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Une récente étude révèle l’érosion de l’image des États-Unis à travers le monde. Philippe Moreau-Desfarges, ancien diplomate et spécialiste des relations internationales, revient au micro de Sputnik sur les raisons qui expliquent ce phénomène amorcé depuis le début du XXIe siècle, et les perspectives qu’il laisse entrevoir.

Les Présidents de la Chine et de la Russie inspirent davantage confiance que le Président des États-Unis. Qui l’eut cru? C’est en tout cas ce que rapporte une étude menée récemment par le Pew Research Center sur les populations de 13 pays d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Précisément, elle se concentre sur les opinions publiques de l’Australie, de la Belgique, du Canada, du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas, de la Corée du Sud, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni.

Bien sûr, le rapport n’affirme pas que Vladimir Poutine et Xi Jinping sont populaires dans les 13 pays sondés – leur cote de confiance s’élève respectivement à 23% et 19%. L’étude vise simplement à mettre en lumière l’érosion de la confiance que les populations de ces pays portent désormais à l’égard des États-Unis.

33% d’opinion favorable des États-Unis en Australie en 2020

Un phénomène qui n’est pourtant pas nouveau, explique au micro de Sputnik France Philippe Moreau-Defarges, ancien diplomate et auteur du livre Une histoire mondiale de la paix (éd. Odile Jacob, 2020):

«Ce phénomène a réellement commencé après le 11 septembre 2001 et la réaction américaine à cette agression. L’invasion de l’Irak en 2003 a été un réel point de rupture. À partir de ce moment-là se sont créées de réelles divisions dans les opinions publiques occidentales qui, pourtant, étaient généralement plus favorables au leadership mondial américain.»

Une érosion de l’image américaine à travers le monde qui se perçoit clairement dans le tableau réalisé par l’étude du Pew Research Center, qui entend donner une estimation du pourcentage de la population d’un pays donné favorable aux États-Unis. En 2000, quand les statistiques ont commencé à être recensées, 83% des Britanniques avaient une opinion favorable des États-Unis, contre 41% en 2020. Au Japon, elle a glissé de 77% en 2000 à 41% en 2020. En Australie? 59% en 2000 contre 33% deux décennies plus tard. Et tous les pays affichent la même tendance comme en témoigne le premier tableau ci-dessous:

​Si ce phénomène s’est ralenti durant les huit années de la présidence Obama qui jouissait d’une image favorable, en particulier dans les pays occidentaux, il s’est accéléré après l’élection de Donald Trump.

«Trump marque une amplification de ce phénomène. Si l’image des États-Unis était déjà dégradée dans les pays non-occidentaux, ce n’était pas tout à fait le cas dans les pays occidentaux. Sa politique du repli a été pour beaucoup une des raisons qui a poussé à ce changement», analyse Philippe Moreau-Desfarges.

Le repli américain et l’isolationnisme préconisés puis mis en place par Donald Trump a gêné autour du globe. Les dirigeants européens comme Emmanuel Macron ou Angela Merkel ont d’ailleurs utilisé ce repli américain pour avancer un agenda fédéraliste européen.

Joe Biden, le candidat du renouveau de la superpuissance américaine?

Le Président français déclarait lors de son discours aux ambassadeurs en 2018: «L'Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls États-Unis, c'est à nous de prendre nos responsabilités et de garantir la sécurité et donc la souveraineté européenne». Les opinions publiques semblent elles aussi refléter ce désamour: le mariage américano-européen est plus proche du crépuscule que de l’aube.

De facto, le parapluie américain apparaît à tous moins imperméable ces derniers temps:

«L’image des États-Unis a aussi et surtout souffert de la confrontation entre les États-Unis et la Chine. Face à Pékin, Washington n’apparaît plus comme la grande puissance invulnérable. Il ne faut pas oublier que ce qui inspirait malgré tout l’attachement aux États-Unis c’était à la fois le rêve américain, la puissance américaine et son statut de policier du monde, ce qu’ils ne sont plus. Et ce, car ils ont un problème de légitimité pour agir, mais aussi parce qu’ils ne veulent plus l’être», rappelle Philippe Moreau-Desfarges.

Cela peut-il changer avec l’élection d’un Président démocrate qui se revendique ouvertement plus internationaliste, et qui titre son programme de politique étrangère «le pouvoir de l’exemple américain»? Pas si sûr, confie l’ancien diplomate:

«C’est mon point de vue, mais je pense pas que ça redressera les choses. D’une part, car les politiques étrangères d’un État obéissent à des forces extrêmement profondes et celles-ci ne seront pas renversées par Joe Biden. Il ne changera pas cette tendance au repli. Ce qui frappe aussi dans la rhétorique de Joe Biden c’est que d’un côté il semble être fidèle au multilatéralisme et à l’alliance occidentale, et de l’autre il se montre protectionniste.»

Et surtout, le candidat démocrate doit faire face à des mécaniques géopolitiques qui sont déjà en mouvement, et qu’il aura du mal à bousculer, estime l’auteur de La tentation du repli: mondialisation, démondialisation (éd. Odile Jacob, 2018): «Joe Biden ne peut pas changer le fait que les États-Unis ne sont plus la puissance mondiale numéro 1, au-dessus de tous les autres, ce qui est vraiment fondamental. Il pourra donc atténuer l’érosion de l’image des États-Unis, mais pas inverser la tendance.»

La Chine peut-elle remplacer les États-Unis?

La fin de l’unipolarité américaine tant dans les esprits des peuples du monde que dans la réalité des relations internationales ouvre donc la voie à des bouleversements géostratégiques considérables. La nature a horreur du vide, les relations internationales aussi. De ce point de vue, le repli volontaire américain peut-il propulser une autre puissance à sa place?

«Les États-Unis ne seront pas remplacés. La position exceptionnelle qu’ils avaient était due d’une part à la formidable puissance américaine et d’autre part à la mondialisation. C’est-à-dire que sa puissance s’est établie au moment même où le système multilatéral mondial s’épanouissait lui aussi. Donc la conjonction de ces deux phénomènes a permis l’émergence d’une puissance américaine à la fois impériale et messianique. Et cette coïncidence ne se reproduira pas», prédit Philippe Moreau-Desfarges.

Même pas la nouvelle superpuissance chinoise? En effet, «la seule puissance qui pourrait prendre cette place est la Chine, mais elle a une politique internationale plus traditionnelle de développement d’un espace régional important, plutôt qu’une vision mondiale», conclut-il.

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Tags:
Chine, présidentielle américaine 2020, États-Unis
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