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Censé terminer son mandat le 7 février dernier, le Président Moïse a décidé de le prolonger d’un an en Haïti. La décision a mis le feu aux poudres. Pour Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne, Jovenel Moïse peut compter sur Washington pour rester au pouvoir.

En Haïti, les milliers de manifestants réunis le jour de la Saint-Valentin n’ont pas défilé pour adresser une déclaration d’amour à Jovenel Moïse, le Président en exercice depuis 2017.

Ce 14 février dernier, ils s’étaient réunis dans plusieurs villes de la Perle des Antilles pour dénoncer de nouveau ce qu’ils considèrent comme un coup d’État. Selon des médias locaux, plusieurs heurts violents ont eu lieu, encore une fois, entre les forces de l’ordre et des manifestants. 

Prolongation du mandat présidentiel: vers un nouveau cycle de violences?

Les tensions sont revenues en force lorsque, le 7 février dernier, Jovenel Moïse a déclaré qu’il n’avait complété que quarante-huit des soixante mois de son mandat. Une interprétation que rejette catégoriquement le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien, lequel réclame son départ.

Le même jour, Jovenel Moïse déclarait aussi avoir été victime d’une tentative d’assassinat. Dans la nuit du 7 au 8 février, pressés par la situation, des partis d’opposition ont désigné comme Président intérimaire Joseph Mecène Jean Louis, qui siège en tant que juge à la Cour de cassation, plus haute instance juridique du pays.

Directeur du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne basé à Montréal, Frantz Voltaire considère aussi que la prolongation du mandat présidentiel est «illégale».

«En politique, une année de plus, c’est beaucoup. […] Jovenel Moïse aurait pu déclencher des élections durant son mandat, mais il a décidé de ne pas le faire. […] Dans le pays, le Président n’a plus aucun appui en dehors des forces policières qu’il a gangstérisées. Il a fédéré une multitude de bandes armées qui sévissent dans les quartiers populaires. Ce pays est dirigé par des gangsters», s’indigne l’historien au micro de Sputnik.

L’élection présidentielle d’octobre 2015 avait débouché sur l’élection de Moïse au premier tour, mais le scrutin avait par la suite été invalidé pour cause de fraudes électorales. Ayant remporté le second tour de l’élection de 2016, Moïse est entré en fonctions le 7 février 2017, date considérée par ses supporters et lui comme le début de son mandat de cinq ans.

Jovenel Moïse: isolé à l’intérieur, mais appuyé à l’extérieur

Réalisateur de plusieurs documentaires sur Haïti, Frantz Voltaire estime que la grande majorité des «organisations de la société civile et les mouvements sociaux» compte désormais parmi les opposants au Président. Si ce dernier est «de plus en plus isolé» à l’intérieur du pays, il peut toutefois encore compter sur l’appui des États-Unis, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne et du Canada:

«Je ne sais pas comment le Président pourrait se maintenir, car il n’a aucune clientèle propre. Ce sont les puissances occidentales qui ont facilité sa nomination et qui ont décidé, en quelque sorte, qu’il resterait au pouvoir. […] Les puissances occidentales ont fait fi des avis des constitutionnalistes haïtiens et des cliniques de droit américaines. Elles ont accepté la manœuvre de Moïse pour prolonger son mandat. […] Les États-Unis déterminent toujours le président», tranche Frantz Voltaire.

De février 2019 jusqu’aux plus récents développements, des citoyens avaient continué de manifester à intervalles réguliers pour dénoncer la corruption et la ruine de l’économie. Les opposants au Président l’accusent notamment d’avoir détourné des fonds du Petrocaribe, un prêt accordé à Haïti par le Venezuela. Une enquête de la Cour supérieure des comptes a conclu que le Président avait participé à cette fraude.

Pour Frantz Voltaire, les puissances occidentales comme les États-Unis pèsent tellement lourd dans le maintien au pouvoir de Moïse que la population a de moins en moins confiance en ses institutions démocratiques. Une réalité aggravée par les scandales de corruption. Notre interlocuteur évoque une «méfiance envers le pouvoir» qui pourrait contribuer à installer cette nouvelle crise dans ce pays de onze millions d’habitants:

«Aux dernières élections, les gens sont très peu allés voter, car il y avait des doutes sur le déroulement du scrutin. Pourquoi aller voter si tout est arrangé à l’avance? […] L’opposition peut bien mobiliser des gens, mais le rapport de forces produit par la communauté internationale n’est pas à l’avantage des manifestants et des oppositions. On va entrer dans une période d’affrontements qui risquent de se radicaliser», avertit Frantz Voltaire.

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Tags:
États-Unis, manifestation, prorogation, mandat, Haïti, Jovenel Moïse
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