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Le Qatar de retour dans son rôle d’intermédiaire au Moyen-Orient? Son ministre des Affaires étrangères souhaite en tout cas voir l’émirat créer le pont entre les monarchies du Golfe et l’Iran. Une inflexion peu surprenante, juge au micro de Sputnik Roland Lombardi, spécialiste du Moyen-Orient. Analyse.

La normalisation entre les pays du Golfe et l’Iran est-elle envisageable? C’est en tout cas ce que semble souhaiter le Qatar, qui appelle les autres monarchies du Golfe à «un dialogue franc et direct» avec Téhéran.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, le cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, l’émirat a même fait savoir devant la caméra de Bloomberg TV qu’il aimerait voir l’Iran prendre place à la table d’un futur Conseil de coopération du Golfe (CCG). Une position qui n’étonne guère Roland Lombardi, historien, analyste des problématiques liées au Moyen-Orient, auteur de l’essai Poutine d’Arabie (éd. VA, 2020).

«Le Qatar reprend par ces déclarations sa position favorite: celle de médiateur régional», explique-t-il.

Celui-ci rappelle à ce propos que l’émirat a été un médiateur entre le Hamas et Israël, entre les Américains et les Talibans. Plus récemment, la Corée du Sud, dont l’un des tankers est toujours retenu en otage en Iran, a également demandé à Doha de servir d’intermédiaire avec Téhéran, afin d’obtenir la libération de l’équipage et la restitution du navire.

Avec l’investiture de Joe Biden à la Maison-Blanche, ce 20 janvier, le Qatar a une occasion en or de faciliter la tâche de son allié américain. En effet, la nouvelle Administration a longtemps évoqué son intention de renouer le dialogue avec l’Iran. Notamment dans le cadre de l’accord sur le nucléaire. Washington a donc tout intérêt à ce qu’un acteur régional apaise les tensions entre les mollahs et leurs voisins du Golfe.  

Doha et Téhéran de retour à la table des négociations en position de force

Au-delà de ce positionnement de médiateur qui tient tant à cœur à Doha, Roland Lombardi estime que cette tendance à l’apaisement relève presque de l’urgence pour les pays de la région, en particulier pour le Qatar et l’Iran.

«Les économies de ces pays souffrent énormément de la crise sanitaire et de son contre-coup économique. Personne aujourd’hui dans la région n’a intérêt à laisser ces tensions en l’état et encore moins à s’engager dans un conflit ouvert. Il y a donc une tendance générale à venir à la table des négociations», explique-t-il.    

Doha a toujours entretenu une relation privilégiée avec Téhéran. C’est lié à leur proximité géographique et à leur partage du plus grand gisement gazier offshore du monde. Le Qatar occupe donc une position privilégiée pour jouer les entremetteurs.

«Je fais le pari que cette inflexion aurait également eu lieu si Donald Trump avait gagné l’élection. Le Qatar et l’Iran seraient revenus à la table des négociations, mais en position de faiblesse. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui», ajoute-t-il.

Effet Biden?

Le Qatar subissait encore récemment le boycott de la part des autres monarchies du Golfe. La donne a changé avec le sommet du Conseil de coopération du Golfe auquel Doha a été invité début janvier pour la première fois depuis quatre ans.

Mais tous les soupçons ne sont pas pour autant levés, en particulier pour «les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui redoutent toujours les liens entre le Qatar et les Frères musulmans*», rappelle Roland Lombardi.   

En effet, le Qatar est sorti relativement indemne du blocus qu’il subissait des monarchies voisines. L’Arabie saoudite et ses alliés avaient dressé une liste de treize points préalables au rétablissement des relations entre le Qatar et ses voisins. La fermeture d’Al-Jazeera, des engagements sur l’arrêt du financement de groupes extrémistes ou la fermeture d'une base militaire turque au Qatar y figuraient. Doha n’a cédé sur rien.

​Roland Lombardi relativise pourtant la portée de ce retour en force du Qatar au sein de la famille du Golfe:

«On peut se réjouir de cet apaisement qui est un premier effet Biden. Mais, pour ma part, je reste réservé. Pour moi, c’est surtout un second souffle du Qatar qui revient dans le concert des nations du Golfe en position avantageuse. Il n’a dû céder sur aucun point. Si Trump avait été réélu et que la pression eût continué, le Qatar, comme l’Iran d’ailleurs, serait revenu en position de faiblesse à la table des négociations. »

Or, selon l’historien, du fait de cette réhabilitation sans contrepartie ni garantie, Doha aurait les mains libres pour accroître son influence. Le Qatar reprenant les activités pour lesquelles il avait été mis au ban de la région. Et ce, sous couvert d’une apparente volonté d’apporter la paix à la région en tant que médiateur.  

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
Joe Biden, Conseil de coopération du Golfe (CCG), Golfe persique, Iran, Qatar
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