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Présidentielle 2020 aux États-Unis (138)
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L’enjeu de l’élection sénatoriale qui a lieu ce mardi 5 janvier en Géorgie est crucial pour les États-Unis. En cas de victoire, les Démocrates obtiendraient la majorité dans les deux chambres du Congrès. Pour le journaliste Gérald Olivier, spécialiste des États-Unis, cette élection sera lourde de conséquences pour la politique américaine.

«Le monde entier regarde la Géorgie.» Donald Trump ne pouvait pas si bien dire: c’est en effet dans cet État du sud des États-Unis que se jouera une grande partie du mandat de Joe Biden, désigné Président par les grands électeurs américains le 14 décembre dernier.

Ce mardi 5 janvier a ainsi lieu le second tour de l’élection sénatoriale, laquelle s’est déroulée parallèlement à l’élection présidentielle, le 3 novembre dernier. Deux sièges de sénateurs sont encore à pourvoir: si les deux candidats démocrates l’emportent en Géorgie, le Sénat basculera en faveur du parti de Joe Biden, ce qui n’était plus arrivé depuis 2014. Les Démocrates ayant conservé leur majorité à la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès américain, ils détiendraient les pleins pouvoirs, ou presque, au moins jusqu’aux élections de mi-mandat, prévues pour novembre 2022. «Les démocrates auraient le contrôle de l’exécutif et du législatif pour les deux années à venir: ils auraient les mains libres pour gouverner», relève ainsi Gérald Olivier, journaliste spécialiste des États-Unis et auteur d’un dictionnaire des élections américaines, Sur la route de la Maison Blanche (éd. Picollec).

Ne resterait alors au camp conservateur que la Cour suprême, au sein de laquelle ils restent majoritaires (six juges conservateurs contre trois juges progressistes). «Le juge Roberts, qui en est le président, a néanmoins pris récemment des décisions plus favorables aux Démocrates qu’aux Républicains», tempère notre interlocuteur.

Des écarts très serrés

Longtemps indécis, le résultat de la présidentielle en Géorgie a finalement basculé en faveur de Joe Biden, avec un écart inférieur à 12.000 voix (49,50% des votes contre 49,26% pour Donald Trump). Une victoire démocrate en Géorgie ne s’était pas produite depuis 1992. Lundi 4 janvier, le Washington Post révélait un enregistrement audio très polémique du Président américain demandant à un responsable électoral, le Républicain Brad Raffensperger, de lui trouver les 11.780 bulletins manquants à sa victoire en Géorgie.

Les Démocrates peuvent-ils rééditer l’exploit et l’emporter dans cet État historiquement républicain? Au premier tour, le Républicain David Perdue, sénateur de la Géorgie depuis 2015, et son jeune adversaire démocrate, Jon Ossoff (33 ans), ont obtenu moins de 50% des voix (49,7% pour le premier, 47,9% pour le second). Dans l’autre élection, la sénatrice républicaine Kelly Loeffler a recueilli 25,9% des suffrages face au Démocrate Raphael Warnock. Celui-ci, pasteur d’une église baptiste d’Atlanta dans laquelle Martin Luther King a lui-même prêché, a obtenu 32,9% de suffrages.

Joe Biden, maître de l’Amérique?

Les écarts restent donc serrés. Tout dépendra de la mobilisation des électeurs des deux camps. Selon la moyenne des sondages réalisée par le site de référence FiveThirtyEight, les Démocrates ont désormais une très légère avance (+1,8 point pour Jon Ossoff et +2,1 points pour Raphael Warnock). Il leur faudra de toute façon ravir les deux sièges pour rendre le Sénat à majorité bleue: en l’état actuel des choses, les Républicains comptent cinquante sénateurs contre quarante-huit pour les Démocrates. En cas d’égalité à 50-50 lors d’un vote, «c’est le président du Sénat, en l’occurrence la vice-présidente [Kamala Harris, la colistière de Joe Biden, ndlr], qui serait susceptible d’apporter le vote décisif», précise Gérald Olivier au micro de Sputnik.

«Le risque est que cette élection décrédibilise un peu plus le système politique américain»

L’autre enjeu concerne les conditions du vote. Là encore, une partie de l’électorat conservateur n’a pas caché son exaspération. Comme pour l’élection du 3 novembre, les électeurs ont plusieurs possibilités pour voter: par courrier, en personne par anticipation ou le jour même du scrutin.

3 millions d’électeurs ont déjà voté par anticipation, dont 1,2 million par correspondance (les fameux absentee ballots, très décriés par le camp de Donald Trump lors de l’élection présidentielle en raison de possibles manipulations sur le vote par voie postale notamment).

​«Le risque est que cette élection décrédibilise un peu plus le système politique si les Républicains sont renversés une fois de plus par le vote par correspondance, au bout de quelques jours de décompte», alerte ainsi Gérald Olivier.

Car les résultats pourraient une fois de plus se faire attendre. Le verdict de l’élection présidentielle n’avait ainsi été confirmé que le 20 novembre dernier. Soit dix-sept jours après la tenue du vote aux États-Unis. Le scénario pourrait se répéter avec le décompte très lent du vote par correspondance. Les contestations du camp conservateur ne manqueraient pas d’advenir si le vote des absents était à nouveau favorable aux deux candidats démocrates.

Un «cadeau empoisonné» pour Joe Biden

Quoi qu’il en soit du résultat de cette élection sénatoriale, les conséquences seront décisives pour les deux principaux partis américains. Paradoxalement, une victoire des Démocrates pourrait s’avérer être un «cadeau empoisonné» pour Joe Biden. Selon Gérald Olivier en effet, une majorité bleue au Congrès n’assurerait pas un blanc-seing au Président élu dans la conduite de ses réformes. Notamment si on envisage l’émergence de «frondeurs» au sein même du camp démocrate.

«Les Démocrates sont en réalité très divisés: l’aile progressiste, très à gauche, emmenée notamment par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez [élue du Congrès américain proche de Bernie Sanders, ndlr], peut très vite s’opposer à la ligne centriste de Joe Biden. Les Démocrates seraient alors face à leurs propres démons et seraient contraints de se révéler sur leurs véritables positions», décrypte Gérald Olivier.

Une nouvelle défaite des Républicains marquerait en revanche la fin d’une époque pour le parti conservateur, largement dominée par la «figure encombrante» de Donald Trump pour une partie des élus républicains qui «seraient très heureux de s’en débarrasser», croit savoir notre interlocuteur.

«Le Parti républicain va devoir faire le tri en son sein. Il y aura inévitablement une scission entre les élus qui sont prêts à suivre Donald Trump, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des manipulations de l’élection présidentielle, et ceux qui admettent la défaite de Trump et ne souhaitent pas se rebeller. Dès lors qu’il ne sera plus Président, la contestation pourra se faire jour.»
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Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders, présidentielle américaine 2020, Donald Trump, Joe Biden
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