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Présent pour trois jours au Moyen-Orient afin de consolider le cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens, le secrétaire d’État américain a fait part des mesures que son Administration souhaite prendre pour rééquilibrer le rapport de forces. Une posture aux apparences plus tempérées, mais qui ne saurait venir à bout du statu quo.

Les armes se sont tues, la diplomatie tâche d’avancer. Après la dizaine de jours de conflit ouvert entre Israël et la Palestine, on attendait beaucoup du déplacement du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, venu consolider le cessez-le-feu. Le diplomate américain a échangé avec  Abdel Fattah al-Sissi, Président d’une Égypte au rôle central dans la trêve de Gaza, avant d’atterrir en Jordanie en fin d’après-midi ce 26 mai pour y rencontrer le roi Abdallah II.

La veille à Jérusalem, le chef de la diplomatie américaine avait dit vouloir «reconstruire» la relation de Washington avec les Palestiniens, tout en reconnaissant le «droit» d’Israël à se défendre. Il réaffirmé la confiance de son Administration dans «la solution à deux États»: «Finalement, il y a une possibilité de reprendre les efforts pour parvenir à une solution à deux États, dont nous continuons à croire qu'elle est la seule façon d'assurer véritablement l'avenir d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, et bien sûr de donner aux Palestiniens l'État auquel ils ont droit

Retour de l’aide financière pour les Palestiniens

Un message qui annonce un virage à 180° après des années de divorce avec les autorités palestiniennes sous l’ère Trump. Mais en Palestine, beaucoup restent sceptiques.  

«Envoyer Antony Blinken, c’est un signal que l’Administration Biden prend le dossier au sérieux. Mais elle le fait avec une approche classique, sans questionner les échecs des politiques successives américaines concernant le processus de paix qui a pour ambition la solution à deux États», regrette au micro de Sputnik, une directrice palestinienne d’ONG, résidente en Cisjordanie, qui souhaite garder l’anonymat.

Malgré tout, l’appareil diplomatique américain est arrivé en Palestine avec quelques cadeaux. Antony Blinken a ainsi annoncé le retour de l’aide financière à la Palestine: 75 millions de dollars d'aide économique et de développement en Cisjordanie et à Gaza, 10 millions de dollars pour des programmes de consolidation de la paix par le biais de l'Agence américaine pour le développement international et 150 millions de dollars d'aide humanitaire pour l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine.

​Les États-Unis reprendront les programmes d'assistance en matière de sécurité avec les Palestiniens. Ce financement s'ajoute aux 15 millions de dollars d'aide destinés à faire face à l'impact de la pandémie de Covid-19 et à l'insécurité alimentaire en Cisjordanie et à Gaza, annoncés le mois dernier.

«Cette aide financière, comme celle de beaucoup de pays Européens, ne résout rien politiquement. Elle permet juste à ces pays d’éviter de regarder en face et de prendre des décisions politiques courageuses. Au final, on en revient au même point: le statu quo et la colonisation à petit feu», dénonce notre interlocutrice, qui a travaillé dans le cabinet d’un ancien Premier ministre palestinien.

Pour elle, Joe Biden ne voulait d’ailleurs pas «faire de la question israélo-palestinienne une priorité. Il était plus concerné par l’accord sur le nucléaire iranien. Rattrapé par la réalité, il y a pourtant été obligé.» D’où ces mesures de fortune.

Les efforts américains ne seraient donc que de la poudre aux yeux. D’abord, pour donner des gages de neutralité. Ensuite, pour gagner du temps. Une réelle ambition de régler ce conflit vieux de plusieurs décennies manquerait à la Maison-Blanche.

«Joe Biden rattrapé par la réalité»

«Joe Biden articule comme il peut une politique qu’il souhaite plus équilibrée que celle de son prédécesseur», juge quant à lui Gérard Vespierre, directeur de recherche à la Fondation d’études pour le Moyen-Orient (FEMO). Le géopolitologue note avec intérêt l’annonce par Blinken de rouvrir une mission consulaire à Jérusalem Est. Un choix «subtil» selon notre interlocuteur: «Ainsi, Washington ne remet pas en question un élément clé comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne.»

«Washington a tout de même une vision globale, pense Gérard Vespierre. Il y a une volonté de renouer avec les autorités palestiniennes qu’elle juge fréquentables. À savoir, l’autorité palestinienne et non le Hamas ni le Jihad islamique* que les États-Unis accusent de terrorisme et de connivence avec le gouvernement iranien.»

«Leur objectif est de reconstituer un dialogue Israël-Palestine en vue d’arriver à une solution à deux États», estime le chercheur.

Et ce, même s’il admet que le seul effet tangible et immédiat soit le retour au statu quo.  

«On est dans une approche politique qui est chimérique»

Une situation qui serait dommageable à la cause palestinienne, selon la militante présente en Cisjordanie, et profitable à ce qu’elle qualifie de «sionisme»:

«Cette solution classique des deux États, réaffirmée par Antony Blinken durant sa visite, n’a plus beaucoup de sens quand on regarde la situation sur le terrain. On est dans une approche politique chimérique», dénonce-t-elle.

Et de poursuivre: «Les Israéliens dominent tellement le rapport de forces qu’ils n’ont aucun intérêt à négocier. Sur le terrain, on est dans une situation avec un état d’apartheid.» Ainsi estime-t-elle que les annonces de rééquilibrage et de financements de la diplomatie américaine n’obéissent qu’à un objectif: aseptiser les plaies palestiniennes jusqu’au prochain round de combat, dans quelques mois ou quelques années.  

* Organisation terroriste interdite en Russie.

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Benjamin Netanyahou, Hamas, cessez-le-feu, Gaza, Palestine, Israël, Joe Biden, États-Unis, Antony Blinken
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