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Si la France a perdu sa traditionnelle influence en Afrique, un nouvel acteur, la Chine, s’est imposé comme le premier partenaire économique du continent. Vincent Robin-Gazsity est un témoin privilégié de cette pénétration: il a travaillé au Gabon pour CCC, géant chinois du BTP. Il dépeint son expérience dans «Un Français en Chinafrique».

À l’initiative de Pékin, le Conseil de sécurité des Nations unies organisait le 19 mai une réunion en visioconférence sur «la paix et la sécurité en Afrique». Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, y a notamment appelé à éliminer les causes profondes des conflits sur le continent africain dans le cadre de la relance économique post-Covid. Et pour cause, l’empire du Milieu est pleinement engagé en Afrique. C’est de loin le plus gros partenaire économique et créancier du continent, via des prêts et la construction d’infrastructures.

Depuis le premier Forum On China-Africa Cooperation (FOCAC) à Pékin en 2000, 153 milliards de dollars ont été investis en Afrique par la Chine. Mais, ce faisant, Pékin s’efforce de respecter «un pacte de non-ingérence mutuelle», écartant «politique et idéologie». Une approche différente des Occidentaux, note Vincent Robin-Gazsity, auteur d’Un Français en Chinafrique (éd. Max Milo). Business is business.

Lignes rouges –Jean-Baptiste Mendes reçoit Vincent Robin-Gazsity, auteur d’une thèse sur les relations sino-gabonaises et d’«Un Français en Chinafrique» aux éditions Max Milo.

Une omniprésence chinoise en Afrique

Vincent Robin-Gazsity est aujourd’hui directeur adjoint de l’Alliance française de Manille, aux Philippines. Mais il a vécu deux ans et demi au Gabon.

«J’ai travaillé pour le consortium CCC (China Communications Construction Group Ltd), la troisième plus grosse firme de BTP au monde et ensuite pour CSCEC (China State Construction Engineering Corporation), la quatrième mondiale.»

Les quatre premières firmes de BTP au monde sont chinoises, l’espagnol ACS étant le premier groupe européen à la cinquième place, tandis que Vinci se traîne désormais en treizième position. Après des chantiers éthiopiens, CCC s’est intéressé aux ports camerounais, aux ponts congolais et aux routes gabonaises. «Les Chinois en ont bitumé plus de 800 km depuis leur arrivée», selon notre intervenant. Lequel souligne l’efficacité redoutable de ces entreprises face à d’autres firmes –françaises, allemandes, turques, portugaises ou encore égyptiennes–, qui proposent généralement «des prix deux fois supérieurs».

Chine-Afrique, une relation win-win?

La Chinafrique dans le titre de son ouvrage? Pure «provocation» confie l’auteur. Car les relations sino-africaines actuelles n’ont «rien à voir avec la colonisation» européenne. Ce sont des relations économiques très différentes. Alors que l’Europe misait initialement sur le développement de la métropole à travers l’exploitation des colonies, l’empire du Milieu a posé un pied sur le continent noir en proposant de soutenir le développement des États, une relation que les Chinois qualifient de «gagnante-gagnante». Vincent Robin-Gazsity a d’ailleurs observé «une proximité qui s’installe assez rapidement entre les Chinois et l’élite africaine», laquelle a «le sentiment de parler d’égal à égal».

«Je pense que les Africains arriveront à tirer leur épingle du jeu en présence de ces différents partenaires. Ils commencent à se connaître avec les Chinois. Ce n’est pas forcément facile parce qu’ils n’ont pas eu énormément de relations à travers l’histoire… Les Africains vont réussir à faire jouer soit la France, soit la Russie, soit la Chine, soit la Corée, soit le Japon, en les mettant en concurrence. Ce sera intéressant pour eux.»

Dans son communiqué du 19 mai, Wang Yi estimait que «la Chine est bon frère, bon ami et bon partenaire des pays africains». La stratégie pharaonique des nouvelles routes de la soie privilégie les secteurs de l’énergie et des transports, mais également les métaux et le BTP. Peuvent notamment être cités le financement et la construction de la ligne de chemin de fer entre Addis-Abeba (Éthiopie) et Djibouti ou encore la création d’Al Masa, la nouvelle capitale administrative égyptienne, à laquelle participent de nombreuses entreprises chinoises. Mais tout n’est évidemment pas rose, l’endettement abyssal de l’Afrique en témoigne. Sur ces 365 milliards de dollars de dettes, entre 30 et 40% serait détenus par la Chine. Se pose alors la question de ce «piège de la dette», laquelle serait parfois couverte par des actifs tels que le port de Mombasa, au Kenya, ou des matières premières, minerais et pétrole. «Pékin n’est pas néocolonialiste, mais hégémonique», affirmait le sinologue Jean-Pierre Cabestan dans Le Monde, à l’occasion du dernier FOCAC en 2018.

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Tags:
dette, Wang Yi, Afrique, Chine
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