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La veille de son départ de la Maison-Blanche, Donald Trump et plusieurs de ses collaborateurs ont été sanctionnés par l’Iran. Une décision qui peut paraître purement symbolique, mais qui a également des implications géopolitiques importantes, estime Hervé Ghannad, spécialiste de l’Iran, au micro de Sputnik. Analyse.

«Il y a évidemment un côté ironique. C’est de l’humour iranien, mais pas que», explique Hervé Ghannad, professeur à la Weller International Business School et auteur de la thèse «Identité et politique extérieure de l’Iran», interrogé par Sputnik.

Ce 19 janvier, l’Iran a imposé des sanctions à Donald Trump et à plusieurs de ses collaborateurs qui l’ont conseillé sur sa politique internationale ces quatre dernières années.

Ainsi, le secrétaire d’État Mike Pompeo, l’ancien conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale, John Bolton, le chef du département du Trésor, Stephen Mnuchin, le chef actuel du Pentagone, Christopher Miller, et son prédécesseur Mark Esper, ainsi que Gina Haspel, directrice de la CIA, figurent sur la liste dévoilée par le ministère iranien des Affaires étrangères.

L’arroseur arrosé

Une mesure qui s’explique par des considérations tant nationales qu’internationales. Et ce, même si ce geste a évidemment avant tout une portée symbolique, explique Hervé Ghannad: «Sur l’aspect symbolique, c’était une manière de dire “bon vent, on n’a jamais eu peur de toi, tu n’es pas maître du jeu international” et au final, on a gagné la partie.»

 «C’est également une manière de dire que les années de pression maximale n’ont pas marché. Même si le peuple iranien a souffert, le gouvernement iranien a su contourner en partie les sanctions américaines, notamment grâce au commerce avec les Chinois», ajoute-t-il.

En effet, les années Trump ont été particulièrement difficiles pour l’Iran et son peuple. Le poids des restrictions s’est très largement fait ressentir sur l’économie du pays. Alors que le pays avait une croissance positive en 2016 et 2017, celle-ci a connu une chute vertigineuse les deux années suivantes pour atteindre -10% en 2019. Le pays, très dépendant de la rente des hydrocarbures, a particulièrement souffert de l’embargo sur ses exportations pétrolières.

© Sputnik
Production iranienne de pétrole de 2011 à 2019.

À cela sont venues s’ajouter la crise du coronavirus et ses conséquences économiques particulièrement lourdes.

À dater du 20 janvier 2021, Donald Trump n’est plus Président des États-Unis et un nouveau chapitre des relations entre Téhéran et Washington s’ouvre donc. C’est désormais Joe Biden, qui a laissé entendre tout au long de sa campagne qu’il avait pour projet de desserrer l’étau autour de l’Iran, qui prend le relais.

Biden prévenu

Et selon Hervé Ghannad, les sanctions contre Donald Trump et ses collaborateurs sont un message qui s’adresse aussi au 46e Président des États-Unis:

«Ces sanctions à l’égard de Donald Trump et ses conseillers sont aussi une manière d’envoyer un message à la prochaine Administration. L’Iran attend plein de choses de la nouvelle Administration américaine et elle donne des gages à Biden et son équipe en “punissant” leur adversaire», explique le directeur académique.  

Mais ce n’est pas le seul message qu’envoie le gouvernement iranien au nouveau gouvernement Démocrate.

Luttes internes iraniennes

Hervé Ghannad estime qu’il faut l’analyser à la lumière des rapports de pouvoir interne en Iran.

«Il y a également une vocation interne à ces sanctions. À l’aube d’élections présidentielles qui vont avoir lieu au printemps, Hassan Rohani entretient une relation difficile avec les pasdaran et les “durs” en Iran, notamment le Président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui veut récupérer la Présidence.
Lui qui n’a plus de mandat possible souhaite une sortie honorable, mais voudrait également initier le cycle de négociation durant la fin de sa présidence et ne pas laisser Ghalibaf, un dur, prendre la main», juge-t-il au micro de Sputnik.

Ces sanctions imposées à Trump par Téhéran seraient donc une main tendue au camp Biden afin de lui signifier la volonté d’échanges de l’actuel gouvernement iranien. Une fenêtre d’opportunité très courte, car du côté américain, de nombreux dossiers sont sur la table, et du côté iranien les élections présidentielles du 18 juin 2021 arrivent à grands pas. Les candidats conservateurs –réticents à l’idée d’un dialogue avec Washington– comme Mohammad Bagher Ghalibaf et Mahmoud Ahmadinejad, sont à l’affût.

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Tags:
sanctions, Donald Trump, Iran
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