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Les États-Unis se sont opposés aux initiatives d’Emmanuel Macron pour faire avancer le processus de paix en Libye. Quels enjeux géostratégiques se cachent derrière cette rivalité? La solution à ce conflit n’est-elle pas avant tout locale? Éléments de réponse avec Michel Scarbonchi, ancien député européen, pour le Désordre mondial.

Est-on en train d’assister à un bras de fer entre la France et les États-Unis au sujet de la Libye? Les deux puissances semblent se disputer le parrainage des négociations entre le gouvernement reconnu par l’Onu –soutenu sur le terrain par la Turquie– d’une part, et celui qui tient l’Est du pays –soutenu par les combattants du maréchal Haftar– de l’autre.

La tentative d’Emmanuel Macron d’organiser une rencontre entre les protagonistes du conflit, le 17 septembre dernier, a capoté, provoquant une vague de manifestations à Tripoli. Pourquoi la notion de négociations de paix dérangerait-elle les responsables d’un pays en proie à une guerre qui fait rage depuis des années? Les Nations unies et Washington, déjà engagés dans leur propre processus de sortie de crise en Libye, n’ont pas non plus soutenu l’initiative de Macron.

Pourquoi la vision de la France et de l’Union européenne sur la paix en Libye ne coïncide-t-elle pas avec celle des États-Unis? Michel Scarbonchi, ancien député européen, explique l’opposition des Américains aux efforts français:

«Tout ce qui peut affaiblir l’Europe leur convient. Or, la situation au Liban, en Syrie, les rapports avec la Turquie, affaiblissent l’Union européenne, ce que le Président Macron a bien compris. C’est pour ça qu’il parle de Défense européenne et veut que l’Europe ait une position forte et qu’il a fait un bras de fer avec Erdogan et l’a fait reculer face à la Grèce et en Libye, avec la démission d'el-Sarraj.»

Pendant que les grandes puissances se disputent, les pourparlers avancent. Michel Scarbonchi décrit l’état actuel des négociations entre Libyens, qui se déroulent en Égypte:

«Il y a un accord qui a déjà été signé entre Tripoli et Benghazi sur la rente pétrolière. Haftar contrôle 90% de la production pétrolière libyenne. Grâce à lui depuis 2017, la Libye a retrouvé son niveau [de production, ndlr] d’avant la guerre de 2011.
Mais cette rente financière, à cause de l’Onu, allait à la Banque centrale de Tripoli, qui était tenue par un Frère musulman. 80% de cet argent était réservé à Tripoli et servait à payer les milices islamistes pour qu’elles acceptent el-Sarraj et le laissent tranquille… Un accord est intervenu de façon à avoir une répartition égale de cet argent entre les trois grandes régions [libyennes, ndlr].»

L’ancien député européen évoque également le départ de Fayez el-Sarraj, le Premier ministre libyen dont le gouvernement est reconnu par l’Onu:

«El-Sarraj était disqualifié par le fait que pour sauver Tripoli et empêcher que Haftar ne la prenne, il a fait venir Erdogan et surtout les milices islamistes syriennes, ce qui a déplu à la population dans toute la Libye. Donc, les gens considèrent qu’il a vendu son pays. Donc cet homme ne peut plus être autour de la table de négociations.»

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Emmanuel Macron, Libye
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