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Le conflit territorial entre le Venezuela et le Guyana s’intensifie. Le Président Maduro revendique la souveraineté de Caracas sur la région de l’Essequibo. Son voisin a signé une alliance militaire avec Washington. Selon Romain Migus, spécialiste du Venezuela, les États-Unis protègent leurs intérêts économiques.

Le tweet de Nicolas Maduro du 8 janvier a suscité un tollé. Demandant à sa population de défendre ses droits historiques sur l'Essequibo, le Président vénézuélien s’est attiré les foudres de la CARICOM, la Communauté Caribéenne, du Canada et… des États-Unis.

​Région correspondant aux deux tiers de l’actuel Guyana, ancienne colonie britannique voisine de Caracas, l’Essequibo fait depuis plus d’un siècle l’objet d’un litige territorial entre les deux pays. Litige porté plusieurs fois devant des tribunaux internationaux. Chaque verdict a confirmé la souveraineté du Guyana sur ce territoire. Sauf que la découverte en 2015 de l’immense champ pétrolifère de Liza-Stabroek au large des côtes de l’Essequibo a durci les positions des deux pays. Nicolas Maduro parlant même de reconquérir la zone! Le 12 janvier, le Guyana et les États-Unis ont signé un accord de coopération militaire. Ce pacte ne devrait pas aplanir les tensions régionales.

Le pétrole de l’Essequibo exploité par Exxon Mobil

Joint par Sputnik, Romain Migus, journaliste installé à Caracas, fondateur du site d’information Les Deux Rives, débroussaille les enjeux complexes tant historiques qu’économiques de ce conflit frontalier. Caracas considère «la partie qui va jusqu’au rio Essequibo», c’est-à-dire la zone la moins peuplée, comme faisant «partie intégrante du Venezuela». Alors que le Venezuela n’a «pas de poste-frontière» sur l’actuelle délimitation, le Guyana n’a pas forcément «les moyens de contrôler une frontière très longue». Longé par le fleuve Essequibo, ce territoire «très riche, notamment en or et en diamant», a été disputé dès le XVIIIe siècle entre la couronne espagnole, maîtresse du Venezuela, et la Hollande, implantée au Guyana. Le différend se poursuivant quand les Britanniques ont supplanté les Néerlandais au Guyana. Les indépendances du Venezuela en 1811 et du Guyana en 1966 n’y changeront rien! La découverte de «gisements pétrolifères très importants offshore dans la zone en réclamation» en 2015 a même aggravé les tensions:

«Évidemment, les enjeux ne sont plus les mêmes. Des compagnies pétrolières lorgnent cette potentielle richesse. Exxon d’une part, mais aussi des compagnies anglaises.»

Les réserves du Guyana sont estimées à plus de huit milliards de barils de pétrole, exploitées par la major américaine à des conditions bien avantageuses. Avant la crise sanitaire, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyait une explosion de la croissance du PIB du pays pour 2020. Un bond estimé à 86%. Covid oblige, la progression n’aura été «que» de 26,2%. Selon le média La Première, l’accord signé le 12 janvier engage les États-Unis et le Guyana à «collaborer en cas de menace». L’armée américaine formera ainsi «les militaires du Guyana» et lui apportera «des aides techniques». Le «controversé» Shiprider Agreement, signé en 1997, a également été renouvelé pour autoriser l’US Navy et l’US Air Force «à pénétrer dans les eaux et les espaces aériens du Guyana». Officiellement pour traquer le narcotrafic, officieusement pour protéger les intérêts américains.

«On voit les derniers soubresauts de l’Administration Trump qui signe un accord avec le Guyana, en présence de l’amiral Craig Faller, le commandant du SouthCom [United States Southern Command, état-major interarmes américain pour l’Amérique latine et les Caraïbes, ndlr]. L’idée étant que, s’il y a des frictions au-delà du diplomatique, les États-Unis s’engagent du côté du Guyana», selon Romain Migus.

Un message clair à destination de Nicolas Maduro de ne pas poursuivre l’escalade. Au-delà de ce conflit territorial, les relations entre Washington et Caracas sont glaciales depuis l’avènement de Donald Trump à la Maison-Blanche. Mis en place en 2019, l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien étouffe l’économie nationale, forçant plus de 5 millions de personnes à quitter le pays.

La possibilité d’un conflit armé?

En septembre 2020, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, accomplissait une tournée en Amérique du Sud. Visant à renforcer la pression pour un changement de régime au Venezuela, le périple passait par le Guyana, le Brésil et la Colombie. Trois États très proches des États-Unis et qui encerclent le Venezuela. Romain Migus rappelle ainsi la présence de militaires américains en Colombie et le souhait régulier de Jair Bolsonaro d’en «découdre militairement». Alors le Guyana, un nouveau Koweït pour les Américains? La comparaison n’est pas si folle pour le journaliste. «On a encore les mêmes acteurs», la présence de l’Axe du Mal et les mêmes conséquences dévastatrices pour l’ensemble de la région.

«Le Venezuela est quand même un pays armé. Le déclenchement d’un foyer de guerre ne menacerait pas que le Venezuela, mais toute la région, en en déstabilisant une grande partie. Il y a aussi des intérêts contraires dans chacun des pays pour que l’escalade n’aille pas jusqu'à son terme.»

Car Migus ne croit pas à un envahissement de l’Essequibo par les forces armées vénézuéliennes. Au contraire, il estime que les tensions seront désamorcées. Ce n’est «pas la première fois» que le différend s’intensifie entre Caracas et le Guyana sur ce sujet. Pour le journaliste, l’Essequibo est instrumentalisé pour des «opérations politiques» indépendantes de la résolution de ce conflit. Le 22 décembre 2018, une friction entre la marine vénézuélienne et deux navires d’exploration d’Exxon dans cette région disputée, provoquait déjà une série de récriminations de la part du groupe de Lima, organisme d’États d’Amérique latine qui ne reconnaissent pas l’élection de Nicolas Maduro. Une défense de l’intégrité territoriale du Guyana qui n’était «pas anodine» à quelques jours avant que Juan Guaido ne s’autoproclame président par intérim.

«La zone en réclamation va devenir un casus belli et va s’inviter bien évidemment dans l’opération de changement de régime initiée avec Juan Guaido.»

Certes, l’ancien président de l’Assemblée nationale a depuis perdu de sa crédibilité auprès des chancelleries occidentales. Mais il avait été accusé par la justice vénézuélienne de de haute trahison et de s’être compromis avec le Guyana, en ayant voulu «livrer» l’Essequibo aux multinationales. Thème extrêmement «sensible» au Venezuela, l’Essequibo a donc été l’occasion pour Nicolas Maduro de fédérer sa population au-delà des clivages politiques. Il compte ainsi «unifier le chavisme avec l’opposition nationaliste» qui n’est pas prête à brader le territoire.

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Tags:
ExxonMobil, gisements de pétrole, Jair Bolsonaro, Mike Pompeo, Donald Trump, Juan Guaido, Venezuela, États-Unis, Nicolas Maduro
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