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À Évry s’est ouvert le procès intenté par Tran To Nga, victime franco-vietnamienne de l’utilisation par les Américains de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam. Un moment crucial dans sa longue lutte contre des géants industriels comme Monsanto, dont les produits défoliants ont contaminé les sols et la population vietnamienne. Reportage.

«L’agent orange» se retrouve pour la première fois devant un tribunal français. La militante franco-vietnamienne et victime de ce puissant herbicide Tran To Nga a porté plainte contre une vingtaine de multinationales, dont Monsanto et Dow Chemicals. Monsanto étant le fabricant du fameux «agent orange», un herbicide utilisé pendant la guerre du Vietnam pour empêcher que la forêt ne dissimule les mouvements des combattants du Front national de libération du Sud Vietnam (plus connu sous le nom de Vietcong).

Entre 1961 et 1971, l’aviation américaine a déversé 72 millions de litres d’herbicides sur une superficie totale de près de 2 millions d’hectares de forêts et de rizières. Le rapport Stellman, publié en 2003, estime que l’ensemble des substances défoliantes déversées lors des combats représentait 386 kg de dioxine pure. L’herbicide est à l’origine de nombreuses maladies dans la population des zones bombardées. Un mal toujours d’actualité avec des cas de cancers ou de malformations à la naissance.

Face aux contre-attaques des multinationales

Six ans et demi après le dépôt de sa plainte en mai 2014, aujourd’hui est un jour crucial pour Tran To Nga. Victime de l’«agent orange» et presque octogénaire, elle a vu sa santé se dégrader au fil des années.

«Je suis sereine, parce que je me sens entourée. Comme dans tous les procès, c’est dur à la plaidoirie: pour se défendre, ils [les conseils des groupes industriels, ndlr] n’hésitent pas à m’attaquer. On pourrait supporter des critiques justifiées. Mais ce qu’ils disent n’est pas vrai», insiste Tran To Nga au micro de Sputnik.

Pour soutenir la plaignante, de nombreuses amicales et unions vietnamiennes se sont déplacées jusqu’au tribunal d'Évry (Essonne).

«Les industriels connaissaient le danger du produit» 

Aux États-Unis, les conséquences de l’usage de la dioxine présent dans l’agent pendant la guerre de Vietnam ont fait l’objet de plaintes déposées par les vétérans à partir des années 1980. En 1985, un tribunal américain a condamné des entreprises chimiques à un dédommagement global de 250 millions de dollars. En Corée du Sud, Monsanto et Dow Chemicals sont condamnés en 2013 à indemniser trente-neuf vétérans de la guerre du Vietnam, pour un montant total de 315.000 euros.

Kim Vo Dinh est le coordinateur du Collectif Vietnam-Dioxine et du Collectif Stop-Monsanto Bayer et l’agrochimie. Il rappelle au micro de Sputnik que les victimes vietnamiennes «n’ont toujours pas connu de justice», bien que «beaucoup de gens sont solidaires» avec leur combat.

«Je suis choqué qu’on incite si peu de gens à connaître le problème. Sur trois millions de victimes au Vietnam de l’agent orange, il n’y a aucune reconnaissance de la part des responsables: le gouvernement américain et les industriels », précise Kim Vo Dinh.

Kim Vo Dinh indique que «les industriels connaissaient le danger du produit», surtout de la dioxine qu’il contient. Il souligne que c’est «la méthode de la fabrication choisie par les industriels» qui a rendu le produit extrêmement toxique. Mais sa révolte ne se limite pas aux temps révolus du conflit.

«Monsanto fabrique ensuite le glyphosate, un autre produit dangereux pour la santé humaine. C’est incroyable que la même compagnie continue à produire des produits dangereux sans être condamnée à la hauteur de ce qu’elle a fait [auparavant, ndlr]», s’emporte le militant.

Pour le jeune homme, «comme la Shoah ou le racisme, le problème de l’agent orange doit être connu de tous». Il est venu au procès pour une fois de plus exprimer sa vision ferme : «les responsables doivent être jugés» pour ce qu’ils ont fait.

Des espoirs placés dans la justice française

Multipliant les actions, entre manifestations et travail de pédagogie, Tran To Nga apparaît désormais comme la «figure emblématique» du combat des victimes de l’herbicide.

«Je crois que la justice française peut avoir assez d’indépendance pour juger ce cas. C’est important qu’elle puisse voir les dommages infligés à Tran To Nga et les effets que ces produits dangereux ont eus sur sa santé», assure Kim Vo Dinh.

Les représentants des collectifs vietnamiens sont persuadés que, «même si c’est un procès civil», la victoire des victimes de l’agent orange pourrait inspirer d’autres victimes dans d’autres pays à entamer des procès similaires.

«Si on se bat pour la justice, la justice sera rendue. Je crois en la justice du monde entier, en la Justice avec une majuscule», conclut Tran To Nga.

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Tags:
victimes civiles, victimes, agent toxique, Guerre du Vietnam (1955-1975), Vietnam
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