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Face à la victoire sans partage de Nicolas Maduro aux élections législatives, Juan Guaido se devait de réagir avec le lancement d’une consultation populaire. Pour Romain Migus, journaliste installé à Caracas, le président autoproclamé est «discrédité».

Alors que les élections législatives viennent de se conclure par le renforcement de Nicolas Maduro au pouvoir malgré une forte abstention, son principal opposant, Juan Guaido, qui boycottait le scrutin, lançait une «consultation populaire». Débutant le 7 décembre durant une semaine sur Internet, celle-ci s’est déroulée «en présentiel» le 12 décembre. La consultation parallèle demandait à la population si elle soutenait «tous les mécanismes de pression nationale et internationale» en faveur d' «élections présidentielle et législatives libres» et si elle rejetait les élections du 6 décembre.

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Revendiquant un succès «historique», les organisateurs du vote parallèle proclament avoir réuni 6,4 millions de voix, soit un million de suffrages de moins qu’en 2017. Le journaliste Romain Migus, installé à Caracas et fondateur du site Les Deux Rives, ne croit guère aux chiffres annoncés par les organisateurs, des évaluations proches de la participation aux élections législatives, ce qui est selon lui «tout bonnement impossible». 3,2 millions de Vénézuéliens se seraient déplacés dans ces 3.000 bureaux de vote, contre 5,2 millions d’électeurs le 6 décembre s’étant déplacés dans les «40.000 bureaux de vote ouverts». Pour le journaliste, Juan Guaido ne détient pas une telle logistique et si ce chiffre était avéré, «il y aurait eu à ce moment-là des queues faramineuses au Venezuela». Le vote pouvait également être effectué à l’extérieur du pays et aussi via Internet. Le président autoproclamé revendique ainsi 2,4 millions de participants sur le Web.

Une consultation «où peuvent voter des animaux et des morts»

Les correspondants de l’AFP présents sur place ont constaté une faible affluence dans les sites prévus pour le vote. Si l’opposition a évoqué des intimidations et des menaces autour des bureaux de votes improvisés par des «groupes de civils armés pro-régime», Nicolas Maduro a relativisé d’emblée l’importance du scrutin: «Personne ne pourrait croire que cette consultation par Internet a une valeur légale, constitutionnelle, seulement une valeur informative.»

Fustigeant le gonflement des chiffres, Migus dénonce également le sérieux de la procédure numérique, «où peuvent voter des animaux et des morts». Cette vidéo publiée par le journaliste Leo Robles du média chilien El Ciudadano relate ainsi une participation à la consultation en empruntant l’identité de Hugo Chavez et même celle d’un chat.

Romain Migus s’interroge particulièrement sur une question posée dans le cadre du scrutin pour savoir «si la personne consultée était d’accord pour renforcer les sanctions». Alors que le pays est confronté à une grave crise économique notamment du fait de l’embargo américain, il lui est difficile d’y porter quelque crédit:

«Vous pouvez être sûr que, au Venezuela, personne n’est d’accord avec ça. Parce que, tout simplement, tous les habitants du pays pâtissent des sanctions étrangères. Le blocus les pénalise entre autres par la baisse de la qualité des services publics qui manquent de pièces de rechange, l’eau, le gaz, l’électricité, Internet.» 

Dans les colonnes de Sputnik, Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l’Amérique latine à l’IRIS, rappelait le 7 décembre le sondage de l’institut Datanálisis en septembre selon lequel 62,2% des Vénézuéliens ne soutiennent ni le gouvernement ni l’opposition. Ceux-ci ont d’autres préoccupations: «Cinq millions de Vénézuéliens ont quitté le pays, non pas pour des raisons politiques, mais pour des raisons alimentaires. Évidemment, ceux qui sont restés au pays sont assez peu mobilisés, le sondage le démontre

Guaido «complètement discrédité»

Certes les résultats de l’élection législative du 6 décembre n’ont été reconnus ni par les États-Unis, ni par l’Union européenne qui a notamment pointé «le manque de respect du pluralisme politique». Mais le scrutin parallèle de l’opposition n’a pas renforcé la place de Juan Guaido sur l’échiquier politique au Venezuela. Interrogé par l’AFP, l'analyste Rafael Alvarez Loscher estime que «l’opposition n'a pas su canaliser le mécontentement». «Bien qu'ils soient contre Maduro, peu voient la nécessité d'associer leur nom à quelque chose qui n'a aucun effet légal ni politique», a-t-il ajouté. Romain Migus ne mâche pas ses mots, qualifiant la consultation de «mascarade, d’opération politico-médiatique» qui sert à justifier «la prolongation du mandat irréel» de Juan Guaido.

«Tout l’intérêt de la tentative de coup d’État institutionnelle mise en place depuis 2019 par les États-Unis et les pays qui suivent la politique extérieure de Washington reposait sur le fait que, à l’époque, Juan Guaido était président de l’Assemblée nationale du Venezuela.»

Le 5 janvier 2021, date de l’investiture de la nouvelle assemblée, Juan Guaido ne pourra plus donc se targuer de la légitimité parlementaire. Celui-ci se déclarait toujours président de l’Assemblée nationale, malgré l’élection le 5 janvier 2020 à ce poste de Luis Parra, député de l’opposition et reconnu par Nicolas Maduro. Le président autoproclamé a décidé, selon Romain Migus, de boycotter les législatives qui viennent de se dérouler, sachant «qu’il allait perdre». Il a lancé ce «simulacre d’élection pour essayer de faire croire à une légitimité démocratique» auprès de ses soutiens internationaux, estime le journaliste. «Jouant sa survie politique», Guaido tenterait ainsi par tous les moyens de revendiquer une certaine crédibilité. À l’échelle nationale, le président autoproclamé est «complètement discrédité», tranche notre interlocuteur, «surtout dans le camp de l’opposition» plus que jamais divisée entre les participants à l’élection législative et les tenants d’une ligne dure.

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Tags:
élections législatives, Venezuela, États-Unis, Union européenne (UE), Nicolas Maduro, Juan Guaido
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