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Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, s’est rendu au Vatican le 22 avril pour rencontrer le pape François et organiser la future visite pontificale au Liban. Au-delà de la symbolique de ce déplacement, le souverain pontife pourrait également apporter sa médiation dans un pays au bord de l’implosion, estime Jean-Baptiste Noé, géopolitologue.

L’émissaire Hariri continue sa tournée. Après sa visite en France, en Égypte, en Turquie, au Qatar et en Russie, le voilà au Vatican. Le Premier ministre désigné du Liban a rendu visite au pape François ce 22 avril. La rencontre est censée préparer la future venue du souverain pontife au Liban. En décembre dernier déjà, dans son message pour Noël, le saint-père avait déclaré vouloir se déplacer au pays du Cèdre «dès que possible». Le 8 mars, au retour de son voyage historique en Irak, il avait confirmé son dessein: «Le patriarche Raï m’a demandé de faire une halte à Beyrouth au cours de ce voyage, mais cela m’a semblé peu. Une “miette” face à un problème, face à un pays qui souffre comme le Liban», a-t-il déclaré avant d’ajouter: «Je lui ai promis de faire un voyage.»

Le Vatican a les yeux rivés sur l’Orient

Depuis cette annonce, les regards des Libanais sont tournés vers le Vatican. Face à l’effondrement économique, le pays est littéralement à l’agonie. De ce fait, une probable visite du pape redonnerait un espoir aux chrétiens du pays.

«Le Liban est un dossier très suivi par le pape. Indépendamment de la communauté chrétienne résidant sur place, le Levant intéresse le Vatican pour sa place géographique stratégique, mais également pour son rapport avec l’Islam», explique Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue Conflits et auteur de Géopolitique du Vatican (éd. Puf). «Au Vatican, il y a un dicastère [l’équivalent d’un ministère, ndlr.] consacré aux chrétiens d’Orient», ajoute-t-il au micro de Sputnik.

La relation particulière du Vatican avec le Liban ne fait donc guère de doute. Jean-Paul II s’était rendu sur place en 1997. Lors de cette visite, il avait déclaré dans un lettre apostolique: «Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message.» Son successeur, Benoît XVI, avait également fait le déplacement au pays du Cèdre en 2012.

Les Libanais attendent beaucoup de la visite papale. Jean-Baptiste Noé le rappelle: «Un déplacement diplomatique, c’est un symbole, il y a une image forte.» Il est vrai, la venue de François en Irak en mars dernier avait été couronnée de succès. Voir le chef de l’Église catholique se rendre dans un pays meurtri par quarante années de conflits et y rencontrer des officiels de toutes les communautés a été un symbole fort. La rencontre avec l’ayatollah al-Sistani, principal leader chiite du pays, avait été suivie et commentée par tous les médias internationaux. «Chaque fois que le pape se déplace, il y a un message», insiste Jean Baptiste Noé.

«La visite du pape pourrait être une très bonne chose. Il y aura une médiatisation internationale du problème libanais. Cela montrera aux yeux du monde que le pays va mal. Mais il y a aussi un aspect positif sur le moral du peuple et la communion du pays», souligne l’essayiste.

Le pape rencontrera toutes les communautés au Liban

En effet «si le Pape se déplace au Liban, cela se fera à la seule condition qu’il puisse rencontrer les dirigeants des autres communautés religieuses», précise notre interlocuteur. Dans ce pays multiconfessionnel, les principales communautés sont les maronites, les sunnites, les chiites ainsi que les druzes. L’héritier de saint Pierre pourrait ainsi inciter les divers camps à mettre de côté leurs divergences:

«Le pape n’a pas vocation à s’ingérer dans les affaires internes d’un pays. Mais, et c’est là son importance, il peut fédérer. En rencontrant tous les officiels, il va sans nul doute promouvoir un message de paix et de cohésion dans le pays. En se plaçant au-dessus de la mêlée et des discordes internes, le pape peut jouer de son autorité et de sa médiation pour influer sur certains dossiers», estime Jean-Baptiste Noé

Cependant, le rédacteur en chef de Conflits tient à éviter tout excès d’optimisme: «La visite est une chose importante, mais ça ne va rien résoudre pour autant… L’impact est limité dans le temps.» En définitive, «croire que que le souverain pontife pourra changer radicalement les choses est un leurre». A minima, le voyage du pape aura quand même des répercussions immédiates sur le terrain: «Le Vatican dispose de plusieurs ONG qui pourront faire des dons de vêtements, de médicaments, de nourriture…»

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Pape François, Saad Hariri, Liban
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