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L’invasion du Capitole par des supporters de Donald Trump a porté un coup à la voix des États-Unis sur la scène mondiale. Une voix qui avait toutefois perdu du crédit depuis longtemps, estime Philippe Moreau-Desfarges, ancien diplomate et spécialiste des relations internationales.

«L’image des États-Unis est très écornée depuis, au moins, l’intervention en Irak en 2003. Les événements qu’on a vus se dérouler au Congrès à Washington sont importants dans le sens où ils montrent une démocratie américaine beaucoup plus fragile et précaire.»

Philippe Moreau-Desfarges, ancien diplomate et auteur du livre Une histoire mondiale de la paix (éd. Odile Jacob, 2020), revient pour Sputnik sur les facteurs qui ont depuis longtemps contribué à la décrédibilisation de facto du poids de la parole états-unienne sur la scène internationale. L’assaut de «la citadelle de la liberté», comme l’appelle Joe Biden, ou le «temple de la démocratie» comme préfère le qualifier Charles Michel, ne ferait que confirmer cette vulnérabilité.

La prise du Capitole, quelles conséquences?

Certains, outre-Atlantique, sont d’ailleurs les premiers à le reconnaître. Dans la revue américaine Foreign Policy, un article publié le lendemain de ces événements titrait «L’Amérique ne peut pas faire la promotion de la démocratie dans le monde. Elle ne peut même pas la protéger sur son sol.» Le jour suivant, une autre analyse de cette revue avait pour intitulé: «Les capitales du monde prendront-elles les États-Unis au sérieux après l’invasion du Capitole?»  

À tel point que le secrétaire d’État Mike Pompeo a dû se défendre:

«À la suite de l'attaque répréhensible d'hier contre le Capitole américain, de nombreuses personnalités –dont des journalistes et des hommes politiques– ont comparé les États-Unis à une République bananière. Cette calomnie révèle une mauvaise compréhension des Républiques bananières comme de la démocratie en Amérique.»

«Il est difficile de tirer des conclusions définitives sur la démocratie américaine à partir de ces émeutes, voire de cette révolte», estime Philippe Moreau-Desfarges, qui évoque les prémices du chaos survenu il y a deux jours au Congrès américain. C’est «ce contexte de conflit civil de basse intensité» qui a porté un sérieux coup à «la démocratie américaine qui apparaissait comme intouchable», selon lui.

Il reste un peu moins de deux semaines avant que les rênes du pouvoir ne passent définitivement à Joe Biden. Et si Donald Trump a adopté une position plus mesurée sur cette transition après la prise du Capitole, les jours à suivre montreront si c’est bien le cas. D’autant que le Président Trump a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie de passation de pouvoir. Pour le moment, l’ancien diplomate juge que les États-Unis ont plutôt réussi à sauver les meubles.

«Même s’il y a eu l’assaut du Capitole, l’ordre a été rétabli. C’est la preuve qu’il reste un ordre républicain aux États-Unis», estime-t-il. Et ce même s’il est «très clair que ces émeutes expriment quelque chose de très violent et de très fort.»

Selon  Philippe Moreau-Desfarges, si la voix américaine dans l’arène internationale a pu en être affectée, peu de changements d’équilibres géostratégiques sont à en attendre. Le premier cercle d’alliance autour de Washington, composé des alliés traditionnels des États-Unis, fera bloc:

«Les conséquences de cette séquence sur les relations internationales seront limitées parce que les alliés de Washington vont rester solidaires. Ils ne peuvent que souhaiter que les États-Unis retrouvent la normalité», analyse-t-il.

«Certes, ces alliés sont inquiets et cette inquiétude ne date pas d’hier. Mais la fragilisation des alliances américaines est un phénomène de longue date», ajoute-t-il.

Les adversaires des États-Unis, grands vainqueurs de la séquence au Capitole?

Pour lui, au niveau international, ce qui s’est passé à Washington est «un pas important qui s’inscrit dans une continuité.» La donne est par contre différente pour le camp d’antagonistes de Washington.

Les événements du 6 janvier leur ont fourni un argumentaire auquel ils n’avaient pas accès jusqu’ici, ou du moins pas aussi explicitement, explique Philippe Moreau-Desfarges.  

«Les ennemis des États-Unis ne peuvent que se réjouir de ce qu’il se passe en se disant "regardez la démocratie américaine, il n’y a derrière elle que des affrontements très violents". En matière d’analyse, c’est vrai que l’émeute confirme que les États-Unis peuvent être menacés par une forme de conflit civil de basse intensité, même s’il faut être très prudent avec ces notions.»

Le 46e Président des États-Unis aura donc fort à faire pour reprendre la trajectoire de promotion de la démocratie libérale dans le monde.

Dossier:
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