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Un nouvel accrochage entre des troupes chinoises et indiennes a eu lieu à leur frontière commune dans la région du Sikkim. Spécialiste de l’Asie du Sud, le général Alain Lamballe décrypte pour Sputnik les enjeux de ces tensions qui poussent notamment l’Inde dans les bras de l’Occident.

De nouveaux accrochages  entre l’Inde et la Chine? Après quelques escarmouches en 2020 soldées par vingt morts côté indien en juin, les armées chinoise et indienne se seraient de nouveau affrontées le 20 janvier selon des sources militaires indiennes citées par l’AFP. Le combat a eu lieu à la frontière himalayenne au col de Naku, qui relie l’État du Sikkim (nord-est de l’Inde) au Tibet. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu'il n'avait «aucune information» sur l'incident. Une patrouille chinoise aurait tenté de s’aventurer en territoire indien avant d’être repoussée. Bilan de l’incident, quatre soldats indiens blessés, selon les sources indiennes, et un nombre indéterminé de victimes dans les rangs de l’Armée populaire de libération (APL, ancienne Armée rouge). Une confrontation pourtant qualifiée de «mineure» par l’armée indienne, précisant que les tensions avaient été «résolues par les commandements locaux selon des protocoles établis».

Le rédacteur en chef du Global Times, quotidien chinois, dénonce, pour sa part, une fausse nouvelle et nie tout incident.

Une escalade peu probable

Une énième escarmouche qui intervient après une année de tensions entre les deux géants asiatiques autour de la frontière himalayenne de facto séparant les deux pays. Appelée Ligne de contrôle effectif («Lign of Actual Control», LAC, cette frontière disputée est longue de plus de 4.000 km. Elle s’étire de la région du Ladakh, à l’ouest de la chaîne de montagnes, jusqu’à l’Arunachal Pradesh, à l’est, voisin de la Birmanie, en passant par le Sikkim. Si des combats dans cette région avaient ravivé les tensions en mai 2020, les deux armées n’emploient pas d’armes à feu le long de cette frontière depuis 1975. D’où des affrontements au corps-à-corps. On a même évoqué l’utilisation d’une mystérieuse arme secrète à micro-ondes.

Interrogé par Sputnik, le général Alain Lamballe, spécialiste de l’Asie du Sud, estime que cet incident exprime «la volonté délibérée de la Chine de profiter de la faiblesse de l’Inde» afin de «s’aventurer davantage vers le sud en direction du sous-continent». Pourtant l’accrochage lui semble «étonnant», car Pékin a «déjà reconnu, de manière ambiguë, l’appartenance du Sikkim à l’Inde». La Chine revendique depuis très longtemps, à l’ouest, «l’ensemble de l’Aksai Chin» et, à l’est, «l’Arunachal Pradesh». Dans le second secteur, l’armée indienne a découvert, au moyen d’images satellite, l’implantation au mois de janvier d’un village Chinois sur un territoire que les Indiens considèrent comme leur appartenant.

​«L’armée indienne ne fait vraiment pas le poids face à l’armée chinoise», confiait le spécialiste de l’Asie du Sud à Sputnik en septembre 2020. Actant ce net désavantage en termes de logistique, de nombre de soldats et de matériel, l’Inde augmente ses effectifs militaires sur la frontière en particulier, dans l’Aksai Chin. Car New Delhi craint «les escarmouches provoquées par la Chine, qui peuvent déraper». Les «Indiens se méfient» d’un affrontement général, ajoute-il:

«Il y aurait 50.000 hommes de part et d’autre se faisant face dans l’Aksai Chin, ce qui fait 100.000 hommes dans des régions extrêmement difficiles. C’est considérable. Les Indiens font un effort majeur dans le domaine militaire pour développer leur arsenal. En particulier en faisant appel à la France avec les Rafale. En outre, les Indiens tentent de restructurer leur armée. Ils veulent rendre l’ensemble beaucoup plus rationnel.»

Néanmoins, le général ne croit pas à une escalade imminente pour deux raisons. «La Chine n’y tient pas», précise-t-il, et «c’est l’hiver». «Mener des opérations militaires dans ces régions à très haute altitude, ce n’est pas du tout évident» alors même que les derniers pourparlers de désescalade entre les deux commandements militaires se déroulaient ce 24 janvier.

Quelles conséquences dans les relations bilatérales?

C’est un fait, ces tensions frontalières ont eu des répercussions directes sur l’état des liens entre Pékin et New Delhi. En décembre, le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, avait admis que les relations avec la Chine avaient été «considérablement affectées» par ces événements. Notamment dans le domaine commercial. À l’instar des États-Unis, la très populaire application TikTok a été interdite en Inde au même titre que le géant chinois du commerce en ligne, Alibaba. New Delhi a jugé que ces applications menaçaient la souveraineté et l'intégrité du pays. Alors que «les échanges commerciaux ont considérablement reculé», explique le général Lamballe, les Indiens «refusent ou limitent très sérieusement toute collaboration» scientifique avec la Chine. Si les relations diplomatiques perduraient, l’Inde s’inquiéterait de la «collusion entre le Pakistan et la Chine sur le plan militaire».

C’est ainsi que New Delhi se tourne progressivement vers l’Occident, achetant des Rafale à Paris et multipliant les accords stratégiques avec Washington, le Basic Exchange and Cooperation Agreement (BECA), pour l’échange de données ultrasecrètes, et le Logistics Exchange Memorandum of Agreement (LEMOA) pour la fourniture «d’armements sophistiqués, notamment des avions de reconnaissance maritime».

Des manœuvres militaires au mois de novembre ont également eu lieu dans le golfe du Bengale, opérées par le QUAD (Quadrilateral Security Dialogue) réunissant l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis. Une stratégie qui tente de contenir et d’encercler la Chine dont les visées expansionnistes dans l’Indopacifique inquiètent les Occidentaux.

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blessés, guerre, Rafale, TikTok, Alibaba, Inde, Chine
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