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Le temps de l’impunité pour les sites pornographiques est peut-être révolu. Pornhub, qui a sans doute senti l’orage gronder, a annoncé par communiqué revenir sur les règles d’accès à sa plateforme. En France, plusieurs poids lourds de l’industrie du porno se retrouvent dans le collimateur de la justice.

Le hasard fait parfois bien les choses. Quelques jours après la publication d’une enquête du New York Times (The Children of Pornhub), le site Pornhub annonçait mercredi durcir ses règles d’accès et de téléchargement à partir de la plateforme. Si le lien n’est pas avéré, il y a fort à parier que les témoignages recueillis par le journaliste Nicholas Kristof au sujet des contenus illégaux disponibles sur la chaîne ont dû inquiéter les tenants du site. Dans son papier, le journaliste dénonçait «des viols d’enfants, du revenge porn, des vidéos spycam de femmes prenant une douche, des contenus racistes et misogynes, des images de femmes asphyxiées dans des sacs en plastique…».

Rupture en perspective

Une réalité bien sombre qui révolte le président de l’association OPEN (l’Observation de la parentalité et de l’éducation numérique):

«Qu’une fillette de cinq ans puisse tomber sur un site porno n’a plus à être débattu. Point final. Nous n’en sommes plus là et nous attendons des actes», menace Thomas Rohmer au micro de Sputnik.

Dans son communiqué intitulé sans ambiguïté «Notre engagement en faveur de la confiance et de la sécurité», Pornhub tente de parer les accusations portées à son encontre. Le site X dresse ainsi l’inventaire des mesures décidées comme l’élimination des contenus illégaux, «y compris le matériel non consensuel et le matériel pédopornographique (CSAM)», et l’amélioration de la politique de confiance et de sécurité.

Plus que ces déclarations de principe, la plateforme entend restreindre à l’avenir la possibilité des vidéos aux seuls «partenaires de contenus» et ceux affiliés à un «programme modèle». Une décision qui répond aux critiques qui lui sont adressées. Située au Canada et domiciliée fiscalement au Luxembourg, son accès est jusqu’à présent ouvert aux quatre vents.

Dans la même logique, le site prévoit d’encadrer les possibilités de téléchargement et mentionne la mise sur pied ces derniers mois d’une «Red Team» chargée de chasser les contenus illégaux. Il annonce enfin accélérer le système de modération. Une mesure qui sera lourde à mettre en place pour une plateforme saturée de contenus et ne disposant pas, pour l’heure, d’assez de modérateurs. Pornhub est le huitième site le plus visité au monde, il cumulait l’an dernier un total de 42 milliards de visites (soit davantage qu’Amazon), avec plus de 1,3 million d’heures de vidéos visionnées en un an.

«Faire appliquer la loi et protéger les enfants»

Au mois de novembre, L’OPEN, avec l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et le Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (Cofrade), a mobilisé la récente loi sur les violences conjugales votée cet été imposant un contrôle d’âge aux éditeurs de sites pornographiques. Leur action portée devant le CSA contre six plateformes X –dont Jacquie et Michel et Pornhub– s’inscrit dans un combat de longue haleine mené contre le laisser-faire du milieu de la pornographie en ligne. Une bataille contre l’absence de restrictions dans la diffusion des contenus (en particulier en raison de l’exposition des plus jeunes), mais également contre les conditions de tournage –qui avaient valu au site Jacquie et Michel d’être visé par une enquête pour viols et proxénétisme.

Cette nouvelle vague, sorte de réplique dans le monde du porno du mouvement MeeToo, avait poussé le géant français Marc Dorcel à se lancer dans l’élaboration d’une charte déontologique à l’attention du secteur au mois de septembre dernier.

«L’idée, c’est de faire appliquer la loi et la nécessité de protection des enfants, ce n’est pas d’interdire la pornographie, ce n’est aucunement notre combat. Il n’y a pas non plus une quelconque forme de puritanisme, qui est le dernier argument que peuvent opposer ces tenants de sites porno aujourd’hui au pied du mur», précise Thomas Rohmer.

Pour le journaliste Nicholas Kristof, auteur de l’article du New York Times, ces mesures sont significatives mais dépendront «beaucoup de la façon dont Pornhub les met en œuvre de manière responsable». Le site n’a «pas pour autant gagné sa confiance».

Après la justice, taper au porte-monnaie

L’accès ouvert au tout-venant de la plateforme est en revanche toujours d’actualité. Le fameux «disclaimer», l’avertissement à l’ouverture du site requérant du visiteur qu’il valide avoir 18 ans, reste la seule barrière entre le monde des mineurs et Pornhub. Dans le courrier envoyé au CSA, les trois associations en croisade contre l’industrie du X rappelaient pourtant la loi: «Les sites Internet pornographiques qui ne comportent, pour seule mesure visant à restreindre leur accès par des mineurs, qu’un simple disclaimer, autrement dit un message d’avertissement permettant à l’internaute de déclarer être majeur, sont en infraction et susceptibles de poursuites.»

Pour accélérer le processus, certains, comme le milliardaire et philanthrope Bill Ackman, appellent à taper au porte-monnaie de ces grandes plateformes: «Amex, VISA et MasterCard devraient immédiatement interrompre les paiements ou les retirer jusqu’à ce que cela soit réglé. C’est déjà le cas pour PayPal», a-t-il déclaré sur Twitter. C’est la menace qui plane désormais sur Pornhub. Selon le site américain Gizmodo, les deux géants du paiement par carte bancaire Mastercard et Visa auraient aujourd’hui la plateforme dans leur collimateur.

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Tags:
sexualité, pédopornographie, Pornhub
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