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Protagoniste majeur de l’année 2020, la Chine est devenue une puissance incontournable en Afrique. Quels sont les mécanismes de la présence chinoise sur le continent noir? Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de La Lettre de Chine, explique à Sputnik l’évolution de leurs rapports économiques. Entretien vidéo.

140 milliards de dollars, c’est le montant estimé des prêts accordés aux pays africains par la Chine ces vingt dernières années. Et la tendance ne semble pas se tarir avec la crise sanitaire. La tournée africaine de Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a notamment été l’occasion d’annuler une partie de la dette de la République démocratique du Congo, soit 28 millions de dollars sur les 2,4 milliards de prêts accordés depuis vingt ans, selon des chiffres de l’université américaine Johns Hopkins. Une décision de Pékin qui n’est pas sans contreparties: le service économique de l’ambassade de France à Kinshasa déplore ainsi la «dépendance structurelle» du pays à l’égard de l’empire du Milieu principalement dans le secteur minier dans le cadre des Routes de la Soie.

Lignes rouges – Jean-Baptiste Mendes reçoit Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de La Lettre de Chine.

La Chine, acteur indispensable du développement économique

«En 2008, en échange d’un accès préférentiel aux ressources minières congolaises, la Chine s’était engagée en faveur d’un très ambitieux programme de construction d’infrastructures pour la RD Congo.» Si ce programme n’a pu être complètement achevé, l’ambassade de France renseigne sur les relations commerciales qu’entretient l’empire du Milieu avec les pays africains.

C’est également le sens de la visite de Wang Yi en Tanzanie le 8 janvier dernier, où un contrat de 1,3 milliard de dollars a été signé avec deux entreprises chinoises –China Civil Engineering Construction Corp. and China Railway Construction Corp.– afin de construire une ligne ferroviaire. «J’ai également demandé à la Chine d’annuler certaines dettes», a déclaré le Président tanzanien John Maguli. Bloomberg évoque ainsi le chiffre de 167,7 millions de dollars dans la balance.

​Pour Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de La Lettre de Chine, Pékin tente de «jouer la carte de la communauté de destin mondiale», estimant que l’Afrique et la Chine sont tournés vers des «objectifs de développement». Premier créancier du continent noir, l’empire du Milieu investit principalement dans des infrastructures de transports et énergétiques qui constituent la «base de toute stratégie de développement» afin de désenclaver des régions entières, ce qui «explique le relatif bon accueil des pays africains vis-à-vis de la présence chinoise».

«Si on vous propose de construire des routes, des chemins de fer ou des installations portuaires, vous n’allez pas refuser, bien entendu, parce que cela servira pour développer le reste de l’économie», affirme Jean-Paul Tchang.

Comment expliquer ces investissements chinois? L’économiste rappelle que «la Chine dépend beaucoup de l’Afrique en ce qui concerne nombre de matières premières», notamment les minerais tels que le cuivre, le pétrole, le cobalt et la bauxite, ainsi que pour de fortes quantités de bois.

Du néocolonialisme?

L’agence Ecofin estimait les échanges commerciaux entre l’empire du Milieu et l’Afrique à 208,7 milliards de dollars en 2019, soit un montant record. Si la balance semble toutefois se creuser au détriment des pays africains –quarante d’entre eux sont en déficit–, il s’agirait d’opérations «très bénéfiques» à la fois pour Pékin et pour les États du continent noir, selon Jean-Paul Tchang. «Les Chinois pensent que ce sont typiquement des situations de gagnant-gagnant.» Et c’est en cela que la stratégie des nouvelles Routes de la Soie diffère: elle propose une approche «plus complète».

«On n’est pas là uniquement pour prendre vos matières premières. On vous aide pour vos industries en aval, on investit dans vos industries de transformation. C’est le cas en Éthiopie, où les Chinois ont beaucoup misé sur des usines. Les pays africains ont ressenti la présence chinoise différemment des présences traditionnelles de puissances étrangères», avance notre interlocuteur.

Stratégie alternative à la mondialisation maritime entre l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie, le projet pharaonique des Routes de la Soie mis en place par Xi Jinping favorise ainsi les échanges commerciaux avec l’Afrique.

«C’est une façon d’exprimer le fait que nous construisons une communauté d’intérêts, de destins. C’est le discours permanent de la diplomatie chinoise qui consiste à dire que la globalisation est une tendance irréversible.»

À l’instar des accusations prononcées à l’encontre de la présence française, les Routes de la Soie représentent-elles en Afrique un projet néocolonial? Pour le spécialiste, c’est «aux Africains de décider», mais celui-ci relève que ces pays ont en commun «un sens très élevé de la souveraineté». Les propositions chinoises constituent d’ailleurs des «atouts dans leur propre diplomatie» pour éventuellement «attirer d’autres intérêts occidentaux».

Un constat partagé par le sinologue Jean-Pierre Cabestan qui affirmait dans Le Monde, à l’occasion du Forum Chine-Afrique en 2018, que «Pékin n’est pas néocolonialiste mais hégémonique».

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Tags:
pétrole, terres rares, diplomatie, néo-colonialisme, Nouvelles routes de la soie, Wang Yi, matières premières, investissements, Afrique, Chine
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