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Longtemps dans l’ombre après ses années à la tête de l’État iranien, son ancien Président Mahmoud Ahmadinejad tenterait de se refaire une image médiatique en vue de l’élection présidentielle iranienne en juin 2021. Sputnik analyse avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS sur l’Iran, la crédibilité d’une telle candidature.

Bientôt le retour de l’infréquentable? Véritable paria du monde occidental, l’ancien Président de la République islamique d’Iran (2005-2013), Mahmoud Ahmadinejad, semble souhaiter revenir sur le devant de la scène politique dans son pays.

Après les années discrètes qui ont suivi sa tumultueuse présidence, marquée par d’importantes manifestations en 2009 et sa volonté d’obtention de l’arme nucléaire, Ahmadinejad sort désormais de l’ombre, apparemment pour se refaire une virginité médiatique en Iran et à l’étranger. Un pari loin d’être gagné pour celui qui traîne de nombreuses casseroles, aussi bien sur la scène nationale et qu’internationale.

Un candidat tout sauf parfait?

Premier obstacle à cet hypothétique comeback, Ahmadinejad ne jouirait pas des faveurs du Guide suprême Ali Khamenei. Un problème de taille, car la validation de sa candidature passe nécessairement par l’approbation du Conseil des gardiens de la Constitution.

Et cette validation, «n’est pas du tout certaine. Le passé politique de Mahmoud Ahmadinejad est très clivant en Iran, où il a conduit à beaucoup de tensions. Il a eu beaucoup de problèmes avec le Guide lui-même et le camp conservateur duquel il est issu. Il y a un certain nombre de ses collaborateurs qui sont allés en prison», rappelle au micro de Sputnik Thierry Coville, chercheur sur l’Iran à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Ali Khamenei avait d’ailleurs invalidé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2017, car celui-ci craignait une «bipolarisation nocive pour le pays.» Rien ne suggère, compte tenu de la configuration de l’échiquier politique actuel en Iran, que les choses ont changé.

En effet, le régime n’a pas hésité à limiter nombre de candidats réformateurs ou modérés lors des dernières Législatives de février et septembre 2020, dans l’optique d’obtenir une unité dans la sphère politique en Iran et ainsi gagner en légitimité.

Peu populaire auprès des classes moyennes urbaines

Auteur notamment de Iran: la révolution invisible (Éd. La Découverte), L’économie de l’Iran islamique: entre ordre et désordres (Éd. L’Harmattan), Thierry Coville rappelle d’ailleurs que le taux de participation aux dernières élections législatives avoisinait les 40%, alors que Téhéran avait filtré la quasi-totalité des candidats modérés et réformateurs. Cela fait un socle de soutien aux conservateurs d’environ 40% et par rapport à Mahmoud Ahmadinejad, la démarche du gouvernement actuel est désormais de se demander: «que va-t-il nous apporter pour nous permettre de brasser plus large?», analyse Thierry Coville.

«Certes, il a une certaine popularité auprès des classes populaires, mais la priorité du Guide et son entourage est l’unité. Et l’idée d’avoir Ahmadinejad comme candidat risque de créer des tensions à l’intérieur même du camp conservateur», poursuit le chercheur de l’IRIS.

Téhéran cherche à conserver cette base de soutien de 40% et à s’appuyer sur elle afin de brasser plus large lors des prochaines échéances électorales.

«Ahmadinejad, lorsqu’il était Président, souffrait d’une énorme opposition des classes moyennes urbaines. On l’a très bien vu lors des violentes manifestations de 2009. Or, ce sont chez ces classes moyennes urbaines –qui ne sont pas allées voter lors des législatives plus tôt cette année– que le régime essaie de récupérer des voix afin de construire une plus grande base de soutien et ainsi asseoir sa légitimité», estime Thierry Coville.

Un calcul qui s’avère tout de même compliqué, car au cours des dernières années, la politique de pression maximale des États-Unis sur l’Iran a en partie délégitimé Rohani et les modérés, rappelle le chercheur. Le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien a partiellement radicalisé l’opinion en faveur des «durs» du régime en renforçant l’idée que la coopération avec l’Occident –et en particulier les États-Unis– n’était pas viable.

Les «durs» devraient donc jouer un difficile jeu d’équilibristes en essayant de consolider leur base conservatrice tout en essayant de séduire les classes moyennes urbaines plutôt favorables à un candidat modéré.

Traduction: Angelina Jolie, je suis d’accord avec vos déclarations concernant le racisme institutionnel. La ségrégation, la guerre, la pauvreté, l’insécurité sont le résultat de puissances mondiales en quête de domination et d’hégémonie. L’humanité a besoin de respect, de coopération, de sincérité et de gentillesse. Ensemble, nous pouvons régler cette situation.

Mahmoud Ahmadinejad, qui se présente comme un candidat conservateur, mais plus modéré qu’il ne l’a été (voir le tweet ci-dessus), peut-il endosser ce rôle?

«Tout est possible, mais je pense que sa candidature a de fortes chances d’être rejetée par le Conseil des gardiens de la Constitution», conclut Thierry Coville.

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