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À l’horizon 2045, Israël prévoit de grands travaux d’infrastructures, notamment routiers, au sein de la Cisjordanie. Selon l’ONG Breaking the Silence, ces projets ont surtout pour objectif de faciliter la colonisation de la Cisjordanie afin d’assurer le contrôle de Tel-Aviv sur ce territoire. Analyse.

«Demain comme hier, l’histoire géopolitique d’Israël sera étroitement liée à son histoire démographique», écrit le démographe Gérard-François Dumont dans sa publication académique Israël: le paramètre démographique au cœur des évolutions géopolitiques.

La population dans les colonies juives de Cisjordanie a augmenté de plus de 3% en 2019. Une statistique largement au-dessus de la moyenne nationale, qui est d’environ 1,9%. Mais jusqu’à présent, la construction d’infrastructures nécessaires à la présence pérenne d’Israéliens juifs sur le territoire n’a pas tenu le rythme démographique. Un problème auquel le gouvernement de Tel-Aviv entend bien remédier.   

Début novembre, le ministère des Transports israélien a donc présenté un plan amorcé il y a cinq ans et qui, à l’horizon 2045, devrait très largement augmenter le système de transport public à l’intérieur de la Cisjordanie, mais aussi entre la Cisjordanie et le territoire israélien.

Intensifier la colonisation

Ce plan passe par la construction de nombreuses routes et infrastructures qui devraient, entre autres, faciliter l’installation de plus nombreuses familles israéliennes en Cisjordanie. C’est le plus grand projet de construction dans la région depuis la période qui suit les accords d’Oslo, affirme une enquête de l’organisation non gouvernementale israélienne Breaking the Silence («Rompre le silence»), publiée lundi 7 décembre.

Dans son rapport, l’ONG dénonce la manière dont ces projets d’infrastructures de route et de transport «enracinent le contrôle d’Israël sur les territoires occupés en poursuivant la “banlieusardisation” des colonies israéliennes et en fragmentant le territoire palestinien, ce qui contribue à cimenter la réalité d’un État avec des droits inégaux».

Les responsables israéliens ne s’en cachent d’ailleurs pas: lors de la présentation de son plan, la ministre des Transports Miri Regev indiquait que «ce projet relie les colonies au reste du pays et agit comme une souveraineté de facto».

​Afin d’asseoir ce contrôle, Israël mise sur une stratégie principale: la construction de «routes de contournement». Comme l’explique Yossi Dagan, président du conseil régional des colons de Samarie, «à partir du moment où les routes ne passent pas à travers les villages palestiniens, on voit une grosse différence dans le nombre de résidents qui viennent vivre dans ces endroits».

Lors des grands travaux d’infrastructures des années 1990, ces voies de contournement étaient un facteur essentiel de l’implantation des nouveaux colons. L’ONG, composée de vétérans de l’armée, qui documente les abus commis par les occupants de la Cisjordanie, indique que la population est passée, en partie grâce à ces routes, de 116.000 en 1995 à 440.000 aujourd’hui.

Des routes aussi accessibles aux Palestiniens

Et les autorités comptent faire augmenter ces chiffres encore plus vite. Les politiciens les plus à droite de l’échiquier politique israélien espèrent même un réel inversement démographique en Cisjordanie: Naftali Benett, membre de la Knesset et ancien ministre de la Défense, disait en 2018 vouloir bientôt «un million de juifs en Judée Samarie!».

Si le gouvernement de Netanyahu n’en est pas encore là, le projet de l’exécutif israélien entend donc quadriller encore plus que ce n’est le cas aujourd’hui ce qui peut être objectivement appelé un archipel palestinien en Cisjordanie, comme le montre la carte ci-dessous, qui présente également les projets de construction routiers.

​Un des grands chantiers de ce plan d’infrastructures sera donc de lier l’est de la Cisjordanie, plutôt peuplée par des colons israéliens, à Israël, sans passer par les territoires ou villages palestiniens. 

Variable démographique

Autre stratégie liée à ces routes mise en lumière par le rapport de Breaking the silence: l’espoir d’attirer plus de juifs orthodoxes, véritable fontaine de jouvence démographique avec un taux de natalité record, vers l’est de la Cisjordanie.

Ceux-ci sont, jusqu’à présent, cantonnés à la frontière ouest de la Cisjordanie, au bord de la «ligne verte» de cessez-le-feu de 1949 qui marque la frontière d’un futur État palestinien. Avec ce nouveau système routier, l’État israélien espère encourager des dynamiques démographiques positives.

​L’objectif est de concurrencer à terme le taux de natalité palestinien qui se situe à environ 3,74 enfants par femme. La moyenne nationale israélienne est elle à 3,11 mais comprend les populations arabo-israéliennes qui n’ont pas les mêmes dynamiques démographiques que les populations judéo-israéliennes.

  

Le rapport tire donc la conclusion que «ceux qui croient en une solution pacifique et équitable du conflit devraient voir ces projets comme une déclaration claire de l’intention d’Israël d’avancer encore plus son projet d’annexion.» Mais qui croit encore réellement à une solution pacifique à deux États?  

Certains sont plus fatalistes: «Il n’y a aucune possibilité aujourd’hui de créer un État palestinien entre la Cisjordanie et Gaza, compte tenu du niveau de colonisation», a expliqué au micro de Sputnik France Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et fondateur du journal en ligne Orient XXI, qui suit depuis des décennies le cas de la Palestine.

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Tags:
conflit israélo-palestinien, Israël
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