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Le gouvernement yéménite soutenu par Riyad a présenté aux Nations unies un rapport dénonçant les accointances entre les rebelles Houthis et les djihadistes de Daech* et d’Al-Qaïda*. Une connivence qui n’est pas infondée, mais que Mohamed Ben Salmane survend pour justifier son action militaire, expliquent plusieurs experts au micro de Sputnik.

Les combattants Houthis, soutenus par l’Iran, de mèche avec les djihadistes d’Al-Qaïda* et de Daech* au Yémen? C’est en tout cas l’argument avancé par le gouvernement yéménite dans un rapport de 23 pages remis ce 31 mars à Linda Thomas-Greenfield, la représentante permanente des États-Unis auprès de l’ONU et alors présidente du Conseil de sécurité de l’institution.

Des dizaines de djihadistes auraient été libérés de prison par les Houthis et auraient rejoint les milices qui attaquent les zones contrôlées par le gouvernement, principalement dans la province de Marib. D’après ce rapport toujours, les militants d’Al-Qaïda* et de Daech* auraient reçu de faux documents et auraient été envoyés dans les territoires contrôlés par le gouvernement pour y recruter des combattants.

Mais pour Roland Lombardi, historien et analyste des problématiques géopolitiques liées au Moyen-Orient contacté par Sputnik, la remise de ce texte n’est pas dénuée de portée stratégique:

«Le prince héritier saoudien, dirigeant effectif du royaume, est en mauvais termes avec Washington. Sa guerre au Yémen est critiquée et il doit redorer son blason. Certes, les rumeurs d’accointances entre Al-Qaïda* et les Houthis ne sont pas infondées, mais les exagérer est le seul moyen que Mohamed Ben Salmane ait trouvé pour légitimer son action. Le terme Al-Qaïda*, ça interpelle toutes les administrations américaines et surtout les Démocrates», avance-t-il.  

Ainsi ce rapport serait-il avant tout «une opération de communication».

Les Houthis retirés de la liste américaine des organisations terroristes

Il n’y a toutefois pas de fumée sans feu et Gérard Vespierre, directeur de recherche à la Fondation d’études pour le Moyen-Orient (FEMO), comprend l’accusation yéméno-saoudienne à la lumière des dynamiques idéologiques et stratégiques régionales:   

«À partir du moment où les Houthis et Al-Qaïda* ont un ennemi commun –à savoir la coalition saoudienne et par conséquent les États-Unis–, il y a une cohérence pour que les deux mouvements aient des accords. Concernant Daech*, la donne est différente. Il y a une radicalité idéologique entre Daech* et l’Iran», précise-t-il au micro de Sputnik.

Un point de vue que partage Roland Lombardi: «Cette connivence entre certains alliés iraniens et Al-Qaïda*, c’est un secret de polichinelle et par ailleurs, elle reste ponctuelle et pragmatique. Sur le fond, ils demeurent des adversaires

Comme preuves de cette connivence, le rapport transmis à l’Onu par le gouvernement du Président Hadi fournit des témoignages de membres d’Al-Qaïda* capturés par les forces de l’armée nationale du Yémen alors qu’ils combattaient aux côtés de la milice Houthi. Le texte n’ayant pas été présenté au public, il n’existe cependant pas, à l’heure actuelle, d’attestation publique et tangible de cette information.

Yémen : face aux incursions étrangères, les rebelles houthis tiennent plusieurs lieux stratégiques
© Sputnik . Louis Doutrebente
Yémen : face aux incursions étrangères, les rebelles houthis tiennent plusieurs lieux stratégiques

En revanche, des preuves concrètes d’affrontements intenses entre les Houthis et Al-Qaïda* dans la péninsule arabique (AQPA) existent et ce, depuis 2015. Les combats ont tellement fait rage entre les deux entités que certains médias se sont même inquiétés que le conflit yéménite ne dégénère en conflit entre sunnites et chiites, sur fond de guerre entre Houthis et Al-Qaïda*.   

Hadi et ses soutiens en difficulté sur le plan militaire

Comment expliquer la chronologie de la parution de ce rapport? L’Arabie saoudite et son allié gouvernemental yéménite sont en difficulté sur le plan militaire. Cette réalité stratégique a d’ailleurs poussé Riyad à proposer un cessez-le-feu dont il savait pertinemment qu’il serait refusé par les Houthis.

Une position fragile, exemplifiée par la défaite qu’a essuyée mi-mars la coalition menée par l’Arabie saoudite sur le mont Hilan. Une position clé dans le conflit: «Le sommet stratégique du Hilan donne directement sur les camps militaires de Mareb», explique ainsi Fayçal Jalloul chercheur à l’Académie de géopolitique de Paris, à Sputnik. «Les Houthis peuvent voir sans jumelles les mouvements des troupes pro-saoudiennes et peuvent les attaquer directement. La prise de ce sommet annonce la chute prochaine de Mareb. Si Mareb tombe, le conflit prend une tournure radicalement différente», ajoute-t-il.     

Fragilisée par une guerre qu’elle ne gagne pas, qui est critiquée par la communauté internationale et les États-Unis en premier lieu, la coalition saoudienne est désormais contrainte de renforcer la légitimité de son action.  

D’autant que les Houthis ont récemment été retirés de la liste des organisations terroristes, ce qui a grandement contrarié le gouvernement yéménite de Hadi et Riyad. Un rapport aux allures d’opération séduction donc, aussi cruciale pour Riyad qu’une intervention militaire.

Guerre au Yémen: le conflit en chiffres
© Sputnik
Guerre au Yémen: le conflit en chiffres

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
Mohamed Ben Salmane, Arabie Saoudite, Houthis, Yémen
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