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Les géants de la Tech auront bien profité de la crise. En témoignent leurs derniers résultats financiers qui attestent d’une emprise toujours plus poussée sur l’économie. Pour Pedro Guanaes, du mouvement République souveraine, l’heure est venue pour l’État de ne plus leur abandonner ses services publics.

La pandémie a du bon pour certains, dont l’embonpoint se remarque. Un doux euphémisme pour qualifier les 88 milliards de dollars de bénéfices engrangés par Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (les Gafam) pour le premier trimestre de l’année 2021. On apprend également –dans les résultats publiés fin avril par ces mastodontes du numérique– qu’ils accumulent 316 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur cette même période. Une envolée déjà amorcée avec l’année 2020 et la crise du Covid-19.

​La fermeture des commerces et la digitalisation forcée de l’économie ont accéléré le développement des services de ces géants de la Tech. Bien sûr, cette transformation numérique ne date pas d’hier, mais elle produit aujourd’hui des effets pernicieux. Notamment pour les États dépossédés d’une partie de leurs activités souveraines. «Dès lors que l’on crée des monopoles d’intérêts, il est très compliqué ensuite de s’en défaire», prévient au micro de Sputnik le responsable numérique du mouvement République souveraine Pedro Guanaes.

L’échappée d’Amazon

Parmi les géants de la Silicon Valley, Amazon tire le mieux son épingle du jeu en triplant son bénéfice net pour la période de janvier à mars. Le groupe a ainsi embauché près de 500.000 personnes sur l’année 2020. De quoi peser de son poids dans les négociations à destination des Gafam. En France, le mastodonte tisse sa toile –d’autant plus facilement dans un pays exsangue économiquement en raison de la crise du Covid– en multipliant la création de CDI sur tout le territoire. Pour Pedro Guanaes, parmi ces géants du numérique, Amazon tient une position de premier choix en ce qu’il «n’est pas qu’un cybermarchand», mais fournit «des services logistiques stratégiques». 

«Pour la livraison, par exemple, l’entreprise est plus puissante et plus performante que certains opérateurs étatiques, et en particulier La Poste, évidemment en raison d’une politique de compression des coûts. Cela en fait par endroits un opérateur public de droit privé!», s’inquiète le spécialiste en question de souveraineté numérique. 

De quoi rivaliser avec les services de l’État, jusqu’au plan politique. Dès 2017, le Danemark n’annonçait-il pas sa volonté de créer un poste d’ambassadeur auprès des Gafam, offrant de facto une reconnaissance et donc une puissance diplomatique à ces grands groupes? Grâce notamment à un travail de lobbying efficace financé à coups de milliards. En 2018, Google, Amazon et Facebook ont augmenté leurs budgets de lobbying de 13% par rapport à 2017 pour atteindre la somme de 48 millions d’euros dépensés sur l’année.

«Aujourd’hui, il suffit de regarder ce que les dix premières sociétés de Tech dépensent en Recherche et Développement dans le monde et de comparer ce montant à ce que budgétisent les États. Et vous verrez que les Gafam déboursent bien plus, par exemple, que la France», rappelle Pedro Guanaes.

Au point qu’aujourd’hui, la capitalisation boursière de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft rend dépendante toute l’économie américaine. Dans un pays comme les États-Unis, qui finance ses déficits ou ses retraites par la Bourse, les 7.300 milliards d’euros cumulés des Gafam représentent une puissance systémique capable de mettre à genoux le pays en cas de défaillance. «Ce poids leur permet de peser politiquement et de dialoguer à l’égal de nations!», abonde Pedro Guanaes. Et ce dernier de rappeler que «Facebook dispose d’une cour suprême pour évaluer, par exemple, le bannissement de Donald Trump du réseau. Ils ont quasiment créé une espèce de paralégalisme!».

​Le conseil de surveillance du réseau social, surnommé la «cour suprême» de Facebook, a été mis en place par Mark Zuckerberg en 2020. La composition de son comité d’experts a fait plus d’une fois polémique, en raison notamment de l’orientation politique de ces «juges». Donald Trump avait ainsi dénoncé la présence de Pamela Karlan, professeur de droit impliquée dans le premier procès en destitution mené contre l’ancien Président.

Demain, la grande nationalisation?

Parmi ces secteurs stratégiques dans lesquels s’impliquent les Gafam, on trouve celui de la circulation de l’information.

On se souvient en effet qu’au lendemain des événements du Capitole, le compte Twitter de Donald Trump avait été supprimé. Ce qui l’a récemment poussé à créer sa propre plateforme. Il est néanmoins peu probable que celle-ci lui permette d’atteindre le même niveau d’influence. Le Président sortant était aussi présent sur le portail Parler, mis dans la foulée hors service par la décision d’Amazon de couper l’accès du réseau social à ses serveurs. Coup sur coup, YouTube fermait également la chaîne de l’ancien Président.

De quoi révéler l’hyperpuissance des monstres enfantés par la Silicon Valley? Pour Pedro Guanaes, il convient de faire le tri dans les activités numériques occupées par les Gafam.

«Facebook est l’un des plus faibles de la bande car son modèle économique ne repose que sur la vente de publicité. Il y a eu des dizaines d’exemples de sociétés portées aux nues, comme MySpace, qui ont disparu en un claquement de doigts. De même, Apple, malgré ses chiffres records, reste encore un vendeur de hardware, de matériel informatique. Il demeure un fabricant et n’a pas à être régi par l’État. Il n’y a pas vraiment de substitution de service public dans ses activités», précise notre interlocuteur. 

Le constat n’est pas identique pour Google qui monopolise actuellement à lui seul plus de 90% des recherches sur Internet dans le monde. Pour être distribué et accessible sur le continent numérique, passer par ce mastodonte est quasi inévitable. «La plupart des États ont des journaux officiels ou des services d’archivage gérés par Google aujourd’hui», ajoute Pedro Guanaes pour qui le fait que Gmail soit devenu «le système hégémonique de messagerie» a de lourdes implications.

«Gmail, ce n’est rien de plus que votre boîte aux lettres numérisée. Or cette gestion relevait jusqu’ici du service public de l’État. En l’abandonnant par facilité, nous perdons jusqu’à la maîtrise de notre propre courrier menacée, par exemple, par une panne mondiale», ajoute Pedro Guanaes.

De quoi poser, selon notre interlocuteur, de gros soucis de «souveraineté numérique» et la nécessité d’envisager la question d’une «nationalisation», ou tout au moins d’un «contrôle de l’État». Par le passé, les États-Unis, au moyen du Congrès, étaient déjà intervenus pour démanteler de grandes firmes devenues omnipotentes en ayant recours aux célèbres lois antitrusts. Ce que préconise aujourd’hui la commission antitrust à la Chambre des représentants outre-Atlantique. L’idée d’une taxe Gafam fait aussi son chemin et a récemment été relancée avec l’élection de Joe Biden.

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GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), dictature, souveraineté
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