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Sur fond de réchauffement des relations entre Israël et certaines monarchies arabes, les dirigeants des pays concernés négocient actuellement une potentielle alliance militaire pour faire face à l’Iran. Un non-sens total, selon le spécialiste du monde arabe Riadh Sidaoui, pour qui cette «Otan arabe» aurait plutôt tendance à exacerber les tensions.

«Cette alliance va devenir une menace!», tonne au micro de Sputnik Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS), commentant l’idée d’un potentiel «Otan israélo-arabe» prôné par Tel-Aviv face à Téhéran.

«Nous travaillons en vue d’établir une alliance sécuritaire régionale avec les États du Golfe qui ont la même approche qu’Israël sur la question iranienne», déclarait fin février Benny Gantz, ministre israélien de la Défense lors d’un point presse.

«C’est une idée absurde, ça n’aurait aucun sens d’avoir une alliance militaire entre Israël et les monarchies du Golfe, car elle serait contre l’Iran, un voisin musulman des pays du Golfe qui est là depuis des milliers d’années […] L’Iran perçoit cette alliance comme une agression, alors même que Téhéran a répété à maintes reprises que les pays du Golfe sont des voisins et non des ennemis, contrairement à Israël», précise Riadh Sidaoui.

La Middle East Strategic Alliance (MESA) est officiellement présentée comme un organisme permettant de «préserver la paix» dans la région. De facto, elle est destinée à contenir l’Iran et ses alliés régionaux, étatiques ou non. Cette «Otan arabe» en discussion «depuis plusieurs mois», inclurait Israël, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis.

Une alliance pour la guerre ou la paix?

Riadh Sidaoui doute d’ailleurs de la possibilité que cette alliance voie le jour. Malgré les changements observés récemment dans l’architecture de sécurité au Moyen-Orient, avec les reconnaissances arabes d’Israël, une variable essentielle n’a pas changé, selon lui: les opinions publiques arabes sont toujours hostiles à l’État hébreu.

«Je ne pense pas que cette alliance puisse exister. Israël reste l’ennemi des peuples arabes. Il ne faut pas oublier les cinq guerres qui ont opposé Israël et ces peuples. Les peuples des pays arabes, et en particulier ceux des monarchies du Golfe, refusent toujours cette normalisation», rappelle-t-il.

Et ce, même si des normalisations ont eu lieu «à travers des manœuvres politiques entre gouvernants», comme ce fut le cas en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.

Riyad, prisonnier géopolitique de ses lieux saints

De plus, d’après le chercheur, la réalisation de cette alliance risque d’être particulièrement compliquée du fait d’un acteur: l’Arabie saoudite, qui, bien que ne se montrant pas vraiment hostile envers Tel-Aviv, reste sur la réserve, à l’inverse d’Abou Dhabi, notamment.

«Certes, l’Arabie saoudite perçoit son ennemi comme étant l’Iran, mais les relations entre Israël et l’Arabie saoudite sont compliquées, car nécessairement discrètes», souligne le spécialiste de la région.

Celui-ci en veut pour preuve le fait que les médias saoudiens ont démenti une rencontre l’automne dernier entre Mohamed Ben Salmane et Benyamin Netanyahou en Arabie saoudite, alors que le monde entier l’a confirmé. Le Wall Street Journal affirmait d’ailleurs que le Premier ministre israélien était rentré bredouille de cette visite à la fois secrète et historique.

En effet, «le dirigeant du royaume, même s’il ne se fait plus tout jeune, reste hostile à une relation ouvertement normalisée avec Israël. Le roi de l’Arabie saoudite reste “le serviteur des deux mosquées” de Médine et La Mecque», rappelle le directeur du CARAPS. Difficile donc d’imaginer les relations passer de non-existantes officiellement à une alliance militaire.

De ce fait, même pour le jeune MBS, «qui n’a pas connu les guerres israélo-arabes, qui fait partie d’une génération américanisée et qui ne prend pas en considération les tabous idéologiques entre les arabes et Israël», ce projet serait difficile à mener à bien.

D’autant qu’entériner une telle alliance pourrait être un pari mortel pour certaines de ces monarchies. «Les pays qui ont normalisé leurs relations avec Israël n’ont pas consulté leurs peuples et ils ont manœuvré sur la scène internationale sans aucune assise populaire et sociale au sein même de leurs propres populations», insiste Riadh Sidaoui.

Un choix qui pourrait leur coûter très cher, selon le chercheur:

«À mon avis, ces pays n’assurent pas leur sécurité en entrant dans une alliance militaire avec Israël, justement parce que cela se fait contre la volonté de leur propre opinion publique. Ils seront isolés de leur propre population et à un certain moment, ça va se retourner contre eux.»

Preuve de cette réticence populaire, «le Koweït est ce qui se rapproche le plus d’une démocratie dans le Golfe et le Parlement a toujours dit qu’il n’était pas possible que le pays ait une relation normale avec Israël en l’état actuel des choses», ajoute-t-il.

Poids du lobby militaro-industriel dans le Golfe

Le directeur du CARAPS estime donc que ce sont «les marchands d’armes, notamment ceux du complexe militaro-industriel américain, qui ont convaincu les monarchies du Golfe que l’Iran était l’ennemi juré et qu’il voulait les occuper.»

«Ces pays du Golfe sont les vaches à lait du complexe militaro-industriel occidental, mais surtout américain. Pour moi, leur inquiétude est exagérée, l’Iran reste un acteur rationnel sur le plan international, et je ne pense pas qu’il y ait une menace directe de l’Iran vis-à-vis de ces pays du Golfe», juge Riadh Sidaoui.  

D’autant que la nécessité d’une «Otan arabo-israélienne» n’est pas totalement justifiée, car «la coopération entre les services et les armées d’Israël et des pays du Golfe a déjà lieu depuis longtemps, hormis le Koweït», conclut-il.

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Tags:
Israël, Benjamin Netanyahou, Arabie Saoudite, Conseil de coopération du Golfe (CCG), Émirats Arabes Unis, Iran
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