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Quels sont les points forts du vaccin russe Spoutnik V? Est-ce que tous les vaccins se valent? La politique doit-elle se mêler de la médecine? À Paris, un débat suivi par de nombreux internautes a réuni médecins et scientifiques autour du sujet de la vaccination. Un dialogue sans fard ni idées préconçues. Reportage.

Le département de l'information du réseau de télévision américain ABC News publie régulièrement un «palmarès» des vaccins à travers le monde. D’après leur mise à jour du 10 mars dernier, seul le Spoutnik V de l’Institut Gamaleya de recherche en épidémiologie et microbiologie a reçu «une approbation totale».

Lors d’un débat organisé par l’association Dialogue franco-russe, des médecins, des scientifiques et des représentants d’organisations officielles de la santé de France et de Russie ont échangé leurs impressions sur le Spoutnik V ainsi que sur les autres vaccins disponibles sur le marché.

Un des participants, Stéphane de Corbière, médecin à l’Hôpital américain de Neuilly, assure au micro de Sputnik que, «comme le vaccin Spoutnik V utilise un adénovirus d’origine humaine, il semble plus "sympathique"». Mais le praticien appelle à ne pas oublier des points problématiques, notamment, que «la seconde injection utilisant l’adénovirus 5 […] fait diminuer le nombre de lymphocytes T [les «soldats» du système immunitaire humain, ndlr]. D’où l’intérêt également de suivre la présentation du Spoutnik Light.» Spoutnik Light est la version du Spoutnik V injectée en une fois, qui sera destinée, entre autres, à ceux qui ont déjà eu le Covid-19.

Le médecin attire également l’attention sur la simplicité de l’utilisation et de la conservation du vaccin russe, suggérant de comparer «les solvants utilisés» pour l’injection des sérums.

Les vaccins anti-Covid d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson utilisent également l’adénovirus, mais, pour Stéphane de Corbière, la simplicité du geste vaccinal n’est pas une notion superflue:

«Les contraintes d’AstraZeneca sont impossibles. Il faut un frigidaire homologué qui coûte cher. Il faut des sondes qui donnent la température toutes les heures, pour l’envoyer à la mission de santé. C’est un enfer!»

Le praticien français a une longue expérience des vaccins. Il délivre un constat sans appel: «Il faut un vaccin simple. Avec le Spoutnik V, je vois cette simplicité.» Simplicité ne veut pas dire inefficacité. Bien au contraire:

«Spontanément, je suis plus attiré par un vaccin classique, qui peut éventuellement protéger contre l’ensemble des variants, que par quelque chose de trop complexe», souligne Stéphane de Corbière.

Le faible coût du vaccin russe, sa plus grande facilité de transport et de conservation restent des atouts dans la guerre contre le Covid-19. Mais M. Stéphane de Corbière est surtout persuadé que, «dans six mois, tous ses problèmes resteront derrière nous». L’utilisateur pourra alors choisir parmi tous les vaccins.

«Miser sur une alliance apolitique»

Ivana Haluskova Balter est une consultante indépendante en science et en recherche pour la santé. Elle est diplômée en immunologie. Pour elle, «le plus convaincant» reste que la technologie utilisée par l’Institut Gamaleya est utilisée depuis 2014 pour combattre le virus Ebola.

«Ce sont des arguments en faveur du Spoutnik V. Le développement intelligent d’un vaccin 2.0, c’est particulièrement stimulant», souligne Ivana Haluskova Balter.

L’ouverture des scientifiques de l’Institut Gamaleya à la mise en place d’études indépendantes sur l’efficacité du Spoutnik V par les pays qui comptaient l’utiliser, a été mentionnée comme un signe positif lors du débat au Dialogue franco-russe. 

Avec «beaucoup de respect pour le niveau scientifique russe», certains interlocuteurs de Sputnik ont confirmé être «en attente d’un second vaccin, celui de Novossibirsk», c’est-à-dire le vaccin EpiVacCorona.

«Il s’agit non seulement du vaccin, mais d’une stratégie coordonnée et complexe, parce qu’aucun État au monde ne peut faire face seul à la pandémie», lance Ivana Haluskova Balter.

Néanmoins, elle déplore un «inconvénient» qui freine cette coordination: nombre de publications des scientifiques russes ne sont pas traduites. «La langue pose problème, beaucoup de mes collègues français intéressés ne parlent pas russe», souligne la spécialiste. Elle propose de créer «une plateforme en dehors de The Lancet», où les chercheurs pourraient publier leurs travaux.

«Il faut tirer les leçons d’hier pour être prêts demain. Il faut miser sur une alliance apolitique. Il faut avancer ensemble. Créons des liens entre les scientifiques. Renforçons la coopération universitaire. Développons la fabrication des vaccins», prône Mme Haluskova Balter.

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Tags:
obligation vaccinale, vaccination, Spoutnik V, vaccin
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