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La France s’apprêterait à proposer des Rafale à l’Ukraine. Un marché d’une tout autre ampleur que celui qui vient d’être remporté en Grèce. Pourtant, Emmanuel Macron serait confiant. Mais l’Élyséen mesure-t-il vraiment les risques qu’un tel contrat peut impliquer, au-delà du piétinement des plates-bandes de Washington?

L’Ukraine entérine le renouvellement complet de sa flotte de chasse, pour l’heure composée d’avions de combat soviétiques: Mig-29, Su-24, Su-25 et Su-27. 

Selon le site Intelligence Online (IOL), ce plan aurait été entériné par Kiev «dans le plus grand secret». 7,5 milliards d’euros seraient ainsi sur la table, pour une première acquisition de six à douze appareils entre 2023 et 2025 puis d’une trentaine entre 2025 et 2030, précise pour sa part le site Opex360 qui rappelle les grandes lignes du plan «Air Force Vision 2035» adopté par Kiev en mai dernier.

Rafale
© REUTERS / U.S. Air Force/Senior Airman Tyler Woodward
En lice pour prendre la relève des Mig et des Sukhoi: des avions légers, tels que le F-16V de l’Américain Lockheed Martin, mais aussi des appareils multirôles, plus lourds. «Ce qui ouvrirait la compétition au Rafale de Dassault et au FA-18 de Boeing», estime IOL. Selon les sources de ce site spécialisé dans le renseignement, le dossier Rafale serait ainsi «tout en haut» de l’agenda de la prochaine visite d’Emmanuel Macron en Ukraine. Un déplacement initialement prévu fin mars mais reporté.

Marché stratégique pour Washington

«Dans un tel contexte, cela ne me surprend pas que les Rafale se présentent», réagit auprès de Sputnik le général (2S) Dominique Trinquand. Le haut gradé évoque la crise entre l’Ukraine et la Russie dont le complexe industriel fournissait à Kiev son matériel militaire. Pour autant, notre interlocuteur envisage difficilement une issue positive sur le marché ukrainien pour le dernier-né de Dassault Aviations.

«Les Américains vont mettre le paquet. Pour eux, c’est stratégique. Je ne crois pas trop aux chances de la France en Ukraine», confie le général.

Même son de cloche du côté d’Olivier de Maison Rouge, avocat spécialisé en intelligence économique. Pour lui, l’Ukraine demeure un marché hautement stratégique «dominé par les Américains qui directement ou indirectement ont alimenté les conflits diplomatiques locaux» souligne-t-il. «On peut être surpris que la France se positionne», réagit le juriste. 

En effet, au-delà du «camouflet majeur» que constituerait cette volonté ukrainienne de s’équiper à l’Ouest, IOL souligne que les Américains ne vont «pas rester les bras croisés» face à une éventuelle initiative tricolore. Le média rappelle notamment les centaines de millions de dollars que l’Oncle Sam déverse au profit des autorités locales. «De plus, Washington assiste au plus près le complexe de défense ukrainien: de nombreux officiels américains sont ainsi en poste au sein des entités du ministère, comme le conglomérat de défense UkrOboronProm», conclut-t-il. Un entrisme pas destiné à favoriser des intérêts autres que ceux des États-Unis.

Macron optimiste sur les chances françaises

Côté français, on rêve de capitaliser sur les succès obtenus en Grèce. Là-bas, Paris a conclu une vente de Rafale en un temps record et tient la dragée haute à Washington sur un contrat de frégates. 

Mais en Ukraine, aux frontières de la Russie, l’Administration Biden concentre toute son attention. D’ailleurs, IOL et l’avocat d’affaires rappellent les affaires troubles où semble bien avoir trempé le fils de l’actuel occupant du bureau ovale. «On sait qu’il y a des connections très fortes, y compris peut être avec l’Administration Biden», souligne maître de Maison Rouge.

«Comme sur de précédents dossiers d'acquisition d'armements d’un volume comparable (Maroc, Qatar, etc.), les limiers économiques de la DGSE et de la CIA devraient être mobilisés sur ce dossier, tant il revêt un caractère de game changer [il est susceptible de rebattre les cartes, ndlr]. De ce fait, le SVR russe devrait aussi y porter une attention particulière», relate notamment IOL, témoignant de la sensibilité du sujet.

Mais le Président français serait bien plus optimiste dans les chances du Rafale de «s’imposer dans cet ancien bastion de l’industrie russe», d’après le média en ligne, grâce au réseau commercial développé dans le cadre d’autres contrats d’armement passé avec l’Ukraine. L’achat auprès du français Ocea, l’été dernier, de vingt patrouilleurs légers FPB 98, est un des exemples évoqués par le site spécialisé. D’ailleurs, l’Élysée aurait anticipé un obstacle récurrent dans les contrats avec l’Ukraine: le manque de trésorerie de Kiev. Comme le relate Intelligence Online, ce potentiel contrat Rafale devrait être ainsi «presque entièrement garanti (85%) par Paris. Bercy a déjà prévu une enveloppe de 1,5 milliard d’euros pour parer à cette éventualité.»

Antoni Macierewicz
© REUTERS / Agencja Gazeta/Marcin Stepien
Relations avec la Russie: le risque du chantage ukrainien? 

Reste également à mesurer, au-delà des chances de succès, les risques pour Paris de s’engager dans une telle affaire. Les contrats d’armement sont féconds en coups fourrés et autres mauvaises surprises. Le précédent avec la Pologne en 2015 l’atteste douloureusement. À cette époque, Varsovie avait exigé de Paris l’annulation d’un contrat passé avec Moscou et portant sur deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) Mistral, sous peine de rompre un contrat plus important (3,1 milliards d'euros) portant sur cinquante hélicoptères Caracal. Un deal fraîchement remporté par Eurocopter (Airbus hélicoptère). Paris cédera, mais un an plus tard, à l’occasion d’un changement de gouvernement, les autorités polonaises déchireront tout de même le contrat Caracal pour se ruer dans les bras des Américains sans même repasser par un appel d’offres.

Bien que, pour sa part, le général Trinquand ne croie pas à une telle éventualité, l’Ukraine ne pourrait-elle pas à travers le mirage d’une vente de Rafale influer sur la ligne diplomatique de Paris vis-à-vis de Moscou?

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Tags:
Rafale, Ukraine, États-Unis, France
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