questions climatiques pour Oxfam, explique également que «ces chiffres permettent d’aller à l’encontre des idées reçues, et notamment celle selon laquelle l’envolée des émissions serait due uniquement à la Chine, à l’Inde et au développement des classes moyennes.»

​Les pays occidentaux seraient-ils donc les seuls coupables? L’ex-secrétaire fédérale du mouvement des Jeunes écologistes estime qu’il y a en tout cas une «responsabilité immense des pays occidentaux». «Historiquement, structurellement, dit-elle ce sont nos pays qui ont bénéficié du modèle de développement qui aujourd’hui est en train de nous mener dans le mur.»

Changer le modèle de développement

Comment donc endiguer cette dynamique? Pour Oxfam, la réponse est claire: dans un contexte de crise sanitaire, les États doivent réagir. «Le simple redémarrage de nos économies telles qu’elles existaient avant la pandémie –dépassées, injustes et polluantes– n’est plus une option viable. Les gouvernements doivent saisir cette occasion afin de transformer nos économies et de construire un avenir plus juste pour toutes et tous», écrit Armelle Le Comte dans un communiqué.

Claire Lejeune abonde dans le sens de l’ONG:

«Il faut réfléchir à des dispositifs fiscaux de redistribution qui mettent fin à cette captation de la richesse par une toute petite poignée de personnes et réfléchir à comment ces mécanismes de redistribution permettent à tout le monde de prendre sa place dans une société en transition.»

En outre, la militante d’Europe écologie les Verts (EELV) exhorte les pays riches à sortir de l’hypocrisie. En témoigne notamment la dotation du «fonds vert pour le climat» qui «n’est pas du tout abondé à la hauteur de ce qu’il devrait être», regrette Claire Lejeune. Ce fonds multilatéral, créé en 2014, visant à aider les pays en voie de développement à mettre en place des moyens de lutte contre le réchauffement climatique, a été doté de 8,8 milliards d’euros. Un chiffre néanmoins bien loin de la promesse des «100 milliards de dollars par an» à partir de 2020, un engagement conjoint des pays développés pris à Copenhague en 2009.

Une situation qui pousse la militante à plaider pour une «réflexion sur un changement de modèle de développement». Ainsi plaide-t-elle pour un «nouveau modèle», qui permettrait à ceux qui «sont les plus touchés par les effets de la crise écologique et de ces conséquences, de s’assurer un avenir à peu près viable.»

«Sinon, le risque est d’arriver à une situation où à la fois, entre les pays et au sein des pays, on aura vraiment des fractures sociales et territoriales extrêmement fortes.»

À l’image de ce qui se passe en France, où l’on observe un creusement de l’écart qui existe «entre les métropoles qui captent les richesses et le reste du pays: les banlieues, la ruralité.» Un écart qui demeure une «source de tensions sociales très fortes», conclut Claire Lejeune.

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Tags:
environnement, gaz à effet de serre, Oxfam, écologie
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