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Alger n’a pas digéré l’accord de normalisation des relations entre le Maroc et Israël en échange de la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Au micro de Sputnik, Kader Abderrahim, spécialiste de la géopolitique maghrébine, revient sur la riposte diplomatique algérienne et ses limites. Entretien.

À peine sorti de son lit d’hôpital allemand où il est resté près de deux mois, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune est de retour au pays et reprend du service dans des circonstances diplomatiques pour le moins compliquées.     

Dans un échange de bons procédés, le Maroc a normalisé ses relations avec Israël. Trump a reconnu, de son côté,  la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Une double plaie pour l’Algérie qui est un soutien indéfectible de la cause palestinienne et du Front Polisario qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental.

Revers diplomatique

En l’absence de Tebboune, du fait de sa maladie, l’appareil diplomatique algérien a sonné la contre-offensive: «Le conflit du Sahara occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu'à travers l'application du droit international», a réaffirmé le ministère algérien des Affaires étrangères dans un communiqué daté du 12 décembre.  

Une position diplomatique que Kader Abderrahim, auteur de «Géopolitique de l’Algérie» (2020, éd. Bibliomonde), juge au micro de Sputnik immobiliste bien que peu surprenante: «La réaction algérienne aurait pu être écrite à l’avance

Il rappelle que «l’Algérie est la seule entité étatique à apporter aujourd’hui une aide diplomatique, militaire et logistique au Polisario. Elle abrite aujourd’hui sur son territoire plus de 40.000 réfugiés.»      

Selon Kader Abderrahim, la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par l’«un des principaux, sinon le principal acteur en matière de relations internationale, les États-Unis» marque un échec diplomatique de l’Algérie.

«Jamais l’Algérie ne l’avouera publiquement, mais c’est clairement une défaite diplomatique pour ce pays. C’est d’ailleurs souligné dans la presse et sur les réseaux sociaux par les Algériens eux-mêmes. Sur ce dossier-là, l’Algérie se retrouve marginalisée et isolée», estime le directeur de recherche à l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (l’IPSE).

L’Algérie menacée par Israël?

Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a estimé que la normalisation entre Rabat et Tel Aviv menace directement Alger: «Il y a des manœuvres étrangères qui visent à déstabiliser l'Algérie. Il y a maintenant une volonté de “l'entité sioniste” de se rapprocher de nos frontières», a affirmé le dirigeant.

De là à prétendre que la normalisation des relations entre Israël et le Maroc signifie l’implantation de Tsahal à la frontière algérienne?

«Cette position est ridicule et puérile. Aujourd’hui, nous sommes dans un momentum historique dans lequel il y a une interdépendance des États», explique Kader Abderrahim.

L’idée est pourtant défendue par une partie non négligeable de la classe politique et médiatique algérienne. Le 10 décembre, le site d’information Algérie patriotique titrait: «Le Maroc officialise son couple avec Israël: l’ennemi s’approche de l’Algérie.»

«La seule option possible aujourd'hui pour l'Algérie est de travailler son allié mauritanien afin qu'il ne glisse pas lui aussi dans l'emballement des normalisations avec Israël», a affirmé un ancien diplomate algérien.       

Le repli sur soi sera-t-il une solution sûre? Comme l’explique l’ancien ministre et ex-diplomate Abdelaziz Rahabi, «l'Algérie est encerclée, c'est une réalité. Il y a des conflits armés à nos frontières, il y a une implication militaire directe de puissances étrangères.» Ce dernier appelle donc à «renforcer le fameux front interne». Une position qui, selon Kader Abderrahim, appartient à un autre temps et fait fi de la réalité des équilibres géopolitiques régionaux.   

«L’Algérie dépend grandement de l’extérieur, puisqu’elle ne fabrique quasi rien. Ne serait-ce que pour son approvisionnement alimentaire. Ainsi, pour le militaire, l’Algérie dépend beaucoup de la Russie, même si désormais elle achète beaucoup à la Turquie.» 

D’après le chercheur, il est illogique dans ces circonstances de s’isoler des «voisins immédiats, avec qui [l’Algérie] devrait entretenir des relations qui sont plus grandes que celles de simples voisins du fait de leur proximité culturelle et cultuelle». Face aux menaces de l’instabilité régionale, du terrorisme et des trafics, Alger aurait mieux fait de «chercher des alliés p armi les pays de son entourage immédiat, qui ont les mêmes préoccupations et les mêmes intérêts», selon Kader Abderrahim.

L’Algérie, cavalier seul au Maghreb?

Cette stratégie d’isolation régionale relève donc pour Kader Abderrahim du non-sens:

«L’Algérie a raté son intégration régionale. Cette oumma [communauté de croyants, ndlr] maghrébine aurait pu être une force pour le développement, mais également pour la sécurité face à la menace terroriste émanant du Sahel et de la Libye.»

En effet, l’Algérie n'est membre d'aucun système de défense militaire collectif à ce jour. Une erreur stratégique juge l’essayiste. Selon lui, la Tunisie, le Niger, le Mali, le Maroc, voire la Libye devraient être autant de partenaires proches, tant sur le plan économique qu’au niveau diplomatique ou militaire.   

Notre interlocuteur va même plus loin:  

«L’Algérie est le seul État à avoir des frontières communes avec les quatre autres pays du Maghreb. Il devrait donc lui revenir la responsabilité de prendre l’initiative diplomatique pour inverser cette tendance. Elle ne le fait pas et est donc isolée diplomatiquement», conclut Kader Abderrahim.   

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Tags:
Donald Trump, Sahara occidental, Maroc, Algérie
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