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Avec son chèque de 500 millions de dollars pour Gaza et son invitation au Président égyptien Al-Sissi, le Qatar réaffirme sa volonté d’asseoir son statut de puissance régionale. Un objectif que l’émirat cultive depuis le dégel de ses relations avec ses voisins du Golfe, explique à Sputnik la spécialiste du Moyen-Orient Anne Gadel.

Un demi-milliard de dollars: c’est la somme que le Qatar a annoncé envoyer à Gaza pour financer la réhabilitation du territoire palestinien, en partie en ruines après onze jours d’intenses bombardements israéliens. Et ce avant même la tenue d’une conférence internationale pour la reconstruction de la bande, sous l’égide de l’ONU.  

«Selon les directives de sa majesté cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, l’émir du Qatar, l’État annonce 500 millions de dollars (environ 410 millions d’euros) d’aide en soutien à la reconstruction de Gaza», a indiqué sur Twitter le 26 mai le ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani.

«Nous continuerons à soutenir nos frères en Palestine de façon à obtenir une solution juste et durable par l’établissement d’un État indépendant», a-t-il ajouté.

Qatar, médiateur incontournable?

Bien sûr, un tel don n’a pas qu’une vocation philanthropique. Il obéit à une stratégie géopolitique régionale, que décrypte au micro de Sputnik la spécialiste du Golfe Anne Gadel, ex-chargée de mission économique à l’ambassade de France au Qatar.

«Depuis le dégel des relations avec ses voisins du Golfe, le Qatar est en très bonne position d’un point de vue géostratégique. Sa logique est désormais de continuer sur sa lancée et de déployer sa diplomatie tous azimuts, notamment sa diplomatie de médiation et d’envoi d’aides», explique ainsi la chercheuse. 

En crise pendant près de quatre ans avec ses voisins du Golfe et l’Égypte, Doha a repris le 5 janvier des relations apaisées avec ces derniers. Depuis, la presqu’île n’a de cesse de multiplier les efforts diplomatiques de premier plan au sein de la région, même avec les acteurs internationaux.

Proximité avec le Hamas

Au-delà de la médiation qatarie entre Américains et talibans, l’émirat a aussi servi de médiateur entre les États-Unis et l’Iran. Depuis le dégel de janvier, Doha a par ailleurs fait office d’intermédiaire entre Séoul et Téhéran afin de parvenir à la libération d’un navire coréen et de son équipage, saisis par la République islamique à proximité du détroit d’Ormuz. Le pays a également contribué à l’amélioration des relations entre son allié turc, traversé par la fraternité musulmane*, et ses voisins du Golfe, ainsi que l’Égypte.

«En effet, le Qatar a plus récemment déployé d’importants moyens diplomatiques pour faire la navette entre l’Arabie saoudite et la Turquie qui reprennent le chemin de la diplomatie après une longue période de froid, mais aussi dans le règlement de la crise de Gaza où Doha a eu un rôle actif», souligne ainsi l’ancienne chargée de mission.

«Le Qatar est un pays qui a un rôle très particulier dans le conflit, c’est un médiateur avec l’Égypte et l’on sait que Doha entretient des liens forts avec le Hamas. Pour Doha, ça ne pose pas de problème de déclarer des chiffres mirobolants qui vont certainement être envoyés», ajoute-t-elle. En effet, le Qatar est régulièrement médiateur entre le Hamas et différents acteurs de la région.

​Dans le sillage de cet effort financier vis-à-vis de Gaza, le Qatar a également transmis le 25 mai dernier une invitation officielle au Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, pourtant longtemps opposé géopolitiquement à l’émirat qatari.

«La visite récemment annoncée s’inscrit bien sûr dans la continuité des derniers événements, mais aussi dans une stratégie à plus long terme», estime Anne Gadel. 

Les deux pays avaient déjà repris des contacts diplomatiques par ministres interposés, mais l’invitation du Président Sissi en terre non hostile aux Frères musulmans* constitue un réel palier symbolique. Le dirigeant égyptien a également promis de fournir une aide de 500 millions de dollars pour la reconstruction gazaouie. 

Aide émiratie conditionnée

L’émirat veut peser dans l’échiquier géopolitique moyen-oriental. Avec cette promesse de versement et cette invitation de Sissi, il montre qu’il est un acteur prépondérant dans la consolidation d’un cessez-le-feu dans un conflit qui soulève toujours autant les passions dans le monde arabe. Malgré les récentes normalisations des relations entre Israël et d’autres pays du Golfe, qui auraient pu suggérer que la «cause palestinienne» appartenait au passé.     

A contrario de l’effort inconditionnel qatari, les Émirats arabes unis ont en revanche clairement fait savoir aux États-Unis et à l’ONU qu’ils ne contribueraient pas à la reconstruction de Gaza, à moins de recevoir l’assurance que leur aide ne servira pas au réarmement du Hamas, a déclaré au Times of Israel une source anonyme.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
Hamas, Golfe persique, Pays du Golfe, Egypte, Qatar, conflit israélo-palestinien, Gaza
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