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Trois Américains ont atterri à Taipei ce 6 juin afin de venir en aide à Taïwan, en pleine recrudescence du Covid-19. Tous trois sénateurs, ceux-ci sont arrivés à bord d’un avion destiné au transport de troupes. Une visite humanitaire qui s’est alors transformée en visite politique, Washington affichant son soutien à Taïwan face à Pékin.

Quand la diplomatie du vaccin va de pair avec les tensions sino-américaines. L’arrivée de trois sénateurs américains à Taïwan le 6 juin à bord d’un avion C-17 spécialisé dans le transport de troupes et d’armements, n’a rien d’anodin. Les démocrates Tammy Duckworth et Christopher Coons ainsi que le républicain Dan Sullivan y ont annoncé le don par la Maison-Blanche de 750.000 doses de vaccin contre le Covid-19 à Taipei, confrontée à une recrudescence de la pandémie.  Un «signe de solidarité» doublé d’un «geste politique» réagit au micro de Sputnik, Eugène Berg, ancien diplomate français, spécialiste du Pacifique.

La tactique du salami

«Nous sommes ici en amis, car nous savons que Taïwan fait actuellement face à des difficultés», a déclaré l’un des sénateurs américains, évoquant ainsi la très récente propagation du virus sur l’île, longtemps modèle en matière de gestion face à la pandémie. Le bilan local atteint désormais environ 10.000 contaminations et 166 décès. Mais la venue très politique de ces trois Américains jette un pavé de plus dans la mare. La diplomatie états-unienne met particulièrement en lumière ce point de fixation qu’est devenue Taïwan, enjeu éminemment stratégique des relations si fraîches entre Pékin et Washington. D’où la réaction immédiate de l’empire du Milieu. Dès le 7 juin, le ministère des Affaires étrangères chinois a manifesté sa ferme opposition à cette visite et a adressé aux États-Unis des «réclamations solennelles».

Considérant Taïwan comme une province dissidente, Pékin dénonce une provocation supplémentaire. Car le soutien américain à Taïwan se fait de plus en plus ostensible malgré les avertissements répétés. Washington est ainsi l'allié le plus puissant de Taïwan et son fournisseur d'armes numéro un. Selon le Global Times, quotidien anglophone à Pékin, c’est bien la «tactique du salami» qui est ici employée. Expression inventée par le parti communiste hongrois dans les années 1950. Il s’agit d’une technique de négociation consistant à atteindre un objectif politique, petite étape par petite étape afin de ne pas déclencher de réactions internationales. En clair, les Américains sont accusés de grignoter les lignes rouges petit à petit.

Après la reconnaissance américaine de la République populaire de Chine en 1979, le Taiwan Relations Act voté la même année au Congrès définissait les liens bilatéraux avec Formose. Mais la question de fond était toujours reléguée à l’arrière-plan.

«Pour les Chinois, ce n’est pas une forme d’agression, mais plutôt un manquement à la parole. Ils disent: “Vous remettez en cause l’unicité de la Chine, en envoyant des fonctionnaires, des ministres et des hommes politiques. C’est donc que vous souhaitez renforcer l’autonomie et quasiment l’indépendance de Taiwan, que nous n’admettrons jamais”», observe l’ancien diplomate Eugène Berg.

Accusant Taipei et Washington de «jouer avec le feu», un éditorial du Global Times daté d’août 2020 avait ainsi évoqué la possibilité d’une guerre dans le détroit, si des avions militaires américains venaient à atterrir et à décoller sur l’île. Visant à dissuader Taipei de déclarer son indépendance, la loi chinois anti-sécession de 2005 prévoit une «intervention militaire» sur l’île en cas de déclaration d’indépendance formelle ou si l’unification entre Taïwan et la Chine était «considérée comme impossible».

Trump-Biden, même combat face à la Chine

Alors que les avions militaires chinois multiplient les incursions dans la zone d’identification aérienne (ADIZ) de Taïwan, la visite des sénateurs américains dévoile la volonté de Washington d’utiliser le levier taïwanais contre la Chine en affichant une nouvelle fois son soutien aux autorités insulaires. Jusqu’à la guerre? Dès son investiture, Joe Biden envoyait un groupe aéronaval mené par le porte-avions USS Roosevelt en mer de Chine du Sud, tandis que vingt-huit aéronefs chinois pénétraient dans l’ADIZ taïwanaise les 23 et 24 janvier. Le 24 janvier 2021, le département d’État assurait Taïwan d’un soutien «solide comme un roc». Un bras de fer sino-américain sur lequel la diplomatie de l’Administration Biden ressemble étrangement à celle de son prédécesseur, Donald Trump.

Alors que le Président républicain évoquait, à propos du Covid-19, un «virus chinois» et la fuite de laboratoire, le chef d’État démocrate a réitéré cette hypothèse, demandant une nouvelle enquête à ses services de renseignement. La tendance s’est réellement confirmée avec la venue d’Alex Azar, alors ministre américain de la Santé, en août 2020 à Taipei. Périple qui lui a fait rencontrer la Présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. Celui-ci reste à ce jour le responsable américain de plus haut rang à s’être rendu sur l’île depuis 1979. À quelques jours de la fin du mandat du Président républicain, Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d'État et contempteur régulier de la Chine, avait annulé en janvier toutes les restrictions imposées aux responsables américains dans leurs contacts avec le territoire insulaire. Un assouplissement de ces règles qui a été confirmé par l’Administration Biden.

Si Eugène Berg n’hésite pas à évoquer une «nouvelle guerre froide», la modernisation de l’armée chinoise, notamment sa marine la plus importante au monde, risque d’inverser à l’avenir les rapports de forces dans la région. Les États-Unis pourront-ils et surtout auront-ils alors la volonté d’intervenir militairement pour soutenir Taïwan? La question reste entière alors que Joe Biden vient tout juste de retirer les troupes américaines d’Afghanistan.

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Tags:
Donald Trump, Joe Biden, États-Unis, Taiwan
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