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Est-il possible d’avoir des accusations de coup d’État et des manifestations dans la rue d’un pays de l’hémisphère nord sans que les grandes puissances de la région ne s’en mêlent? Il semble que ce soit le cas de Haïti. Frédéric Thomas, auteur de «L’échec humanitaire: Le cas haïtien», livre son analyse au Désordre mondial.

Un pays de l’hémisphère nord vient-il de basculer dans la dictature au nez et à la barbe des dirigeants occidentaux? Le 14 février, des manifestants ont dénoncé dans les rues de Port-au-Prince la dérive autocratique du pouvoir haïtien et le soutien de la communauté internationale au Président Jovenel Moïse.

Ceci explique-t-il le silence relatif des dirigeants occidentaux, alors qu’ils ont toujours tant à dire sur ce qui se passe dans leur arrière-cour? Tout a commencé au début du mois, lorsque l’opposition a estimé que le mandat du Président Jovenel Moïse prenait fin le 7 février. Mais ce dernier a fait valoir qu’il était légitimement au pouvoir pour encore un an, donc jusqu’en février 2022. Il a annoncé l’arrestation de 20 personnes, dont un juge de la Cour suprême, les accusant d’avoir planifié un «coup d’État» et tenté de le tuer. Pendant ce temps, le département d’État américain de Joe Biden a pris le parti du Président.

Alors qui a raison, le Président ou l’opposition? Et la communauté mondiale est-elle en désaccord avec le peuple haïtien? Frédéric Thomas, docteur en sciences politiques, chargé d’études au Centre tricontinental (CETRI), une ONG basée en Belgique, et auteur de L’échec humanitaire: Le cas haïtien (Éd. Couleurs Livre), réagit à la crise politique actuelle en Haïti:

«C’est d’abord le marqueur de l’échec politique de l’ingérence internationale. Les Haïtiens sont dans une situation à laquelle ont largement contribué les acteurs internationaux, dont la France et l’Union européenne. Et donc les Haïtiens attendant aussi des organisations sociales, des syndicats, des mouvements en France et ailleurs qu’ils se mobilisent contre leur État, qu’ils agissent en leur nom, court-circuitent les possibles changements, cette possible libération du territoire et des politiques en Haïti.»

Mais quelle est précisément la responsabilité des pays européens dans cette affaire? Frédéric Thomas souligne leur passivité:

«L’Union européenne est assez embarrassée et reste dans le silence, mais au cours de ces deux dernières années, elle n’a jamais été capable de s’opposer aux États-Unis. Ce qu’elle fait, c’est plutôt qu’elle suit la politique américaine en essayant de corriger à la marge cette politique. C’est un échec flagrant.»

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Tags:
États-Unis, Haïti
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