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Le New York Times a révélé une partie des retours d’impôts du Président américain, confirmant certaines stratégies fiscales douteuses. De quoi faire lui faire perdre des voix au sein de sa base? Difficilement, selon François Vergniolles de Chantal, professeur de civilisation américaine, qui perçoit ses électeurs comme les membres d’un «fan-club.»

750 dollars. C’est le montant qu’a versé en impôts fédéraux sur le revenu Donald Trump en 2016 puis en 2017, selon une enquête explosive du New York Times.

Si ce versement ne représente en réalité qu’une partie des impôts et taxes payés par le Président-businessman, l’effet n’en est pas moins désastreux. Le quotidien affirme en outre que le 45e Président des États-Unis n’a payé aucun impôt sur le revenu sur dix des quinze dernières années.

Des révélations que ce dernier a directement qualifiées de «fake news» lors d’un point presse, quelques minutes après la parution de l’enquête. «J’ai payé beaucoup, et j’ai payé beaucoup d’impôts sur le revenu au niveau de l’État aussi, l’État de New York taxe beaucoup», a rétorqué sans plus de précisions M. Trump. Contacté par le New York Times dans le cadre de l’enquête, un responsable de la Trump Organization affirmait qu’elle ne contenait rien de vrai.

Selon l’enquête, le Président Trump a échappé à l’impôt «en grande partie en déclarant plus de pertes d’argent que de gains.» Une stratégie d’optimisation fiscale régulièrement utilisée par des hommes d’affaires américains, qui déclarent sans nécessité des faillites par anticipation pour échapper à l’impôt.

​On découvre également qu’il se bat avec l’Internal revenue service [le Fisc américain, ndlr] sur la légitimité d’une déclaration d’impôts qui lui a valu un remboursement de 72,9 millions de dollars, obtenue après avoir déclaré des pertes importantes. Dans un autre ordre d’idées, Trump doit également rembourser dans les quatre années à venir la faramineuse somme de 421 millions de dollars à des créanciers auprès desquels il s’est endetté il y a plusieurs années.

Une enquête qui met Trump en danger?

Cette enquête, particulièrement offensive à l’égard de Donald Trump, décrit un homme d’affaires ayant accumulé des pertes importantes, utilisées pour éviter de payer des impôts. Loin donc de l’image qu’il cultive d’un businessman à succès ayant bâti un empire aussi solide que pharaonique. «Finalement, M. Trump a eu bien plus de succès dans le rôle de magnat des affaires qu’en en étant un dans la vraie vie», concluent les enquêteurs du quotidien new-yorkais.

​De quoi le fragiliser politiquement à un mois du scrutin présidentiel? Pas selon François Vergniolles de Chantal, professeur de civilisation américaine à l’université Paris Diderot et auteur de nombreux ouvrages sur la politique et les Institutions américaines, dont L’impossible présidence impériale – Le contrôle législatif aux États-Unis (Éd. CNRS).

«À priori, cette affaire n’aura pas un grand effet sur l’électorat de Donald Trump. Il a déjà survécu à beaucoup de scandales: une tentative de destitution, des accusations diverses et variées, et sans doute fondées pour certaines d’entre elles, et ça n’a en rien entamé sa base. Donc je serai prudent.»

Une situation qui peut paraître surprenante, car «ce qu’on a appris dans l’enquête du New York Times, pour n’importe quel électeur rationnel, ça serait une ligne rouge.» En effet, «ce que révèle le quotidien n’est pas une fraude légale, mais c’est une fraude morale.» En payant 750 dollars d’impôt sur le revenu par an, Donald Trump a autant payé qu’un américain dont le revenu annuel est inférieur à 20.000 dollars. Un impôt de surcroît largement en deçà de la moyenne nationale: sur les 153 millions d’Américains qui ont rempli une déclaration d’impôts en 2018, le montant moyen de l’impôt fédéral sur le revenu s’élevait à 15.322 dollars.

Et surtout, son revenu imposable potentiel sur les deux années où il a payé 750 dollars était de «24,8 millions de dollars de bénéfices provenant de sources liées à son statut de célébrité et 56,4 millions de dollars pour les prêts qu’il n’a pas remboursés», affirme le New York Times. Qu’importe qu’il ait payé un million de dollars pour 2016 et 4,2 millions de dollars pour 2017 en remboursements à l’IRS. La faute morale a déjà été commise, selon une grande partie de l’opinion publique américaine, et en partie démocrate. La campagne de Joe Biden a d’ailleurs déjà mis en ligne un calculateur d’impôts pour 2017 pour voir si l’on a plus payé d’impôts que Donald Trump en 2017.

Une logique de «fan-club»

Pour François Vergniolles de Chantal, l’électorat de Donald Trump n’a pas une perception rationnelle de son leader. Oui, «normalement ça fait bondir», explique-t-il avant de préciser: «Mais ça fait bondir des gens qui ne sont pas dans cette relation de “fanclub” vis-à-vis de Trump.» Car selon lui, c’est ce type de relation qui unit l’actuel Président des États-Unis et son électorat:

«J’utilise l’expression de “fan-club” pour désigner le lien qui unit Trump à ses électeurs au parti Républicain, et je crois qu’on est vraiment dans cette logique-là. C’est-à-dire une logique de l’émotionnel et de l’appartenance. Paradoxalement, il y a une identification très forte des électeurs de Donald Trump à Trump lui-même.»  

«Et ce, sans tenir compte de la différence sociale entre eux, car Donald Trump manipule tous les symboles d’une certaine culture populaire qui résonne parfaitement auprès de ses électeurs», ajoute-t-il. Une base électorale qui est «tellement attachée à son héros», que tout argument rationnel est secondaire, voire la «preuve de l’existence d’un complot».

«De surcroît quand ça vient du New York Times, qui incarne cet “establishment” intellectuel New-Yorkais, qui est vilipendé par l’électorat populaire de Trump», conclut-il.
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