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Enfin! Les négociations sur le nucléaire avancent un grand pas. On évoquerait même la signature d’un accord prochainement. Pourtant Américains et Iraniens semblaient ne pas vouloir bouger d’un iota sur leurs exigences. Mais pour Marc Martinez, spécialiste de l’Iran, c’est en partie le résultat d’un réajustement de la politique étrangère de Téhéran.

L’Iran se prépare à la levée des sanctions. Hassan Rohani a déclaré ce 20 mai que les puissances occidentales acceptaient de lever les restrictions économiques. Et ce n’était pas trop tôt. Après plusieurs mois de négociations, un futur accord sur le nucléaire iranien semble être sur la table. Les différents partis ont bouclé la quatrième session des pourparlers le 19 mai avec optimisme et satisfaction en attendant la cinquième session la semaine prochaine.

«La donne est différente de la dernière fois où nous nous étions quittés. Nous avons bien avancé, un accord prend forme», ont déclaré les diplomates français, anglais et allemands présents à Vienne cette semaine.

La diplomatie russe a quant à elle évoqué «des progrès significatifs dans la résolution des questions liées au retour des États-Unis à leurs obligations dans le cadre du JCPOA».

Prochains pourparlers pleins de promesses

Côté iranien, l’enthousiasme est également de mise. Le Président Rohani s’est félicité à la télévision nationale en affirmant: «Nous avons franchi une étape déterminante et discuté des détails. Le contrat principal a été atteint.» Toutefois, une seule inconnue demeure: le positionnement américain. Mais compte tenu de la volonté de la nouvelle Administration de Joe Biden de revenir à cet accord, il y a fort à parier que les Américains ne s’opposeraient pas aux négociations en cours. À ce propos, Enrique Mora, qui coordonne les pourparlers indirects entre l’Iran et les États-Unis, a déclaré: «Je suis tout à fait sûr qu’il y aura un accord final. Je pense que nous sommes sur la bonne voie et nous obtiendrons un accord.»

En tous cas, la délégation américaine se prépare à se rendre à la cinquième session des négociations débutant le 24 mai, comme l’a fait savoir la porte-parole adjointe du Département d’État américain Jalina Porter. Elle a aussi souligné le caractère positif des derniers pourparlers qui ont permis, selon elle, de «cristalliser les démarches à effectuer» par les deux parties pour revenir dans l’accord.

Marc Martinez, consultant géopolitique pour de grands groupes internationaux et spécialiste de l’Iran, partage cet optimisme ambiant. Pour lui, les négociations sont «de très bon augure».

«De véritables experts se sont réunis pendant des heures entières à travers plusieurs cycles de négociations qui se sont étalés sur plusieurs semaines. Ces experts sont allés dans les détails, là où le diable se cache. Il est possible que la cinquième session qui débutera la semaine prochaine accouche d’un accord», estime-t-il au micro de Sputnik.

Pourtant, ce n’était pas gagné. Du fait des tensions régionales et des attaques sur des infrastructures iraniennes, Téhéran semblait durcir ses positions. En effet, au lendemain du sabotage de la centrale nucléaire de Natanz le 11 avril dernier, les autorités iraniennes avaient annoncé qu’ils allaient «commencer à enrichir l’uranium à 60%», faisant ainsi craindre un échec dans les négociations à venir. Mais si rapprochement il y a, concession il y a eu d’un camp ou de l’autre.

Le Yémen première concession iranienne?

Jusqu’à il y a peu, Américains et Iraniens campaient toujours sur leurs positions. D’un côté comme de l’autre, les conditions sine qua non étaient posées. L’Iran demandait la levée totale des sanctions économiques alors que les États-Unis voulaient l’assurance que Téhéran cesse l’enrichissement de son uranium, son programme de missile balistique et ces actions «déstabilisatrices» en Irak, au Yémen, en Syrie et accessoirement au Liban. Le porte-parole d’État des États-Unis Ned Price avait déclaré le 29 avril dernier: «Même si nous rejoignons le JCPOA –ce qui reste hypothétique–, nous conserverions et continuerions de mettre en œuvre des sanctions contre l’Iran pour des activités non couvertes par le JCPOA, y compris la prolifération des missiles iraniens, le soutien au terrorisme et les violations des droits humains.» Selon Marc Martinez, l’Iran pourrait faire «des réajustements dans certains domaines».

«Les Occidentaux se focalisent sur la question du programme balistique, même si chacun des pays sait qu’il est intouchable, c’est un élément essentiel de la dissuasion iranienne et à ce titre, une ligne rouge. S’il y a des aménagements possibles, c’est en marge de ce programme», souligne-t-il.

En effet, ajoute-t-il, «la question clé est également le rôle de l’Iran dans la prolifération et la guerre au Yémen. Des leviers sur lesquels l’Iran pourrait agir aisément». Washington a en effet demandé à l’Iran de contenir les agissements des Houthis qui entravaient les négociations de paix au Yémen. Et, dans le sillage des négociations sur le nucléaire, Téhéran a déjà fait des avancées, et pas des moindres. 

Réchauffement des relations irano-saoudiennes: un message pour Biden?

Et c’est peu dire. Les deux ennemis régionaux, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui avaient rompu leurs relations diplomatiques en 2016, ont entamé des discussions à Bagdad en avril dernier. Selon le Financial Times, de hauts dignitaires saoudiens et iraniens se sont rencontrés en catimini dans la capitale irakienne. Le prince héritier Mohammed Ben Salmane, pourtant si prompt à prendre des positions anti-iranienne, avait confirmé ce rapprochement le 27 avril dernier en déclarant à la télévision saoudienne: «Nous souhaitons une bonne et spéciale relation avec l’Iran.» Le ministre des Affaires étrangères saoudien Faisal bin Farhan Al Saud a quant à lui évoqué le 18 mai «des discussions exploratoires, elles en sont à leur début». Cette reprise des pourparlers entre les deux pays prouverait d’un côté comme de l’autre la volonté d’apaisement à l’échelle de la région. Mais indépendamment des relations bilatérales, «il en va des négociations sur le nucléaire», précise Marc Martinez.

«Finalement, l’Arabie saoudite, les États-Unis et l’Iran semblent y trouver leur compte. Un apaisement serait profitable à tous les partenaires. C’est un message clair à l’Administration Biden qu’ils peuvent jouer un rôle positif pour la pacification de l’espace régional», souligne-t-il.

Mais derrière le probable succès d’un retour à l’accord sur le nucléaire, une inconnue demeure. Les élections présidentielles iraniennes approchent et deux conservateurs sont favoris. En effet, Ali Larijani, conseiller du guide suprême, et Ebrahim Raïssi, chef du système judiciaire iranien, semblent se démarquer pour le prochain scrutin. Les durs du régime de Téhéran ont toujours été sur une ligne plus ferme à l’égard des États-Unis et de l’Arabie saoudite. Mais pour notre interlocuteur, si changement il y a, il sera uniquement sur la forme et non sur le fond.

«D’après le Président iranien, l’accord est même prêt à être signé. Il n’y a plus de doutes quant à l’avenir de l’accord. Reste à savoir quand le retour américain sera annoncé. Le successeur de Rohani aura toutefois la charge de vérifier l’application des engagements américains et un Président conservateur sera plus enclin à faire preuve de sévérité pour flatter son électorat», conclut-il.

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Plan global d'action conjoint (JCPOA), États-Unis, Iran
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