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L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch demande au gouvernement américain de suspendre les expulsions de Camerounais vers leur pays d’origine. En cause, «de graves menaces pour leur sécurité». Alors que plusieurs crises agitent le Cameroun, l’ONG suggère d’octroyer à ces ressortissants un statut de protection temporaire.

Les Camerounais rapatriés des USA seraient-ils en danger dans leur pays ? Dans une note publiée le 18 décembre, Human Rights Watch (HRW) demande au gouvernement des États-Unis d’exempter tous les ressortissants camerounais en situation irrégulière sur le territoire américain de toute mesure d’expulsion. L’organisation de défense des droits de l’homme invoque de «graves menaces pour leur vie et leur liberté», dans un pays déchiré par plusieurs crises internes.

«Outre un risque généralisé de subir de graves dommages en raison de l’actuel climat de violence dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les personnes renvoyées au Cameroun sont également confrontées au risque de tortures et de mauvais traitements du fait de leur opposition, réelle ou supposée, au gouvernement», a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique à HRW.

​Entre le marteau du gouvernement et l’enclume des séparatistes

En effet, en octobre et novembre derniers, souligne la note de HRW, les agents des services de l’Immigration et des contrôles douaniers (ICE) ont expulsé plus de 90 Camerounais.  HWR, «a pu confirmer, sur la base de documents judiciaires et d’entretiens avec des avocats, des activistes et des bénévoles, qu’au moins plusieurs dizaines de ces expulsés avaient cherché, sans succès, à obtenir l’asile aux États-Unis».

Comme raisons évoquées par ces ressortissants camerounais pour justifier leur situation irrégulière: «la menace sur leur sécurité au Cameroun».  D’ailleurs, précise HRW, les crises protéiformes que traverse le pays dont l’une des plus violentes est le conflit séparatiste dans ses régions anglophones sont à l’origine «de graves violations des droits de l’homme». Une situation qui contraint beaucoup de Camerounais à prendre le chemin de l’exil. Ces refoulements pourraient donc, selon cette organisation des droits l’homme exposés ces ressortissants à des menaces réelles.

«Les anglophones refoulés au Cameroun encourent un grave risque d’abus de la part des forces de sécurité gouvernementales parce qu’ils sont susceptibles d’être soupçonnés d’avoir des liens avec les séparatistes, ou de la part des séparatistes eux-mêmes (auteurs de nombreuses exactions sur les civils Ndlr)», argue HRW. 

Une hypothèse que n’écarte pas Phillipe Nanga, coordinateur de l’ONG un monde à venir, une organisation de défense des droits de l’homme basée à Douala. Pour l’acteur de la société civile, les craintes de HRW sont justifiées.

«Les Camerounais de la diaspora sont parfois malheureusement assimilés aux ennemis du régime en place. Il suffit souvent d’être anglophone ou d’avoir assisté à un rassemblement anti-régime à l’étranger pour être stigmatisé. Or les expulser serait les exposer davantage», argue-t-il dans une déclaration à Sputnik.

Mesures de protection

Mi-octobre, lors du rapatriement de 81 Camerounais, le ministère des relations extérieures du pays, soulignait pour sa part dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, qu’il s’agissait «d’une procédure régulière en matière d’immigration» aux USA et que des mesures sont prises pour que ces «compatriotes regagnent leurs familles».

Des assurances qui de l’avis de HRW, sont loin de garantir la sécurité de ces Camerounais expulsés compte tenu de la situation conflictuelle et de «la répression des opposants politiques» dans le pays. La note de HRW suggère au gouvernement américain d’octroyer «aux Camerounais se trouvant actuellement aux États-Unis un statut de protection temporaire, destiné à préserver les citoyens et les résidents habituels de pays qui traversent des circonstances extraordinaires et temporaires d’un éventuel rapatriement vers ces pays, s’ils ne peuvent y retourner sans danger».

«Les Camerounais qui fuient les dangers très réels dans leur pays méritent une protection contre les abus et une évaluation équitable de leurs demandes d’asile, ainsi que les autres formes de protection prévues par la loi américaine», a affirmé Ilaria Allegrozzi.

 «Ces Camerounais ont comme tout le monde, droit à la protection», poursuit pour sa part Philippe Nanga à Sputnik.

«On ne peut pas les expulser alors qu’ils peuvent être exposés à toutes sortes de violences dans un contexte sociopolitique très tendu» ajoute ce défenseur des droits de l’homme.

Dans les multiples crises que traverse le Cameroun, les ONG locales ou internationales ont souvent décriées des exactions et actes de répression contre les civils de part et d’autres. Le gouvernement de Yaoundé quant à lui à coup de déclarations et de communiqués brandit sans cesse la thèse d’un « complot » contre le Cameroun.

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Cameroun, États-Unis, migrants
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