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Les dernières études démographiques chinoises appellent à des mesures drastiques. Selon le sinologue Jean-Paul Tchang, la récente autorisation pour chaque couple d’avoir trois enfants ne suffira pas à enrayer la tendance. Il en faudrait davantage pour rétablir l’équilibre intérieur, mais aussi sauvegarder l’économie mondiale. Analyse.

«Cela affectera nos propres activités. C’est le plus grand marché de consommation du monde avec les États-Unis. Si [ce marché, nldr], pour des raisons démographiques avec tout ce qui s’ensuit, commence à stagner ou à ne pas se développer, c’est une potentielle perte de croissance pour le monde entier», avertit Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de la Lettre de Chine.

Révélé par le recensement du 11 mai, l’affaiblissement de la natalité, conjugué au vieillissement de la population chinoise, aura des conséquences dévastatrices, notamment pour l’économie occidentale. Ce 31 mai, le bureau politique du Parti communiste chinois, dirigé par le Président Xi Jinping, a donc pris les choses en main. «Un couple est autorisé à avoir trois enfants», a ainsi annoncé l’agence Chine nouvelle, citant les conclusions de la réunion.

La consommation chinoise, «locomotive de l’économie mondiale»

Le vieillissement accru des Chinois a été constaté par le recensement décennal. Les 60 ans et plus sont environ 264 millions de personnes et constituent 18,7% de la population, soit une hausse de 5,44% en dix ans. Les actifs (15 à 59 ans) ont quant à eux décru de 6,79 points dans le même laps de temps. «Économiquement, ce n’est pas bon», souligne Jean-Paul Tchang.

Ce n’est pas la «productivité qui inquiète», car de plus en plus de secteurs économiques de l’Empire du Milieu sont en voie de robotisation. C’est surtout le «coût du troisième âge» qui alarme les observateurs. Le Parlement a pris les devants en mars dernier, en adoptant un projet de relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite au cours des cinq prochaines années. «Même si ça a beaucoup progressé, la Chine n’a pas encore un système de sécurité sociale universel au point», constate l’économiste.

Si le coût social pour entretenir les anciennes générations devrait s’aggraver, un second point inquiète: la mise en place de «l’épargne de précaution», qui freinera forcément la consommation, sur laquelle mise le gouvernement pour recentrer son modèle économique, encore basé sur les exportations.

«Dans la mesure où le lien filial un peu confucéen –qui consiste à ce que les jeunes générations prennent soin de leurs anciens– est de fait affecté, puisqu’il y a moins d’enfants et que les enfants sont plus indépendants dans un contexte d’urbanisation, il est clair que la génération qui est déjà âgée, même si elle attend sa retraite, va faire de l’épargne de précaution. En agissant de la sorte, les anciens ne vont pas consommer.»

Si environ 1/5 e de la population chinoise freine sa consommation, la croissance économique du PIB chinois, qui représente 16,7% du PIB mondial, risque d’en pâtir et avec elle, l’ensemble des économies développées. Ainsi, «la dynamique du marché de consommation chinoise est aujourd’hui l’une des locomotives évidentes de l’économie mondiale», notamment sur le haut de gamme. Dès que la consommation chinoise repart, «nos industries de biens de consommation repartent aussi».

Selon un rapport du cabinet de conseil Bain & Company, cité par Le Monde, «la part de marché de la Chine dans les ventes de luxe mondiales» était estimée à 20%. Une part de marché qui devrait atteindre la pole position «d’ici à 2025». Plus qu’une future baisse de la population, c’est donc bien le vieillissement de la Chine, «potentiellement le plus grand marché du monde», qui inquiète les acteurs économiques qui en sont fortement dépendants.

Baisse de la natalité, la faute à l’urbanisation?

L’autorisation de faire trois enfants par couple pourrait ralentir le phénomène, mais elle ne suffira pas, selon le cofondateur de la Lettre de Chine. Déjà en 2016, Pékin a tenté d’enrayer le vieillissement démographique avec la suppression de la fameuse politique de l’enfant unique, en autorisant les couples à avoir deux enfants. Cinq plus tard, la Chine s’est donc résolue à libéraliser de nouveau sa politique familiale, dans l’espoir de relancer une natalité faiblement positive. «Si on ne fait rien, oui, ça peut devenir inquiétant», estime Jean-Paul Tchang, à l’instar des sociétés japonaises et sud-coréennes qui accumulent une baisse de leur démographie avec un excès de personnes âgées par rapport aux actifs.

Car c’est un phénomène qui se confirme partout. La pandémie de Covid-19 a provoqué un «baby flop», voire un «baby crash» à l’échelle mondiale, la France a enregistré son plus faible taux de natalité depuis la Seconde Guerre mondiale. L’Empire du Milieu, fort de la plus grande population au monde, a ainsi vu sa démographie augmenter de 0,53% par an, avec 12 millions de naissances en 2020, contre 14,65 millions en 2019. Mais au-delà de ce facteur conjoncturel, les raisons de cette baisse de la natalité chinoise sont multiples: ce sont particulièrement le recul du nombre des mariages, la hausse du coût des logements et de l’éducation, mais aussi une fertilité plus tardive pour les femmes, qui privilégient davantage leur carrière.

«Le gros problème, c’est l’urbanisation très rapide de la Chine, qui fait que la population urbaine –notamment la jeunesse– a tendance à repousser le moment de création d’un foyer pour bénéficier d’un style de vie indépendant, comme dans tous les pays modernes qui ont connu le même phénomène, c’est-à-dire que la natalité baisse en ville.»

Une transition démographique accélérée qui inquiète donc les autorités qui «savent» que cette autorisation «n’est pas suffisante». En marge de cette annonce, l’agence Chine Nouvelle a ainsi évoqué, sans plus de détails, la mise en place de «mesures de soutien» aux familles, notamment des congés maternité, des soins pédiatriques et la baisse des coûts de l’éducation.

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Tags:
croissance économique, consommation, vieillissement, Chine
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