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Dissolution de l’Assemblée, tenue d’élections anticipées, libération des militants du Hirak… le Président Tebboune a pris des décisions radicales pour ramener la paix sociale dans une Algérie tendue à la veille de l’anniversaire du mouvement du Hirak. Un grand pas en avant pour les uns, une politique à double tranchant pour les autres.

«Nous devons avoir un Parlement qui ne soit pas corrompu, c’est pourquoi j’ai décidé de dissoudre le Parlement actuel. Après cela, il y aura des élections sans corruption, sans argent sale, des élections propres», a annoncé le 18 février le Président algérien lors d’une adresse télévisée à la nation.

De retour d’une longue absence de la scène politique algérienne, le Président Tebboune a annoncé une série de mesures visant à redonner confiance au peuple algérien dans ses élites. Ces décisions interviennent trois jours avant le deuxième anniversaire algérois du Hirak, mouvement de contestation populaire lancé d’abord pour protester contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel.

Outre la dissolution de l’Assemblée nationale, et pas du Sénat, l’annonce d’élections anticipées à une date non précisée et un remaniement ministériel, le chef de l’État algérien a également déclaré gracier «une trentaine de personnes pour lesquelles une décision de justice avait été rendue ainsi que d’autres pour lesquelles aucun verdict n’a été prononcé», explique-t-il. De fait, entre 55 et 60 prisonniers d’opinion liés au Hirak sur les 70 actuellement détenus «rejoindront […] leurs familles».

«Des décisions extrêmement importantes»

Des décisions saluées par une partie de l’opposition politique, dont le mouvement Jil Jadid («Nouvelle génération»). Le chef de la formation Soufiane Djilali explique pourquoi au micro de Sputnik:

«Le Président de la République a annoncé hier soir des décisions extrêmement importantes qui vont avoir une répercussion tant politique que psychologique sur l’ambiance générale dans le pays.»

Celui-ci souligne qu’il «faut se rappeler que depuis le 22 février 2019, la majorité des Algériens exigeait un changement profond tant dans le système de gouvernance que dans le personnel politique».

Même s’il est conscient de la lenteur du processus par rapport aux attentes populaires, il reste optimiste et observe sa mise en place.

«Après une modification constitutionnelle qui a eu des résultats mitigés dans la participation citoyenne, voilà que sont annoncées des élections législatives anticipées avec des mesures prises dans la loi électorale et dans l’accompagnement qui sont extrêmement intéressantes», explique-t-il.

Une prise de position forte tant sur l’aspect symbolique que législatif, estime-t-il, en particulier dans le contexte pandémique actuel. Au-delà de la simple variable législative, «il y a eu une décision très importante qui est la mesure d’apaisement avec la libération d’une grande majorité des prisonniers d’opinion». 

«Grâce aux manifestations du 22 février 2019, il y a eu un bouleversement important et il s’agit désormais de l’accompagner vers la construction d’un avenir et non pas vers l’exacerbation des conflits et des mésententes. Au contraire, c’est le moment d’en tirer un bénéfice pour les Algériens et d’aller bâtir ce système de gouvernance que nous attendons et dont nous rêvons tous», espère, enthousiaste, Soufiane Djilali.

Un enthousiasme que d’autres acteurs et observateurs tendent à modérer. Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), a indiqué dans un post Facebook s’être «réjoui de la libération de certains détenus», même si ce n’est que la «réparation d’une injustice».   

Kader Abderrahim, spécialiste de la politique algérienne et auteur de Géopolitique de l’Algérie (Ed. Bibliomonde, 2020), reste de son côté sceptique par rapport à l’annonce de ces décisions. Pour lui, elles sont le fait d’un opportunisme à la veille de l’anniversaire du Hirak à Alger.

«Démantèlement du système»

Selon lui, c’est une manière pour le gouvernement de donner des gages aux partisans du mouvement afin d’apaiser les foules sans changer le fond de la structure politique algérienne: de l’opium pour le peuple.    

«C’est le dernier sursaut d’un régime à bout de souffle qui essaie toutes les manœuvres pour donner l’illusion qu’il contrôle la situation alors que politiquement, il est désapprouvé par les citoyens. Sur le plan socio-économique, les revendications ne cessent de prendre de l’ampleur au sein de la population», juge-t-il. 

Depuis deux ans, la revendication première du Hirak a toujours été le «démantèlement du système». Sur ce point précis, le directeur de recherche à l’Institut prospective de sécurité Europe (IPSE), Kader Abderrahim, note que le gouvernement n’a pas fait de geste concret par rapport aux revendications de fond du mouvement.    

«Il n’y a pas de main tendue ni de négociations avec les représentants du Hirak. Sur les questions des revendications du mouvement, le Président n’a pas répondu sur le fond, qu’il s’agisse de la liberté de la presse, de l’indépendance de la justice, de la libération des détenus d’opinion. C’est une nouvelle manœuvre pour se maintenir au pouvoir mais je ne suis pas certain que dans la population, il n’y ait pas un rejet encore plus important lundi à l’occasion des grandes manifestations pour l’anniversaire du Hirak», doute-t-il.

Un scepticisme dénoncé par Soufiane Djilali pour qui l’Algérie est «en train d’avancer même si nous ne sommes pas encore sortis de la crise. Des pas importants viennent d’être faits et ceux-ci appellent à plus d’optimisme».       

Des milliers de personnes ont tout de même défilé ce mardi 16 février 2021 dans l’est de l’Algérie à Kherrata, le berceau originel du mouvement du Hirak, malgré l’interdiction de manifester, pour marquer le deuxième anniversaire du soulèvement populaire qui a fait démissionner le Président Abdelaziz Bouteflika.  

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Tags:
Abdelmadjid Tebboune, parlement algérien, Algérie
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