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Une délégation ministérielle algérienne s’est rendue en Libye ce 19 avril. Plusieurs dossiers bilatéraux ainsi que la rivalité qui oppose la Maroc et l’Algérie rendent la question libyenne brûlante pour Alger. Analyse avec le géopolitologue Yahia Zoubir.

«Il y a près de mille kilomètres de frontière commune entre les deux pays. Côté libyen, de dangereux groupes djihadistes circulent dans cette zone frontalière. Pour l’Algérie, c’est impératif de la sécuriser», explique Yahia Zoubir, professeur en relations internationales à la Kedge Business School et spécialiste du Grand Maghreb.

Ainsi, pour la seconde fois de l’année, mais pour la première fois depuis qu’un gouvernement unifié dirige la Libye, Sabri Boukadoum, le ministre algérien des Affaires étrangères, s’est rendu en Libye ce 19 avril. Cette fois accompagné de son collègue de l’Intérieur.  

«La réunion, qui s'est tenue dans le bureau du Premier ministre, a porté sur le renforcement de la coordination et de la consultation politique sur diverses questions d'intérêt commun», indique un communiqué publié par le bureau du Premier ministre libyen.

Les deux parties sont convenues «de poursuivre la coordination et les consultations sur la lutte contre les menaces à la sécurité dans la région, telles que le terrorisme, le crime organisé transnational, le trafic de drogue, le commerce des armes et l'immigration illégale», précise le communiqué.

Impératif sécuritaire

La question de l’unité de l’État libyen désormais réglée, au moins temporairement, Alger souhaite désormais avancer sur ce dossier sécuritaire. Une priorité pour l’Algérie depuis 2011:

«Depuis 2011, Alger s’était opposé à l’intervention de l’Otan dans le pays. Non pas par amitié pour Mouammar Kadhafi, mais par souci sécuritaire de voir la région s’embraser. Ce qu’il s’est finalement passé avec l’éclatement de la Libye et du Mali», rappelle Yahia Zoubir.  

Cette menace s’est matérialisée en 2013 lors de la prise d'otages de Tiguentourine en Algérie, rappelle-t-il également. Lors de cet épisode sanglant, un commando djihadiste d’Al-Qaïda* au Maghreb islamique (AQMI) venu de Libye avait attaqué l’immense site gazier d'In Amenas, dans le Sahara algérien. Durant cette prise d'otages de trois jours, menée en représailles à l'intervention française au Mali, quarante employés ont péri ainsi que vingt-neuf assaillants.

«Depuis, l’Algérie a été obligée de mobiliser d’importantes ressources, aussi bien matérielles qu’humaines pour assurer la sécurité de ses frontières sud et est», ajoute notre interlocuteur.

Selon lui, «cette question sécuritaire est même tellement importante que l’Algérie s’était proposée de former l’armée et la police libyennes

Avec le nouveau gouvernement libyen unifié, «Alger espère avoir un partenaire crédible de l’autre côté de la frontière», pour lui retirer un poids important des épaules. Et ainsi, «permettre à Alger d’utiliser les ressources allouées à la protection de la frontière à des fins qui contribuent plus directement au développement de l’Algérie», explique le spécialiste du Maghreb.

Les investissements algériens appelés à se développer

D’autant que l’Algérie ne s’occupe pas que de sa propre protection:

«Au-delà de sa propre frontière, l’Algérie doit aussi assurer indirectement la protection de la Tunisie. Alger aide de nombreuses manières la Tunisie», affirme notre interlocuteur.

D’après lui, Alger voudrait ainsi avancer avec les nouveaux dirigeants libyens pour construire une relation qui ne coûte pas des millions de dollars aux deux pays, mais leur en rapporterait. C’est aussi l’un des objets de la visite de Sabri Boukadoum: préparer la future coopération économique entre l’Algérie et la Libye pacifiée.

«L’Algérie a également des intérêts économiques en Libye. La Sonatrach, la plus grande entreprise pétrolière algérienne, a des investissements en Libye.»

À plusieurs reprises lors de l’année 2020, des rencontres et des forums d’affaires bilatéraux ont préparé cet avenir économique commun. Alger a proposé son aide économique à la Libye dans différents secteurs. Notamment l’électricité.

Rivalité Algérie-Maroc sur le dossier libyen

L’Algérie, dans ses efforts de peser sur le dossier libyen, doit toutefois faire face à un concurrent: le Maroc. Depuis le début de la crise libyenne, les deux pays jouent des coudes pour apporter des solutions politiques et économiques à la Libye.

«Le Maroc est loin de la Libye. S’il s’implique sur ce dossier, c’est aussi pour montrer qu’il est un acteur important dans la région. En invitant des officiels libyens et en s’imposant en acteur régional, le Maroc essaye aussi de contrecarrer la diplomatie algérienne», analyse Yahia Zoubir.  

Rabat ne voudrait donc pas laisser à l’Algérie le monopole de la résolution des conflits. Ainsi, parallèlement aux efforts algériens de facilitation d’un processus politique, le Maroc tente de contribuer à cette réconciliation. Les deux voisins maghrébins agissent chacun de son côté. Sans la moindre concertation.

Pour rappel, les deux pays s’affrontent toujours à propos de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Leurs bisbilles portent aussi sur la normalisation des relations des pays arabes avec Israël. Alger voulant voir Rabat en rabattre sur ces deux sujets.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
Abdelmadjid Tebboune, Maroc, crise libyenne, Algérie, Libye
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