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Escalade des tensions entre Israël et Palestine – mai 2021 (70)
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Alors que le conflit fait rage entre le Hamas et Tsahal, les États-Unis s’apprêteraient à vendre des armes à Israël. Malgré la prudence de Joe Biden, Washington réaffirme son soutien à l’État hébreu. De leur côté, les Palestiniens peuvent compter sur des soutiens militaires et financiers, principalement d’Iran, estime Dominique Vidal.

Washington jette de l’huile sur le feu israélo-palestinien. La nouvelle Administration de Joe Biden a approuvé le 17 mai la vente de 735 millions de dollars d’armes de guidage à précision à l’armée israélienne. Malgré l’intensité des bombardements et les pertes humaines à Gaza, le Congrès américain ne devrait probablement pas s’y opposer. D’abord discret sur les évènements au Proche-Orient, le nouveau locataire de la Maison Blanche a réaffirmé «son ferme soutien au droit d’Israël de se défendre contre les attaques à la roquette du Hamas et d’autres groupes terroristes à Gaza».

Pourtant, les deux alliés historiques semblaient en froid depuis l’arrivée du Président démocrate. Israël reprochait aux États-Unis leur volonté d’apaisement avec l’Iran. Ce sont maintenant les craintes de Jérusalem qui devraient être apaisées par cette vente d’armes, qui advient en pleine explosion de violences. L’alliance israélo-américaine «n’a absolument pas changé», juge d’ailleurs le journaliste Dominique Vidal, historien spécialiste du conflit israélo-palestinien et coauteur de l’ouvrage «Le Moyen-Orient et le Monde» (Ed. La Découverte).

«L’Administration américaine est focalisée sur la Chine. Joe Biden n’avait pas envie de se mêler à ce conflit. Mais comme à chaque fois dans l’histoire récente, dès que ça chauffe sur le terrain, les Américains réaffirment leur soutien inconditionnel à Israël, et ce, malgré les dernières inflexions», souligne-t-il au micro de Sputnik.

En effet, Biden n’est pas Trump. Le nouveau Président avait repris l’aide financière à l’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens (Unrwa), supprimée par son prédécesseur. Washington devrait également verser 75 millions de dollars pour le développement des infrastructures en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et 10 millions pour soutenir le processus de paix. Le secrétaire d’État Antony Blinken avait déclaré en avril dernier que cette aide était «cruciale à ceux qui en ont besoin» et favoriserait «le développement économique et soutient le dialogue israélo-palestinien, la coordination de la sécurité et la stabilité.» Ainsi Biden espérait-il renouer avec une politique de dialogue et de négociations entre les deux parties. Avant, l’explosion des tensions, le Président américain s’était contenté de rappeler l’objectif «d’une solution viable à deux États»

Pourtant, rien n’y fait: «quand ça se complique sur le terrain, la position reste la même y compris sous Obama,» résume l’historien.

Une situation aux airs de déjà-vu: malgré ses relations tendues avec Benyamin Netanyahou en raison de sa volonté de nouer des liens avec l’Iran, Barack Obama avait décidé en 2016 contre tout attente d’augmenter l’aide militaire allouée à Israël, passant de 3,1 milliards de dollars à 3,8milliards de dollars annuel.

Israël est dépendant des États-Unis

Une alliance inébranlable donc. Aux États-Unis, l’influence du lobby israélien AIPAC (American Israeli Public Affairs Committee) est un fait admis. Depuis sa création en 1963, ce groupe de pression contribue décisivement à assurer le soutien des autorités américaines envers l’État hébreu. Une influence qui a aussi pour conséquence de faire des ennemis d’Israël ceux des États-Unis. Entre autres, l’Iran, le Hezbollah, le gouvernement syrien, ainsi que les groupes armés palestiniens.

Une influence qui s’appuie aussi sur les «évangélistes chrétiens,» rappelle Dominique Vidal, rattachant de fait les élus républicains à la cause israélienne. A ce propos, le chef de l’église américaine John Hagee a appelé le 12 mai les juifs et les chrétiens à s’unir pour soutenir Israël contre les «terroristes du Hamas». Même si au sein du parti démocrate les langues se délient, les critiques à l’égard de Tel-Aviv restent «tout de même marginales », estime Dominique Vidal.

Très prosaïquement, le soutien américain s’avère indispensable pour Tsahal: «Les États-Unis fournissent de nouvelles armes. Les avions israéliens ne sont pas de fabrication 100% israélienne et pareil pour les bombes. Il y a une dépendance au partenariat américain, c’est évident,» résume notre interlocuteur.

Plus de 3000 roquettes sur Israël

Cela dit, les combattants palestiniens ne semblent pas non plus démunis. Et pour cause: «il y a des armes en circulation, il y a un trafic d’arme très important au Moyen-Orient,» explique Dominique Vidal. Malgré, la différence de taille entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens, le Hamas, et sa branche armée les brigades Al-Qassam, ainsi que le Jihad islamique palestinien disposeraient d’un arsenal militaire considérable. De plus, depuis 2007 et la victoire du Hamas aux élections, Gaza vivrait en quasi-autarcie. Les gouvernements israéliens et égyptiens ont imposé un blocus terrestre et maritime. Mais cela n'empêche pas les Gazaouies de mener des attaques contre l'État hébreu. En effet, depuis le 10 mai, les combattants de l’enclave palestinienne ont lancé plus de 3.000 roquettes, soit l’équivalent de 375 roquettes par jour. Selon Tsahal, Israël fait face au rythme le plus élevé de projectiles tirés sur son sol depuis la guerre contre le Hezbollah en juillet 2006.. Et la provenance des armes ne fait guère de doute selon Dominique Vidal:

«Toutes les puissances qui veulent nuire à Israël soutiennent le Hamas. Les armes proviennent majoritairement d’Iran, certainement de Turquie également,» avance-t-il avant de soulever davantage de doutes: «On connaît très peu le rôle de l’Égypte qui parle à tous les acteurs sur le terrain».

Leur financement serait quant à lui d’origine qatarie… « avec l’aval d’Israël» souligne notre interlocuteur. En effet, le petit émirat verserait environ 30 millions de dollars par mois pour aider à la reconstruction de Gaza depuis 2018. Un versement qui a été rendu possible avec l’accord tacite de Tel-Aviv. «Parmi ces millions reçus à Gaza, bien évidemment que le Hamas s’en sert pour moderniser son armement,» explique le spécialiste du conflit israélo-palestinien.

«La cause palestinienne n’est pas secondaire. Il y a une solidarité qui se manifeste dans tout le monde arabe et ça dépasse de loin le cadre islamiste du Hamas. Netanyahou a la force militaire de son côté, mais il a permis de fédérer contre lui, de Gaza à la Cisjordanie en passant par les rues des capitales arabes. La Palestine reste centrale dans le débat régional» conclut-il.

Pas étonnant du coup que la cause palestinienne soit récupérée par plusieurs puissances régionales.

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