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Les États-Unis adoptent des sanctions contre Nord Stream 2 (133)
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Angela Merkel a dit «oui» au projet gazier Nord Stream 2. Pour Catherine Locatelli, spécialiste des industries pétrolière et gazière, la position constante de la chancelière allemande sur ce gazoduc est un gage de la sécurité gazière de l’UE et un barrage aux tentatives américaines de conquérir ce marché.

L’Allemagne s’est prononcée en faveur de Nord Stream 2, malgré l’opposition d’autres pays de l’UE. Lors d’une séance de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Angela Merkel a soutenu que les livraisons via ce gazoduc ne différaient pas du «gaz qui vient de Russie via l’Ukraine ou la Turquie». Elle a tout de même reconnu qu’une «lutte politique se poursuit autour du projet, beaucoup plus large que la simple question de l’approvisionnement en gaz».

La position commune des membres de l’UE est exprimée dans la directive gaz actualisée, qui est entrée en vigueur en mai 2019. Aux termes de ce document, le pays européen par lequel passe le gazoduc offshore détermine lui-même si les dispositions du troisième paquet énergie lui sont applicables.

Approuvant la poursuite de la construction du Nord Stream 2 Angela Merkel «reste dans une posture très économique et pas du tout géopolitique», estime Catherine Locatelli, chargée de recherche au CNRS et spécialiste des industries pétrolière et gazière.

«Il est clair que l’Europe a besoin de gaz. Je suis d’accord avec elle [Merkel, ndlr] que ce gaz n’est pas différent de celui qui passe par l’Ukraine et que cela va contribuer à apporter une sécurité gazière en Union européenne», indique la chercheuse au micro de Sputnik.

La position de l’Allemagne n’a pas changé depuis le début : ne pas faire du gaz une arme géopolitique. Et même s’il est clair que «l’Allemagne, voulant sortir du charbon et du nucléaire, a besoin du gaz», notre interlocutrice trouve que «cette configuration est plutôt favorable à l’Union européenne».

«[La chancelière allemande, ndlr] reconnaît l’importance des réserves russes et les bas coûts des productions gazières en Russie ainsi que la proximité du marché. Ce qui l’intéresse, c’est la sûreté d’approvisionnement et la concurrence par rapport à d’autres sources», souligne la chercheuse.

«D’autres sources» –c’est notamment le gaz naturel liquéfié (GNL) américain qui cherche à conquérir le marché européen.

Une «réponse politique» aux États-Unis?

Fin 2019, Washington a imposé des sanctions contre les compagnies participant à la construction du Nord Stream 2. Cela a poussé le suisse Allseas à clôturer sa collaboration au projet. Les travaux ont repris un an plus tard. En décembre 2020, Nord Stream 2 AG a continué le chantier à l’aide du navire poseur de canalisations Fortuna.

Mais, d’après Mme Locatelli, «l’Allemagne est en position de force sur le plan économique» pour imposer sa vision des choses: «On voit l’intention de Merkel de rester dans la logique économique plus que dans la logique des sanctions à l’égard de la Russie.»

En outre, Catherine Locatelli voit dans la déclaration d’Angela Merkel «une réponse aux États-Unis qui, sous prétexte de sécuriser l’approvisionnement gazier de l’Union européenne, émettent des sanctions». Un lot de sévères restrictions à l’encontre des navires participant à l’achèvement du pipeline a été voté par le Congrès américain en janvier 2021 pour entraîner l’arrêt du chantier du Nord Stream 2. 

«Les États-Unis ont le même comportement vis-à-vis du Nord Stream 2 que vis-à-vis du secteur pétrolier iranien. C’est dans ce sens que c’est aussi une «réponse politique» pour Angela Merkel: ce n’est pas aux États-Unis de décider de la sécurité gazière de l’Union européenne», souligne Catherine Locatelli.

Malgré les sanctions, l’opérateur du projet, Nord Stream 2 AG, a annoncé le 1er avril dernier avoir posé 2.339 kilomètres de tubes sur un total de 2.460, soit 95% du gazoduc. 

 

Dossier:
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Tags:
Union européenne (UE), Allemagne, gazoduc, gaz, Nord Stream
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