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Le Président américain Joe Biden a suspendu la construction du mur à la frontière avec le Mexique. Un geste concret pour les migrants? Pour Cecilia Imaz, experte des migrations à l’Université nationale autonome du Mexique, il s’agit d’une mesure symbolique, surtout que les parties du mur déjà construites ne seront pas démantelées. Entrevue.

Il en avait fait une promesse électorale synonyme de son ouverture à la «diversité»: le premier jour de son mandat, Joe Biden a signé un décret ordonnant la suspension du mur frontalier avec le Mexique. Par le fait même, le Président Démocrate a fait connaître son plan de réforme migratoire. Son objectif: régulariser la situation de 700.000 personnes arrivées clandestinement aux États-Unis durant leur enfance.

Une décision immédiatement saluée par Mexico, d’où le Président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, avait attendu avant de reconnaître la victoire de son homologue. Face aux contestations de certains résultats du vote par Donald Trump, celui que l’on surnomme AMLO avait préféré se montrer prudent.

«Le Mexique salue la fin de la construction du mur», a twitté le ministre des Affaires étrangères mexicain, Marcelo Ebrard.

La suspension du mur, mesure concrète pour améliorer le sort des migrants? 

«Le message envoyé par Trump était très contradictoire»

Politologue et experte du phénomène migratoire au Mexique et aux États-Unis, Cecilia Imaz estime qu’il s’agit d’une mesure essentiellement symbolique, surtout que «le mur ne servait presque à rien», selon elle. 

«Comme symbole, c’était une horreur et une insulte au Mexique, censé être un partenaire majeur des États-Unis. Le message envoyé par Trump était très contradictoire. Les États-Unis et le Mexique ont une relation commerciale et sociale très forte. […] Ce qui va changer, c’est qu’on va arrêter de parler du mur, mais la partie emmuraillée de la frontière va rester», souligne l’auteur de nombreux ouvrages sur le phénomène migratoire. 

Professeur retraitée de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), prestigieuse institution académique, Mme Imaz précise que le mur n’a pas exactement vu le jour sous l’ère Trump. C’est en 1994 que de premiers pans du mur ont été érigés dans la ville de Tijuana, en Basse-Californie, avec la mise en place de l’Opération Gatekeeper

De premières barrières métalliques avaient alors été érigées à ce point chaud de transit, pour répondre à «l’arrivée massive» de migrants mexicains cherchant du travail. Une réalité migratoire qui a beaucoup évolué depuis cette époque, observe notre expert:

«Il y a encore un marché qui emploie une main-d’œuvre peu qualifiée aux États-Unis, surtout dans le domaine des services. Mais il y a beaucoup moins de Mexicains qu’auparavant qui traversent illégalement la frontière. Aujourd’hui, ce sont en majorité des Centraméricains: Honduriens, Salvadoriens et Nicaraguayens victimes de diverses crises politiques, économiques et humanitaires, ainsi que de l’expansion du crime organisé», précise Cecilia Imaz.

Ces trois dernières années, plusieurs caravanes de migrants en provenance d’Amérique centrale ont effectivement traversé le Mexique pour être stoppées à la frontière américano-mexicaine. Les observateurs avaient évoqué une nouvelle crise migratoire. En octobre 2018, le Pentagone a déployé 5.600 soldats à la frontière américano-mexicaine, répartis le long du Texas, de l’Arizona et de la Californie.

Protection accrue des frontières depuis la crise migratoire

Pour tenter de gérer le problème en amont, en juin 2019, Donald Trump avait menacé le Mexique d’imposer des droits de douane sur les importations mexicaines si le Président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, n’endiguait pas le flux de migrants sa frontière sud. Pour ne pas nuire à l’économie mexicaine, AMLO avait accepté les conditions de Trump. Des soldats de la Garde nationale mexicaine sont encore aujourd’hui postés sur le long de la frontière avec le Guatemala. 

En 2011, presque 12 millions d’immigrants mexicains étaient établis aux États-Unis, selon les données du Migration Policy Institute. Les Américains d’origine mexicaine ou ayant la double nationalité sont aujourd’hui 38 millions. Les hispanophones sont quant à eux plus de 50 millions au pays de l’Oncle Sam, sur une population totale de 330 millions. Dans ce contexte, Cecilia Imaz estime que les Américains doivent accepter la nouvelle réalité migratoire et démographique, alors que le mur associé à Trump les «maintenait dans le déni».

«Les Américains doivent comprendre que les Européens ne veulent plus immigrer aux États-Unis comme avant. La plupart ne restent pas. Mais avec le vieillissement démographique et la demande de main-d’œuvre, ils ont encore besoin d’immigration. […] À la cérémonie d’intronisation de Biden, la célèbre chanteuse Jennifer Lopez n’a pas été choisie pour sa voix, mais parce qu’elle symboliserait la nouvelle ère», laisse tomber le professeur.

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Mexique, États-Unis
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