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Durant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Otan du 2 décembre, Mike Pompeo a tenu un discours offensif à l’égard de son homologue turc. Une position qui a surpris nombre d’observateurs. Roland Lombardi, spécialiste du Moyen-Orient, rappelle pourtant que l’Administration Trump a toujours tenu un discours ferme à l’égard d’Ankara.

Le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, a passé un sale quart d’heure lors de la réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères de l’Otan, si l’on en croit les propos retranscrits par l’AFP ce mercredi 2 juin.

Mike Pompeo aurait virulemment mis en cause la Turquie, dénonçant «les manquements» aux règles de l’Alliance et «la politique du fait accompli» menée par Ankara dans plusieurs crises régionales, indique l’agence de presse. Il a ainsi demandé à Ankara de «revenir à un comportement d’allié.» Une attaque que certains observateurs ont perçu comme un radical changement d'approche de la part de Washington.

Trump-Erdogan, une relation cordiale fantasmée?

Contacté par Sputnik France, Roland Lombardi, auteur de l’essai Poutine d’Arabie (Éd. VA, 2020) et spécialiste du Moyen-Orient, estime que l’offensive verbale américaine envers Ankara est logique. Selon lui, les accointances présumées entre Erdogan et Trump n’ont jamais été une réalité et cette supposée entente ne serait que le fruit d’une campagne de «Trump-bashing» véhiculée par une grande partie de la presse occidentale.

«On a écrit ces choses-là pour discréditer indirectement Donald Trump. Cela permettait de dire: “vous voyez, un diable soutient un autre diable”».

Roland Lombardi rappelle à cette occasion que Trump et Pompeo ont régulièrement pris le contre-pied d’Erdogan lorsque celui-ci faisait preuve d’un aventurisme trop important.

«En Syrie, lorsque Donald Trump a retiré une partie de ses troupes du Nord-Est et que Recep Tayyip Erdogan en a profité pour rentrer dans le nord de la Syrie, c’est en partie la menace de Donald Trump d’attaquer la livre turque qui a stoppé son avancée.»

À l’automne 2019, au moment de l’invasion turque en Syrie, Donald Trump avait également annoncé la suspension des négociations commerciales avec la Turquie et le relèvement des droits de douane américains sur l’acier turc à 50%.

Dans ses discours aussi, le Président américain a su paraître virulent: «J’ai été parfaitement clair avec le Président Erdogan: les actions de la Turquie sont en train de précipiter une crise humanitaire et de créer les conditions pour de possibles crimes de guerre

S-400, le point de rupture

Le secrétaire d’État américain est également intervenu pour dénoncer les agressions turques en Méditerranée orientale. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le Président chypriote fin septembre, Mike Pompeo s’en est particulièrement pris aux opérations engagées par la Turquie: «Nous restons profondément préoccupés par les opérations de prospection de ressources naturelles menées par la Turquie dans les zones sur lesquelles la Grèce et Chypre affirment leur juridiction en Méditerranée orientale

Mais ce sont les S-400 achetés à la Russie qui ont entraîné la dégradation la plus palpable des relations turco-américaines. «Le département de la Défense condamne dans les termes les plus forts le test effectué le 16 octobre par la Turquie du système de défense aérienne S-400», avait déclaré Jonathan Hoffman, le porte-parole du Pentagone, avant de prévenir Ankara de «conséquences graves» sur sa relation de Défense avec Washington. Des menaces qui ont été suivies d’effet.

​«Trump expulse la Turquie du programme d’avion de chasse F-35 pour avoir acheté le système de missiles S-400 russe. Maintenant, il doit décider de la sévérité des sanctions à appliquer pour cet achat.»

À l’été 2019, l’Administration Trump annonçait qu’elle annulerait la participation de la Turquie au programme Joint Strike Fighter du Pentagone du fait de la décision d’Ankara d’acheter un système de défense antimissile russe.

Erdogan plutôt favorable à Joe Biden?

Ces réponses semblent pourtant relativement mesurées au regard du niveau de provocation dont a fait preuve le Président Erdogan envers des intérêts et des alliés américains, tant dans les discours que dans les actes.

«Erdogan savait que les Américains étaient préoccupés par leur campagne électorale et qu’ils étaient très occupés sur d’autres dossiers à l’international. Il a aussi joui d’une forme d’impunité du fait de son statut de membre de l’Otan. Et enfin, il jouait la montre en attendant que Donald Trump perde», explique Roland Lombardi.

Il estime, à contre-courant, que Recep Tayyip Erdogan préfèrerait un premier mandat Biden qu’un second mandat Trump.

«Joe Biden sera un Président prudent. Autour de lui par contre, de nombreuses personnes estiment que l’islam politique (comme celui défendu par Erdogan) est la seule alternative au chaos en terre d’islam. Ce même entourage poussera également Joe Biden à ne pas bousculer la Turquie du fait de son importance stratégique dans le “containment” de la Russie.»

Réponse dans les semaines qui suivent le 20 janvier

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OTAN, Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan
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