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La polémique enfle autour du Spoutnik V. Actuellement examiné par l’Agence européenne des médicaments, le vaccin russe a été la cible de plusieurs responsables politiques européens, et ce, alors même que les doses manquent cruellement au sein de l’UE. Gilbert Collard étrille la gestion «lamentable» de la crise sanitaire par Bruxelles.

«On a un besoin vital de vaccins, on ne les a pas». Auprès de Sputnik, Gilbert Collard, eurodéputé Identité et Démocratie (ID) ne cache pas sa colère face à l’étonnante tournure que prennent les évènements entourant le Spoutnik V, le vaccin anti-Covid russe.

«Les Russes seraient en capacité de fournir des vaccins à 50 millions d’Européens à partir du mois de juin et on attend depuis le 3 mars que l’Agence européenne des médicaments se prononce. […] On fait passer la détestation de la Russie et de Vladimir Poutine avant l’intérêt sanitaire des Européens.»

Si Emmanuel Macron, Angela Merkel et Vladimir Poutine ont abordé le 30 mars les perspectives d’homologation du vaccin, cela ne veut en aucun cas dire que le vaccin russe disposera d’un passe-droit. «Cet examen reposera sur la base des mêmes normes que l’EMA [Agence européenne du médicament, ndlr] applique pour chaque vaccin», maintient l’Élysée. En somme, la France campe sur ses positions: le vaccin russe ne sera commandé que si l’UE donne son aval, même si elle a tout à fait le droit de commander les sérums sans le feu vert de Bruxelles.

«La France, complètement enfumée dans son idéologie anti-Poutine, traîne des pieds alors que l’on manque de vaccins!», regrette l’eurodéputé et avocat.

Face aux retards de l’UE, les États membres s’impatientent

Pourtant, depuis plusieurs semaines, la pression monte. Face à la pénurie de vaccins au sein de l’UE, alors même que la troisième vague touche de plein fouet le Vieux continent, des États membres se tournent vers des alternatives au système d’approvisionnement mis en place par la Commission européenne. La Hongrie a ainsi commandé le vaccin russe en janvier, la République tchèque en février. Certains en perdent même leur poste, comme le Premier ministre slovaque, preuve que, contrairement à ce qu’il affirmait, le vaccin connait bien la géopolitique… à l’inverse du virus. Et pourtant, la Slovaquie profite de son premier lot de vaccin russe Spoutnik V depuis le 1er mars.

Mais la donne pourrait radicalement changer. Angela Merkel annonce depuis plusieurs semaines que Berlin pourrait commander des doses de Spoutnik V, même sans l’aval de Bruxelles. En Autriche aussi, on s’impatiente: les services du chancelier, Sebastian Kurz, ont ainsi annoncé le 30 mars que le pays discutait avec la Russie l’achat d’un million de doses. Le gouvernement autrichien est sous le feu des critiques pour s’en être remis à l’achat commun de vaccins par Bruxelles, causant des retards dans la vaccination de sa population.

«Il ne doit pas y avoir d’œillères géopolitiques concernant les vaccins», a affirmé Sebastian Kurz dans un communiqué. «La seule chose qui doit compter est de savoir si le vaccin est efficace et sûr.»

Le vaccin russe, homologué dans son pays d’origine il y a près de huit mois et diffusé depuis dans 57 pays, n’a toujours pas été approuvé par l’Union européenne. Alors que le Président russe a fait du pied dès le mois de novembre à son homologue tricolore afin que la France (en l’espèce, l’Institut Pasteur) prête main-forte à la production de ce vaccin anti-Covid dont l’efficacité dépasse les 91%, selon la revue scientifique The Lancet, Emmanuel Macron a plusieurs fois décliné.

Pour ses vaccins, la France joue uniquement la carte de l’UE

On se souvient notamment de ses déclarations, dans la foulée de la parution de l’étude de The Lancet, le chef d’État se retranchant derrière l’avis de l’EMA: la France commandera le vaccin russe si l’Union européenne donne son feu vert. Un mois plus tard, ce sera au tour de Bercy de répondre que la France n’a pas les capacités industrielles pour produire Spoutnik V, celles-ci étant «saturées par d’autres vaccins».

En effet, entre-temps les laboratoires de l’Hexagone ont mis leurs moyens de production au service de leurs concurrents dont les vaccins ont été homologués par l’UE pour une production redistribuée équitablement entre les pays de l’Union européenne. En somme, les laboratoires français ne travaillent pas spécialement pour les Français, mais pour tous les Européens.

Plus récemment, Emmanuel Macron a tombé le masque, révélant un second biais idéologique dans son approche de la gestion de la crise. Au-delà de son parti-pris pour une gestion européenne, le locataire de l’Élysée a vivement critiqué Spoutnik V pour ce qu’il est: russe. «Nous sommes face à une guerre mondiale d’un nouveau genre», déclarait-il à l’issue du Conseil européen du 25 mars, dénonçant les «velléités de déstabilisation russes et chinoises d’influence par le vaccin.» Le lendemain, son ministre des Affaires étrangères en rajoutait une couche, accusant le vaccin russe d’être ni plus ni moins qu’un «outil de propagande».

«On va encore commettre une faute, depuis le début on commet des fautes! La bêtise de Le Drian est effarante! Dire qu’un vaccin qui est commandé par de nombreux pays […] est un instrument politique et non pas sanitaire c’est de la bêtise, mais de la bêtise qui est dangereuse!», s’insurge Me Collard.

Quelques jours avant ces déclarations du sommet de l’exécutif et de la diplomatie tricolore, Thierry Breton, Commissaire européen au Marché intérieur, responsable des vaccins, déclarait au JT de TF1 qu’«on n’aura absolument pas besoin de Spoutnik V» en Europe, qualifiant le vaccin russe de «complément». Une dénomination en opposition à celle des vaccins «prioritaires», qui interpelle notre intervenant: pourquoi faire patienter les Européens dans l’espoir d’obtenir des vaccins produits en Europe, alors que d’autres sont disponibles? Une position «intolérable» aux yeux de Gilbert Collard.

Concernant les retards pris par l’Europe dans l’homologation et la vaccination, le Commissaire au Marché intérieur a loué la montée en puissance de la production européenne. «Le 14 juillet, nous avons la possibilité d’atteindre l’immunité au niveau du continent», affirme-t-il, pour prendre une «date symbolique». Depuis, Thierry Breton s’est expliqué, qualifiant le sérum russe de «bon», mais soulignant que s’il était approuvé, il faudrait environ un an, selon lui, pour lancer sa fabrication et que cela ne résoudrait donc pas le «problème qui est le nôtre».

L’UE épinglée pour une mauvaise gestion… qui ne lui incombait pas

Comme le soulignent les médias qui prennent la défense de la stratégie de l’Union européenne, Bruxelles n’a pas totalement échoué, puisqu’elle aurait permis d’éviter la concurrence intraeuropéenne dans l’achat des vaccins.

Maigre consolation, voire raisonnement biaisé, dans la mesure où c’est notamment parce que les doses sont réparties par Bruxelles entre les 27 pays que seule une minorité de personnes ont pour l’heure pu être vaccinées à travers l’Union. En comparaison, des pays ayant fait cavalier seul tels qu’Israël, le Royaume-Uni ou même la Serbie et le Maroc (qui vient de fermer ses liaisons aériennes avec la France pour raisons sanitaires), ont pu largement vacciner leur population. Ce type de situation n’empêche pas ces pays de faire preuve de solidarité, comme en témoignent les Serbes qui maintenant vaccinent à tour de bras leurs voisins.

«Quelle que soit la décision que rendra l’Agence européenne des médicaments, les pays qui voudront acheter Spoutnik V l’achèteront. Les pays qui ne voudront pas l’acheter ne l’achèteront pas. Cela fera, une fois de plus, une division au sein de l’Union européenne», assène Gilbert Collard.

En effet, si aujourd’hui les Européens se disputent autour du sort de Spoutnik V, comme en témoignent les échanges tendus au sein du Parlement européen, ce cas de figure était évitable. La santé publique est un domaine qui relève de la compétence des États membres. En somme, en cas de crise sanitaire comme celle que le monde traverse actuellement, Bruxelles doit laisser les mains libres aux États membres pour qu’ils appliquent la politique qui leur semble la plus adaptée. Pour l’eurodéputé, l’UE s’est ainsi octroyé des prérogatives au détriment des citoyens européens.

«L’Union européenne devrait être au banc des accusés. Elle s’arroge des pouvoirs qu’elle n’a pas, elle a géré l’épidémie d’une manière lamentable. Elle n’a même pas introduit dans les contrats des clauses de pénalité en cas de retard. 30% de la production de vaccins à l’intérieur de l’UE part à l’étranger. C’est une véritable débâcle!»

Bref, et si le vaccin russe, accusé de semer la «zizanie» au sein des Européens, n’était finalement que le cache-sexe idéal pour les manquements de l’Union européenne?

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vaccin, Union européenne (UE)
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